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L’Orfeo à Pleyel et Le Couronnement de Poppée à Garnier – Doublé monteverdien

 Après l’avoir brillamment éprouvé sur la scène de l’Opéra de Nancy, Christophe Rousset transporte son limpide Orfeo – aux proportions plus classiques que baroques – à Pleyel, en version concert. L’occasion de vérifier une fois de plus le travail révélateur que Rousset produit sur les mots mis en musique par Monteverdi. En effet, il applique à ce quasi-alpha de l’histoire de l’Opéra les mêmes principes d’articulation du texte, et de soulignement du sens, qu’il mettait jusque alors à la Tragédie Lyrique. Pour le Monteverdi de L’Orfeo, qui pense avant tout l’action dramatique en terme de recitar cantando,  c’est une évidence que pourtant peu jusqu’à Rousset auront sollicitée à ce point. L’Orfeo virtuose de Gulya Orendt, l’Euridice sensible d’Emöke Barath, Gianluca Buratto pour les graves abyssaux de Caronte et de Plutone, Cyril Auvity pour entraîner les madrigaux des Pastore, suppléeront sur la scène de Pleyel à l’absence d’action théâtrale.

Karine Deshayes / Photo © DR
 
Et que fera Robert Wilson avec ses éclairages et son langage codifié du quasi shakespearien avant l’heure Couronnement de Poppée qui clôt la saison des nouveautés de la Grande Boutique ? Le livret de Busenello est tout sauf l’épure à laquelle aspire l’art de Wilson, la musique sensuelle, impertinente, sidérante par ses contrastes et son invention qu’y a couchée Monteverdi toujours un sacré défi pour les metteurs en scène. On reste décidément curieux de ce mariage qui semble a priori périlleux.

Mais en tous cas on aura la musique, Rinaldo Alessandrini et son Concerto Italiano (1) dans la fosse de Garnier, théâtre au fond assez idéal pour cet ouvrage à condition qu’on  fournisse bien l’orchestre, en scène une pléiade de chanteurs pas absolument rompus aux pratiques baroques – Ovenden en Nerone, Abrahamyan en Ottone, Bacelli en Ottavia, le joli Amore d’Amel Brahim Djelloul – sinon la Poppea de Karine Deshayes. On ne vous cache pas que c’est d’abord pour elle qu’on ira à Garnier.

Jean-Charles Hoffelé

 
(1) Rinaldo Alessandrini et son Concerto Italiano viennent de graver l’Euridice de Caccini, ouvrage fondateur avec l’Euridice de Peri et l’Orfeo  de Monteverdi de l’histoire de l’Opéra. Une restitution audacieuse d’une partition surprenante par ses aspects minimalistes, et servie par une distribution subtilement appariée où rayonne l’Orfeo baryton de Furio Zanasi (1 CD Naïve OP30552)

 
Monteverdi : L’Orfeo (version de concert)
2 juin 2014 – 19h30
Paris - Salle Pleyel
www.concertclassic.com/concert/orfeo-de-claudio-monteverdi-0
 
 
Monteverdi : Le Couronnement de Poppée
9, 11, 14, 17, 20, 22, 2, 26, 28 et 30 juin 2014
Paris - Palais Garnier
www.concertclassic.com/concert/le-couronnement-de-poppee-de-monteverdi-0

Photo C. Rousset © Eric Larrayadieu

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