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L’Ensemble Atmosphères et Ben Goldscheider à la Salle Cortot [24 avril] – Hors des sentiers battus

 

 
On l’a compris dès le lancement de la formation l’an dernier, à l’initiative du chef américano-vénézuélien Ilyich Rivas : l’Ensemble Atmosphères n’a aucune vocation pour les programmes convenus et passe-partout. Un bel exemple en a été offert à la fin du mois dernier lors d’un concert réunissant des pages de Jolivet, Saariaho, Widmann et Bartók.(1)

 

Ilyich Rivas © Aude Boissaye - Studio Cui Cui

 
Dans une Grèce imaginaire

 
Venue du théâtre (une musique de scène à l’origine, pour l’Iphigénie à Delphes de Hauptmann, que le compositeur transforma en 1948), la Suite delphique d’André Jolivet montrait l’exceptionnelle aptitude de Rivas à exploiter la puissance suggestive de la partition (avec la remarquable Nathalie Forget aux ondes Martenot), à tirer parti des couleurs et des originales alliances de timbres imaginées l’auteur. Etrangeté (ces Chiens de l’Erèbe ...), mystère, force hypnotique et rituelle dans une Grèce imaginaire : le chef et ses troupes sont de bout en bout en plein cœur de leur sujet.

 

Carolin Widmann © Ensemble Atmophères
 
 
Entre âpreté et pureté

 
Ils ne l’ont pas moins été dans Graal Théâtre de Kaija Saariaho, concerto pour violon où la Finlandaise traite la forme en question dans toutes ses dimensions – et de manière souvent radicale ! Marraine de l’Ensemble Atmosphères, Carolin Widmann est la soliste idoine pour traduire, de la confrontation-combat la plus âpre et rugueuse au dialogue le plus épuré et fusionnel, l’essence d’une composition en forme de diptyque (ici dans sa version pour orchestre de chambre), tandis que le chef obtient le relief, la tension et le rebond nécessaires de sa formation.
 
Caractère et cohésion

 
Atmosphères aime inclure des pièces de musique de chambre dans ses programmes. C’est sur l’Octuor de Jörg Widmann que le choix s’est porté. Carolin Widmann, sœur du compositeur, se tient au poste de premier violon pour défendre avec sept remarquables collègues une réalisation (de 2004) qui se veut dialogue du XXIe siècle commençant avec l’Octuor D. 803 (1824) de Schubert et se matérialise par un assez étonnant moment d’échange et de jeu tant sur les rythmes que les timbres. La Suite de danses de Bartók refermait le programme, admirable d’énergie, de caractère, et d’une cohésion d’ensemble pour le moins exceptionnelle.

 

Ben Goldscheider © Kaupo Kikkas

Atmosphères citadines
 
On ne résiste pas à la dernière proposition de la saison – sur le thème « Atmosphères citadines » – que nous font Ilyich Rivas et son équipe pour une unique date, le 24 avril. Proposition d’autant plus attirante qu’elle marquera la toute première apparition française en soliste du corniste britannique Ben Goldscheider (photo) – vainqueur à 18 ans, il y a une décennie exactement, de la BBC Young Musician Competition. Avec ce souffleur hors pair, un superbe Hamburg Concerto de Ligeti s’annonce. On sera curieux de l’entendre aussi dans l’Air pour cor solo de Jörg Widmann et le Chôros n° 4 de Villa-Lobos. Trois pièces qu’Ilyich Rivas a choisi de présenter, entourées de Stages de l’Anglo-russe Alissa Firsova (2022, en création française) et du Bourgeois Gentilhomme de Richard Strauss, une composition que le chef promet de défendre avec un bonheur gourmand. Une soirée hors des sentiers battus en perspective.
 
Alain Cochard
 

(1) Paris, Salle Cortot, 28 mars 2026

Ensemble Atmosphères, dir. Ilyich Rivas. Ben Goldscheider, cor
24 avril 2026 – 20h
Paris – Salle Cortot
sallecortot.com/event/atmospheres-citadines-avec-ben-goldscheider/

Photo Ben Goldscheider © Kaupo Kikkas

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