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Les « Orchestres en Fête » - Une interview de Philippe Fanjas, directeur de l’AFO

Fort du succès de la première édition d’Orchestres en Fête l’an dernier, l’Association Française des Orchestres renouvelle une opération impliquant une trentaine de formations. Concerts, découverte de l’orchestre, initiatives pédagogiques en direction des jeunes auditeurs : au total près de 250 manifestations s’offrent au public partout dans l’hexagone, du 20 au 29 novembre. Parrainée par l’un des comédiens français les plus mélomanes, Michel Blanc, la 2ème édition d’Orchestres en Fête met un accent particulier sur le thème de la solidarité, sur le rôle citoyen de l’orchestre. Directeur de l’Association Française des Orchestres, Philippe Fanjas répond à concertclassic.

Avant toute chose, pouvez-vous nous rappeler ce qui a conduit l’AFO à lancer Orchestres en Fête l’an dernier ?

Philippe Fanjas : Ce projet est né du constat que l’image des orchestres en France, toutes catégories confondues, était faussée. Il est apparu indispensable de lancer une opération de communication qui repose sur la réalité de l’activité des orchestres. Cette réalité c’est évidemment la production et la diffusion de concerts avec des programmes couvrant plus de trois siècles de musique, mais c’est aussi un travail qui s’est considérablement développé en direction du milieu scolaire en général (primaire et collège principalement, lycée également), tout comme une multitude d’actions de médiation - elles existent depuis une dizaine d’années maintenant -, qui sont méconnues et qui s’adressent à des publics très différents et présentent des caractères très variés. Il peut s’agir d’une conférence de présentation du concert ou d’ateliers participatifs qui permettent au public d’appréhender une œuvre en commençant à la jouer avec ses propres moyens (percussions, etc.) avant de l’écouter en concert. Bref, toutes ces activités nous paraissant insuffisamment connues et il nous a paru nécessaire d’en parler davantage : ainsi est né « Orchestres en Fête ».

Quel a été la réaction des orchestres au départ ? Ont-ils adhéré immédiatement à votre projet ?

P. F. : Ils ont vraiment emboîté le pas, la seule réticence étant : comment moi, Orchestre X, vais-je trouver ma place dans un mouvement national ; comment concilier l’action sur le plan local et une campagne de communication à l’échelon national ? La première édition a permis aux orchestres impliqués de constater que le discours que l’on pouvait développer sur leurs particularités au niveau local contribuait à l’enrichissement du discours national et réciproquement. C’est une chose désormais très bien comprise et qui fonctionne.

Fort de l’expérience du 1er Orchestres en Fête, avez-vous été amené à introduire des nouveautés dans l’organisation de l’édition 2009 ?

P. F. : C’est à partir de 2010 que l’on aura vraiment la possibilité de développer certains axes : par exemple un travail sur de jeunes compositeurs en collaboration avec la Sacem ou des projets communs à plusieurs orchestres, une chose extrêmement difficile à mettre en place mais à laquelle nous songeons. L’événement sur 2009 est l’apparition d’un parrain : Michel Blanc. Un parrain formidable parce qu’il est mélomane et non musicien, aimable et extrêmement rigoureux, et très honnête dans ses propos ; des qualités qui lui permettent de jouer un rôle de passeur entre le grand public, les mélomanes fanatiques et les organisations que sont les orchestres. Je suis très heureux de cela. Nous poursuivrons en 2010 avec un nouveau parrain, inconnu pour l’instant.

A l’échelon local, comment la communication autour de tel ou tel orchestre l’an dernier s’est-elle ensuite répercutée sur celui-ci. A-t-on constaté une hausse de la fréquentation, des abonnements, etc. ?

P. F. : C’est toute l’ambiguïté de ce type d’opération. On fonctionne sur une période de dix jours, parfaitement circonscrite, les dates des prochaines éditions sont déjà fixées et en même temps nous savons que ce travail est de longue haleine. Je prends un autre exemple que celui d’Orchestres en Fête, celui des actions éducatives dans les orchestres. Celles-ci ont été initiées par les formations elles-mêmes, sans plan national contrairement à l’habitude française, et l’AFO à joué un rôle considérable dans la communication sur ces actions, dans leur développement et aussi dans leur transformation sur le fond. Sur une période d’une dizaine d’années, nous nous sommes rendu compte que le travail de l’AFO sur ce thème, la publication d’un gros ouvrage en 2003, l’organisation d’une multitude de stages avec les responsables de la communication des orchestres ont généré un mouvement dont on mesure les effets aujourd’hui. Autrement dit, Orchestres en Fête est une étape parmi d’autres vers une ouverture toujours plus grande des orchestres sur les territoires où ils exercent leurs activités. Orchestres en Fête est un moteur et, en même temps, le moment d’un constat. Un moteur pour ceux qui resteraient sur des conceptions un peu passéistes et un constat pour ceux qui ont déjà travaillé sur la transformation de la relation au public.

Ne constate-t-on pas une augmentation des actions pédagogiques cette année par rapport à la première édition d’Orchestres en Fête ?

P. F. : En effet, sans que nous ayons vraiment infléchi ce phénomène les orchestres se sont dit que c’était probablement l’une des clefs du discours d’Orchestres en Fête et ces actions se sont ainsi démultipliées.

Orchestre en Fête est aussi une belle vitrine pour la création contemporaine, un mot qui effraie parfois un certain public…

P. F. : Nous voulons également développer cet axe. On est aujourd’hui sorti des polémiques, des guerres d’écoles, et l’étiquette contemporaine s’incarne à travers des compositeurs dont l’une des qualités est de parler au public soit avec des mots, soit avec leur musique. Les orchestres ont immédiatement intégré la nécessité, lorsque du contemporain est programmé, de faire en sorte que le compositeur soit présent, s’il s’agit d’un auteur vivant, et qu’un dialogue s’établisse avec un large public, pas seulement les mélomanes les plus avertis. Je pense par exemple à l’Ensemble intercontemporain qui, le jour de l’ouverture d’OEF, va monter un atelier-concert autour de la percussion dans la grande salle de la Cité de la musique pour un public d’environ 800 enfants à partir de 8 ans. L’idée est de leur montrer la richesse de l’univers de la percussion au cours d’un vaste parcours musical. C’est là une action exemplaire de la relation que nous nous attachons à établir entre le public et la musique contemporaine dans le cadre d’Orchestres en Fête.

Les multiples actions pédagogiques auxquelles vous faites allusion ont-elles suscité des réactions de la part du Ministère de l’Education ou celui de la Culture ?

P. F. : C’est un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire… Je commence par élargir le sujet : une enquête sur les pratiques culturelles des Français est sortie il y a peu ; la conclusion de ce regard très distancié est qu’il y a moins de public pour la musique classique et l’on y voit, je reprends les termes utilisés, « un échec de la démocratisation culturelle ». Il est absolument insupportable, je pense aux artistes impliqués, aux organisations telles que les orchestres, d’entendre ce discours qui les culpabilise alors que la responsabilité de cet état de fait ne peut pas venir des artistes seuls, c’est absolument impossible.

On en parle depuis longtemps maintenant ; tant qu’il n’y aura pas un projet étroitement concerté entre l’Education et la Culture rien ne se passera. Les initiatives aujourd’hui viennent des artistes eux-mêmes dans les orchestres, d’un certain nombre de collectivités locales qui mettent du personnel à disposition pour monter des opérations de médiation, mais du côté de l’Etat on attend toujours… Il y a des gens désireux de faire avancer les choses, mais il faut qu’il y ait à un moment donné un déblocage symbolique et un déblocage institutionnel. Il faut que les deux ministres se serrent la main et annoncent publiquement un projet commun et que, sur le plan matériel, des crédits soient débloqués sur des projets impliquant les artistes au sein de l’établissement scolaire. Cette présence du musicien, ou présence collective de l’orchestre, est irremplaçable et doit compléter les propos pédagogiques des enseignants.

Il ne s’agit pas d’expliquer comment fonctionne le violon ou le basson, mais comment on peut découvrir le plaisir d’écoute d’une œuvre classique et l’augmenter en apprenant à mieux entendre, tout cela d’une manière joyeuse et ludique.

Vous venez de faire référence à l’enquête sur les pratiques culturelles des Français, une étude sur les publics des festivals vient tout juste d’être rendue publique… Orchestres en fête est-il aussi l’occasion pour les orchestres de faire des statistiques, de sonder le public auquel ils ont affaire ?

P. F. : Nous ouvrons un chantier, long à mettre en place, qui trouvera des applications concrètes à partir de l’année prochaine. Il s’agit d’une enquête portant sur les motivations des publics du symphonique qui devrait livrer ses conclusion en totalité fin 2011. Il nous paraît en effet indispensable de mesurer les effets d’une opération aussi lourde qu’Orchestres en Fête.

Propos recueillis par Alain Cochard, le 5 novembre 2009

Pour découvrir l’ensemble des manifestations proposées du 20 au 29 novembre par « Orchestres en Fête » – et gagner des places de concert ! - : www.orchestresenfete.com

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Photo : DR
 

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