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Les Métaboles entre Ravel et Debussy – Transcriptions inattendues – Compte rendu

Les Métaboles nous gâtent en ce printemps. Après avoir exploré l’an passé le rare Another Look at Harmony de Philip Glass, et d’en avoir signé un superbe enregistrement pour b. records, Léo Warynski (photo) et ses chanteurs sont de retour chez le même éditeur avec un album intitulé « Singing Ravel ». Près d’une heure de musique chorale occupée par des partitions du maître de Ciboure ? La chose peut a priori surprendre quand l’on sait que sa production en ce domaine se limite aux Trois Chansons pour chœur a cappella, soit à peine sept minutes de musique en tout.
Harmonies et couleurs cachées
Inspiré par l’exemple de transcriptions très réussies telle que La Vallées des cloches, n° 5 des Miroirs pour piano adapté par Clytus Gottwald sur un poème de Paul Verlaine qui, souligne Warynski, « offre un nouvel éclairage sur la musique de Ravel, en révélant des harmonies ou des couleurs cachées », le chef a décidé d’aller plus loin dans cette voie avec pour objectif d’inclure dans son programme ravélien une transcription du fameux Bolero. Comme La Vallées des cloches, l’adaptation par Thierry Machuel du Jardin féerique de Ma Mère l’Oye (sur un texte de Benoît Richter) et les Trois Chansons figuraient dans un précédent disque paru en 2020 (« Jardin féerique » / NoMadMusic), mais on ne se plaindra pas de les retrouver au sein d’un enregistrement capté en public le 10 mai 2025 à la Philharmonie de Paris – avec toute l’énergie inhérente à de telles conditions. On y savoure en outre, toujours par Machuel, la Pavane de la Belle au bois dormant ( ext. Ma Mère l’Oye), Soupir (ext. des Trois Poèmes de Mallamé) par C. Gottwald et, adaptés par Gérard Pesson, pur orfèvre des sons, Ronsard à son âme et deux extraits de Shéhérazade (La Flûte enchantée, L’Indifférent), autant de pages servies avec un incroyable raffinement par Warynski et ses chanteurs.

Il fallait oser ...
Reste que travail de Thibault Perrine retient plus particulièrement l’attention du fait du « statut » aux yeux de la postérité de deux des pièces abordées. A côté du «Adieu, pastourelles » (ext. L’Enfant et les sortilèges), il s’est en effet attaqué à la plus fameuse partition pour piano de Ravel, la Pavane pour une infante défunte, et à sa plus universellement célèbre réalisation orchestrale : le Bolero. Il fallait oser : c’est absolument réussi, et propre à faire fondre de bonheur les mélomanes les plus puristes !
Les deux ouvrages encadrent le programme, qui s’ouvre sur une Pavane dont le lyrisme épouse à la perfection le texte de « Belle qui tient ma vie », une pavane elle aussi, écrite à la fin du XVIe siècle par le compositeur dijonnais Thoinot Arbeau (1720-1595). A l’autre extrémité de l’enregistrement, la fameux Bolero ne séduit pas moins. Aucun texte pour cette transcription, seulement un jeu – incroyable d’inventivité et de conscience des spécificités des voix qui forment les Métaboles – sur les phonèmes, les onomatopées, les percussions corporelles. Une adaptation qui met en valeur tant les ressources individuelles que la cohésion d’ensemble d’une de nos plus admirables et audacieuses formations chorales.

Thibault Perrine © cimcl
Debussy par un maître transcripteur
On a pu apprécier ces qualités, mi-avril à l’Auditorium du Louvre, à l’occasion d’un programme « Voix sculptées » présenté en parallèle de l’exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants ». Oublions les projections d’images issues de celle-ci. Une bonne idée au départ mais rendue fastidieuse par le mode projection-diapo, plus adapté à une conférence sur l’histoire de l’art qu’à un concert – qui appelle un parallélisme entre la fluidité de la musique et l’enchaînement des éléments visuels.

© Anne-Elise Grosbois
Côté musique on aura en tout cas été comblé : de Roland de Lassus à Francesco Filidei, le programme illustrait la versatilité stylistique des Métaboles. A côté de la pureté inspirée de neuf des douze Prophéties des Sibylles, d’une vision inhabituellement ornementée – sculptée – du Miserere d’Allegri, de la découverte du néo-baroque Miserere CG 144 de Gounod (une curiosité, mais pas la part la plus inoubliable de la production sacrée de l’auteur), on gardera longtemps en mémoire le Tutto in una volta de Filidei, pièce de 2020, très prenante, soulignant la stupéfiante malléabilité de la sonorité des Métaboles, tout aussi bien mise en valeur dans deux fabuleux Saint-Saëns (Calme des nuits, Des pas dans l’allée) – des partitions, incluses dans le disque « Jardin féerique », que l’on a d’autant plus savourées qu’aucune projection ne venait perturber leur poésie. En conclusion, on a retrouvé Thibault Perrine à l’œuvre pour un autre arrangement d’une pièce orchestrale française célèbre : le Prélude à l’après-midi d’un faune. Pour cette transcription (datée de 2025), le musicien s’est contenté, si l’on peut dire, d’utiliser des extraits du poème de Stéphane Mallarmé. Toute la magie de la partition de Debussy est préservée, par l’art d’un maître transcripteur que Léo Warynski et ses troupes servent avec autant de sensibilité que de science. Admirable.
Mois de mai calme dans l’agenda des Métaboles. Avant que l’ensemble ne prennent la direction de Salzbourg pour plusieurs concert en juillet, on le retrouvera à Autun, fin juin, pour plusieurs interventions dans le cadre du Festival Chants libres.
Alain Cochard

(1) « Singing Ravel » 1CD b.records / LBM 091
Paris, Auditorium du Louvre, 15 avril 2026
Agenda des concerts des Métaboles :
lesmetaboles.fr/fr/agenda-a-venir
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