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L’Ensemble Aedes au Festival de Saint-Denis 2026– 20 ans, le bel âge ? Assurément ! – Compte-rendu

On sort du métro. Quelques enjambées à travers un environnement urbain sans charme, et tout à coup, surgie au fond d’une belle esplanade bordée de cafés joyeusement pleins : la basilique. On la connaît, on sait qu’elle fait partie de notre patrimoine… et chaque fois, le choc : tout de blanc vêtue, bien restaurée, elle est belle, élégante, simple… et si modeste de proportions ! Bien des églises de notre pays la dépassent en taille – mais qui n’ont pas l’honneur d’accueillir en leur sein la tombe d’une quarantaine de rois de France.

© Mathieu Samadet - FSD
Saint-Denis : premiers concerts de musique « classique » dans les premières années de l’après-guerre, avec une mairie soucieuse d’offrir à ses habitants ce qu’il n’était pas si facile d’aller chercher à Paris (Saint-Denis n’était alors reliée à aucune ligne du métro parisien), puis un festival qui démarre en 1969, et qui, aujourd’hui en est à sa 58e édition. Festival lyrique d’Aix-en-Provence mis à part, qui, côté longévité, dit mieux dans notre pays ? Outre sa fidélité à ses fondamentaux (sa colonne vertébrale de musique dite « classique » servie par les meilleurs ensembles, et une multiplication d’actions dans le département prenant en compte la diversité des répertoires actuels), ce que cette édition 2026 aura eu de particulier, ce sont deux faits notables. La programmation s’est tout d’abord s’est réaxée en priorité sur la musique vocale, rappelant ainsi que l’architecture des églises du Moyen-Âge a été conçue d’abord pour la voix humaine. Par ailleurs, les Dionysiennes et les Dionysiens se sont donnés une nouvelle municipalité, dont on pouvait craindre qu’elle n’accorde pas à ce festival la même importance que ses prédécesseurs. Or le nouveau maire, Bally Bagayoko l’a annoncé, et même écrit : « je tiens a réaffirmer le soutien sans faille de la ville à ce festival qui, année après année, illumine Saint-Denis et rayonne bien au-delà de nos frontières ». Dont acte !

© Mathieu Samadet - FSD
Une direction intelligemment musicale
De la trentaine de concerts de cette édition du festival, c’est indéniablement celui de l’Ensemble Aedes qui était le mieux ciblé : on mesurait d’entrée, dès Kyrie introductif de la Messe en sol majeur de Poulenc à quel point cette nef était faite pour le répertoire a cappella. Que vous fussiez au premier rang, au dixième ou tout au fond de la nef, le chœur Aedes qui fêtait ses 20 ans vous chantait au creux de l’oreille. La direction de Mathieu Romano est idéale : à la fois ample, respirante et précise, si intelligente musicalement. Le programme-anniversaire étant conçu comme une carte de visite, se sont succédés des extraits d’œuvres variées (1). Sauf pour le Chœur op. 74 n°1 de Brahms, le point commun entre elles est d’avoir toutes été composées entre le début du XXe siècle et le nôtre. La justesse, la finesse des nuances la souplesse de cet ensemble qui, même sur une attaque forte, ne chante jamais en tension forcent l’admiration. Quand une voix soliste émerge, comme celle d’Agathe Boudet (2) dans l’Agnus Dei de la Messe de Poulenc qui terminait le programme, ce qui frappe, outre son exceptionnelle beauté, c’est sa manière de rester reliée au groupe par la qualité de l’écoute, et le silence vivant des autres chanteurs. Marque de fabrique d’un groupe d’interprètes dont la majorité est là depuis la fondation en 2005, et donc d’un style de direction hors du commun.

Vers la parfaite harmonie
La grande nouveauté de ce concert était la participation sporadique de quatre jeunes acrobates, tous membres de l’Académie Fratellini, une centre de formation d’arts du cirque contemporain. Durant quatre pièces du concert (Britten, Rachmaninov, Barber) un mini-spectacle nous a été offert. On avouera ici d’abord une certaine perplexité, car, tout à coup, sans qu’on en comprenne bien le « pourquoi » ont surgi, au dessus de la tête des chanteurs des massues à jongler. Outre le fait (un peu gênant) que de petits bruits parasites se manifestent (les massues claquent les unes contre les autres quand le jongleur les rassemble), on a trouvé le changement de statut des interprètes du concert plutôt gênant. Car, fatalement, les voici, sans raison, qui passent « au second plan » alors même qu’ils interprètent une pièce qui est sans doute une des plus virtuoses de leur répertoire : la Rosa mystica, extraite d’A.M.D.G., un des recueils les plus méconnus de Britten (3). Mais, force est de reconnaître que, lorsque les quatre jeunes acrobates ont su trouver à se déployer, dans un parfait silence, sur l’Ave Maria des Vêpres de Rachmaninov, où ils ont remonté la nef entière en danseurs agiles à la manière d’une vague, quelque chose entrait en symbiose avec la pièce du Russe.
Le sommet a été atteint lorsque l’une de ces quatre circassiens, Noémie Kpadonou, lovée à quelques mètres du sol dans un grand cerceau noir qui pendait du balcon de la basilique, a offert au public un solo de danse acrobatique lente, parfaitement calé sur les inflexions de l’Agnus Dei de Barber. Lors du dernier extrait du recueil A.M.D.G. de Britten donné en bis (The Soldier), cette même artiste a renouvelé cet exploit – cette fois-ci en complète improvisation et en parfaite harmonie avec le chœur, comme si elle avait elle-même été musicienne autant que circacienne. Gageons qu’en prenant en compte l’impératif d’inventer des figures qui ne produisent aucun son parasite, la formule de concerts contrepointés de la sorte peut être promise à un bel avenir.
Stéphane Goldet

Festival de Saint-Denis, Basilique, 19 juin 2026
Programme détaillé : festival-saint-
denis.com/concert/resonances/
(1) Une partie de ce programme figure sur quelques un de leurs enregistrements : Poulenc : intégrale des œuvres a cappella (Aparté - AP 396) ; Hersant : Trois Poèmes d’Eichendorff (dans le CD « Ludus verbalis » (Eloquentia -EL 1128)
(2) Son solo dans le Sacred and profane de Britten enregistré en 2011 était déjà miraculeux (Eloquentia – EL 1235)
(3) Composé en 1939 sur des poèmes d’un jésuite (d’où le titre : Ad Majorem Dei Gloriam ...), avec un statut particulier : jamais admis au catalogue « officiel » du vivant de Britten, qui ne l’avait néanmoins pas détruit. L’œuvre fut créé en 1984, huit ans après le décès de Britten.
Photo © Mathieu Samadet - FSD
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