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Hommage à Hans Van Manen par le Dutch National Ballet d’Amsterdam – La quintessence du mouvement – Compte-rendu

 
 
Né en 1932, il s’est éteint en décembre dernier, d’où cet hommage élégant que lui rend le Dutch National Ballet et son directeur Ted Brandsen, invité par la série TranscenDances au théâtre des Champs-Elysées. Immense carrière que celle de Hans Van Manen, plus de 150 créations : il était vénéré, considéré comme une référence. On le vit aux Nederlands Opera Ballet et même chez Roland Petit comme interprète, avant, dès ses 23 ans, de laisser courir sa passion pour la création de gestes. Et des monstres sacrés tels que Marcia Haydée, Rudolf Noureev ou Diana Vischneva se réjouirent de servir son style, car il était la classe même.
 
 

Hans Van Manen (1932-2025) © Jann Willem Kaldenbach

Le mouvement sous la loupe
 

Et ce qu’a bien montré cette succession de pièces s’échelonnant de 1973 à 2005, qui parcourt l’évolution et la variété d’une écriture, marquée au coin de la même rigueur. Autant dire que les pièces de Van Manen convainquent plus qu’elles ne séduisent, ce qui est la marque des grands : tout au fil du spectacle, on a été fascinés par une sorte d’ascèse presque abstraite dans le déploiement des arabesques, des tours, des développés, pour saisir l’essence de ce qu’il appelait la décélération. Sans aller jusqu’au minimalisme mais plutôt dans le quasi-immobilisme, ce qui est un pari osé pour la danse
 
 

© Hans Gerritsen

Adagio Hammerklavier © Hans Gerritsen 

Des ralentis prodigieux
 
D’emblée, ce fut le meilleur, avec l’Adagio Hammerklavier (photo), sur le troisième mouvement de la 29e Sonate op.106 de Beethoven. Trois couples comme des nuages, en pas de deux qui s’étiraient longuement, d’arabesques prodigieusement tenues en cambrés suspendus, comme si le maître d’œuvre décortiquait le mouvement dans la moindre des inflexions qui le régissent. On retenait son souffle, on admirait les superbes pointes, signe d’une époque où il les utilisait abondamment, ce qui ne fut pas toujours le cas ensuite, tout en s’étonnant du bizarre positionnement des mains des danseuses. Et on s’émerveillait de la virtuosité de la compagnie néerlandaise, capable de faire respecter ces vertigineux ralentissements.
Puis, contraste avec Solo, de 1997, tout en dynamique, avec trois danseurs se succédant comme des feux follets, toujours  avec la même élégance, qui n’était pas sans rappeler le style d’un Baryschnikov, et on passait ainsi de Beethoven à Bach, avec la Courante de la 1ère Partita, BWV 1002. Une vitalité impressionnante, une joie irradiante, pour dix petites minutes.

 

Solo © Hans Gerritsen 

Un temps trop étiré
 
Ensuite, le temps a commencé à s’allonger et de moins bonne façon, car les 24 minutes des Frank Bridge Variations sur l’Opus 10 de Britten, n’ont pas inspiré à Van Manen sa meilleure pièce : un peu pesante, sage, s’éternisant dans des rapports de couples qui semblaient sans chair, elle a marqué un tournant dans un programme qui s’annonçait riche. Puis beau duo sur Illusion d’Erkki-Sven Tüür et Psalom d’Arvo Pärt dans Two Pieces for Het, mais qui n’apprenait plus grand chose sur la façon du maître, tout en continuant de montrer sa délicatesse inscrite hors du temps, horriblement difficile pour les danseurs qui devaient y montrer un processus de décomposition plutôt que d’élan…

 

© Altin Kaftira

5 Tango's © Altin Kaftira

 
Performances tendues
 
Et pour finir 5 Tango’s  sur Piazzolla  dont on espérait qu’ils aideraient à aviver l’intérêt, mais qui se sont avérés plus tendus que provoquants, secs comme des crochets lancés vers on ne sait quelle cible. Le tout dans de beaux costumes rouge et noir dessinés par Jean Paul Vroom,  rappelant, pour les danseuses, ceux de Notre Dame de Paris de Petit. On a admiré, considéré avec respect ces admirables performances gymniques ou horlogères, tout en étant parcouru de plus en plus par une impression de répétition un rien fastidieuse, que la lourdeur que la journée torride au terme de laquelle elles venaient s’inscrire n’aidait évidemment pas à dissiper. Et surtout, erreur dans une soirée toute construite autour d’un seul créateur, une semi-obscurité permanente qui contribuait à rendre le spectacle d’abord prenant et légèrement angoissant pour finir sur un rien de torpeur, malgré les rythmes hachurés de Piazzolla, pour les tangos. En fait un spectacle marqué par l’excellence, et un soupçon de daté. La danse est éphémère, et si formidablement dessinée soit elle, elle se démode. Mais bizarrement pas toujours de la même façon. Béjart le savait bien.
  
Jacqueline Thuilleux
 

« Hommage à Hans Van Manen » - Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 25 juin 2026.   
 
Photo © Hans Gerritsen   

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