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Le Prophète de Meyerbeer en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées – Electrisant – Compte rendu

Absent des grandes scènes parisiennes pour les difficultés que l’on sait – mais monter Wagner n’a jamais été un problème ! – Meyerbeer survit grâce au concert. Longtemps méprisé pour son emphase, son style pompier et les dérives du grand opéra dont il reste le chef de file, l’auteur des Huguenots, de L’Africaine et de Robert le diable, mérite bien mieux que de la condescendance. Dès lors que ses partitions sont jouées avec respect et ses rôles distribués avec intelligence, ses ouvrages s’écoutent avec un grand intérêt.

Marc Leroy-Calatayud © Jérémy Torres
Une baguette sincère et passionnée
Baptiste Charroing, le directeur avisé du Théâtre des Champs-Elysées, a visé juste en faisant appel au jeune et enthousiaste chef Marc Leroy-Calatayud (remarqué dans le Werther du TCE en mars-avril 2025) pour diriger Le Prophète, présenté à Paris après la Suisse (Genève, BFM, 25 mars). Sa maîtrise d’un orchestre au large effectif, son attention à la conduite du drame et à l’éventail des sonorités n’ont d’égales que la concentration de sa lecture qui ne connaît aucun relâchement. Galvanisé par cette approche sincère et passionnée, l’Orchestre de chambre de Genève, auquel se joignent l’Ensemble vocal de Lausanne et de jeunes pousses issues de la Haute Ecole de Musique de Genève-Neuchâtel et de la Nouvelle Maîtrise des Hauts-de-Seine, participent à cette brillante exécution.

Marina Viotti © Sabine Boesch
John Osborn insurpassable
Titulaire sans rival depuis de longues années de cette œuvre-fleuve, présentée ici avec quelques coupures, John Osborn (photo), à l’image de son confère Gregory Kunde, poursuit sa prolifique carrière, comme si le poids des années ne se faisait pas sentir. Son interprétation de Jean de Leyde (comme à Toulouse en 2019 ou à Aix en 2023), ce naïf illuminé, imposteur malgré lui, manipulé par des fanatiques qui l’éloignent de sa mère et de sa fiancée, demeure insurpassable. La voix toujours nuancée, souple et projetée avec assurance, épouse chaque linéament de la partition tout en puisant dans l’héritage belcantiste pour restituer à cette écriture sa part d’héroïsme (étourdissants « couplets bachiques » !).

Emma Fekete © Tam Lan Truong
Fougue et virtuosité sans faille
La performance de Marina Viotti est similaire, la mezzo affrontant Fidès avec une fougue, un soutien et une virtuosité sans faille. De ce personnage écrasant créé par la volcanique Pauline Viardot et remis au goût du jour par la spectaculaire Marilyn Horne dans les années soixante-dix, la cantatrice révèle toutes les facettes, de la mère aimante « Ah mon fils » aux graves abyssaux, puis humiliée dans la grande scène « Oh prêtres de Baal » suivie de la cavatine « O toi qui m’abandonnes » et de l’air « Comme un éclair précipité dans son âme » marqué par des sauts d’octaves et d’étourdissantes vocalises, qui finit par se redresser pour mourir auprès de ce fils retrouvé et pardonné.
Soprano au timbre clair et à l’agilité jamais entravée, la Canadienne Emma Fekete est une Berthe idéale et engagée qui ne sombre à aucun moment dans le décoratif et encore moins dans l’insipide et dont l’intégralité de l’agonie est une réussite. Toujours un peu – trop ? – emporté, Jean-Sébastien Bou tient son rang en Oberthal, entouré des trois anabaptistes dessinés avec foi par Samy Camps (Jonas), Marc Scoffoni (Mathias) et Christian Zaremba (Zacharie). Une électrisante soirée.
François Lesueur

Meyerbeer : Le Prophète (version de concert) – Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 28 mars 2026
Photo © Greg Figge
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