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​Momo Kodama inaugure le Festival Chopin à Paris 2026 [Orangerie de Bagatelle, jusqu'au 14 juillet] – Haute densité – Compte rendu

 

 
Fidèle au rendez-vous à l’Orangerie de Bagatelle, le Festival Chopin à Paris fait une fois de plus le bonheur des amoureux de piano jusqu’à la mi-juillet avec une 41édition qui, à la différence des précédentes, n’impose aucune thématique aux interprètes. Mais s’il est une habitude à laquelle la manifestation demeure fidèle, c’est bien la curiosité envers de jeunes pianistes à découvrir (la journée « Piano à Portes ouvertes » qui prélude au festival en est une belle expression), envers des artistes plus avancés dans la carrière aussi, mais que leur activité à l’étranger ne donne pas l’occasion d’entendre tous les jours en France, telle la merveilleuse Momo Kodama.
 
Souplesse et netteté
 
Formée très jeune à Paris (elle y fut élève de Germaine Mounier entre ses 9 et 16 ans), la pianiste japonaise, dont l’amour pour notre pays, sa langue, sa musique ne sont plus à dire, était de retour au Festival Chopin avec un programme réunissant les Quatre Mazurkas op. 24, le 2Scherzo, le Nocturne en ré bémol majeur op. 27 n° 2 et la Sonate n°3. Programme court, certes, mais d’une exigence musicale qui ne pardonne rien. Avec un discret petit ventilateur à son côté, l’interprète a su faire fi de la température pour offrir un récital qui d’un bout à l’autre a captivé l’auditoire par la beauté d’un jeu dont la densité sonore n’avait d’égale que la souplesse de la ligne et la netteté du trait.

 

© Marco Borggreve

 
Mazurkas op. 24. Miniatures ? Miniatures géantes plutôt tant Momo Kodama sait faire naître tout un monde poétique en l’espace de quelques mesures. Noblesse, naturel, présence constante au temps musical distinguent une interprétation qui sonde le texte et fait apparaître des détails auxquels les interprètes ne se montrent pas toujours aussi attentifs (merveille que la Si bémol mineur conclusive ...).
Et le Scherzo n° 2 de surgir – d’une « question », ici nettement formulée – avec toute l’urgence qu’il appelle. Le feu dramatique de la partition doit parfois s’accommoder de traits quelques peu «boulés». Rien à craindre de ce point de vue avec Momo Kodama qui tient la pièce avec une clarté du dessin proprement vertigineuse.
 
Cohérence et radicalité
 
L’ampleur de son avec laquelle elle aborde le Nocturne op. 27 n°2 peut de prime abord surprendre, mais on se laisse vite captiver par l’art et la poésie avec lesquel le matériau est façonné, nuancé. À mille lieues d’un romantisme fragile et souffreteux. Même virilité du propos dans la Sonate n° 3 dont la pianiste signe une interprétation dont la force et la singularité repose en grande partie sur une exacerbation de la richesse polyphonique. Magie de l’interprétation, qui rend neuve une partition quand l’exécutant lui prête son concours d’une façon aussi entière, cohérente et – oui – radicale. Et lorsque l’issue tragique du Presto non tanto final vous saisit, tout fait sens.   
En bis : une mazurka du Polonais, suivie de la Fille aux cheveux de lin. Un prélude de Claude de France qui fait songer à l’extraordinaire récital Debussy-Hosokawa que l’artiste japonaise a enregistré il y a une dizaine d’années pour ECM (1) 

Après Alain Planès, dont le passage à Bagatelle aura rappelé combien Chopin fait partie du jardin secret de l’interprète (plusieurs enregistrements chez Harmonia Mundi l’illustrent), et Clément Lefebvre associé au Quatuor Talich, le 41Festival se poursuit avec Claire-Marie Le Guay (2/07) dans un programme Bach-Chopin, suivie deux jours plus tard par Michal Basista et Jan Widlarz (deux jeunes pianistes polonais présentés dans le cadre du partenariat du festival avec l’Institut National Frédéric Chopin de Varsovie). Suivront Jean-Paul Gasparian (5/07), Szymon Nehring (7/07), artiste polonais sacré par le Concours Rubinstein 2017 que la France connaît trop peu encore, Laure Favre-Hahn et Alain Carré pour un dialogue Chopin-Sand (8/07), Joseph Moog (9/07), Giuseppe Guarrera (11/01), très belle personnalité du piano italien méconnue en France, Rodolphe Menguy, artiste plein de caractère dont le récital associera Chopin, Liszt et Debussy, et Muza Rubackyte (13/07) – qui n’a pas oublié son cher Čiurlionis ! Le jour de la fête nationale marquera comme de coutume le point d’orgue du Festival Chopin, avec cette fois un programme Chopin-Schubert sous les doigts d’Adam Laloum.
 
Alain Cochard
 

(1)        « Point and Line », ECM New Series 4814738
 
Paris, Orangerie du Parc de Bagatelle, 22 juin / 41e Festival Chopin à Paris, jusqu’au 14 juillet 2026 // www.frederic-chopin.com/pages/festival-chopin-paris/41-me-festival-chopin-paris
 
Photo © Marco Borggreve

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