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​Médée de Charpentier par Les Epopées au Théâtre des Champs-Elysées [dernière le 2 oct. à Compiègne]– Lemieux peut-elle le moins ? – Compte rendu

La formule est sans doute rabâchée, mais nous vivons bel et bien une époque formidable. Qui aurait imaginé, il y a encore une ou deux décennies, que pourraient se succéder dans le même théâtre, en l’espace de quelques saisons, deux versions aussi différentes que possible de l’unique opéra de Marc-Antoine Charpentier ? En mars 2023, Hervé Niquet dirigeait pour le CMBV une interprétation de concert de Médée (1) et voici qu’en octobre 2026, Stéphane Fuget en propose une lecture extrêmement différente. Cette co-existence de versions concurrentes (sans parler de la production scénique présentée au printemps 2024 par l’Opéra de Paris) montre bien qu’il est désormais loin, le temps où Charpentier n’était « que » le compositeur de son Te Deum rendu célèbre par l’Eurovision.
 
Efficacité théâtrale

A la tête de son orchestre Les Épopées, Stéphane Fuget sait admirablement mettre en valeur l’efficacité théâtrale de cette partition, même en version de concert. Le continuo est nourri, comme c’était l’usage au XVIIe siècle, mais pas un seul instant il ne donne l’impression de l’être de manière trop systématique, et il se montre d’une belle inventivité dans certains moments particulièrement évocateurs (la première mention de la robe couleur du soleil, par exemple). Les bruits de guerre ont toute la vigueur souhaitable, les vents en trio présentent un délicieux caractère bucolique, et le chef crée une série d’atmosphères saisissantes lorsque la magicienne déchaîne ses sortilèges. Les Epopées © 
 
 

Les Epopées © Orianne Pascal

Loin de l’orthodoxie baroqueuse

Quant au rôle-titre, si Stéphane Fuget est un anti-Hervé Niquet, Marie-Nicole Lemieux est un peu une anti-Véronique Gens. A la réserve altière de celle-ci, elle préfère une exubérance de gestes et d’intonations, de mimiques ou même de grimaces qui pourront déranger les partisans d’une interprétation plus hiératique. Cette Médée-ci ricane, gémit, pleure – et, connaissant la sincérité et l’engagement de l’artiste, on devine que ses larmes sont véritables, à l’issue d’un déchirant « Quel prix de mon amour ». En janvier 2023, le chef et la chanteuse avaient déjà été réunis pour un programme intitulé « Enchanteresse » (2), qui avait suscité enthousiasme et espoir, mais constitué à peu près exclusivement d’airs, et l’on pouvait néanmoins se demander si Marie-Nicole Lemieux saurait plier un organe désormais habitué à Wagner et Verdi pour le faire rentrer dans le cadre des récitatifs. Qui peut le plus peut le moins, mais Lemieux pourrait-elle ce moins ?

Les premiers instants – le prologue a été omis – donnent à craindre que la voix soit ici trop contrainte, trop obligée de s’amenuiser, mais cette crainte finit par se dissiper, et on se laisse convaincre (ou non, protesteront certains) par cette incarnation loin de l’orthodoxie baroqueuse mais d’une puissance indéniable.
Autour de la Québécoise, les mérites ne sont pas toujours également répartis. Si Petr Nekoranec a pour lui un timbre naturellement haut placé, son français déjà très correct pourrait encore gagner en précision, et son Jason semble un peu trop uniformément galant, pour un héros si soucieux de sa gloire. Alex Rosen dote Créon d’une autorité et d’une projection hors pair, au point qu’on en oublie la vilénie du personnage. Bien qu’annoncée souffrante, Juliette Mey remporte tous les suffrages avec sa Créuse pudique mais pleine de duplicité face à l’Oronte élégant d’Étienne Bazola, le Chœur de chambre de Namur livrant une prestation aussi remarquable qu’à l’accoutumée.

Encore une date dans la tournée de la Médée des Epopées : le 2 octobre au Théâtre Impérial de Compiègne.

Laurent Bury

 

Marc-Antoine Charpentier : Médée Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 30 septembre 2026 ; prochaine et dernière date le 2 octobre 2026 (20h) au Théâtre Impérial de Compiègne : www.theatresdecompiegne.com/medee-631
 
(1) www.concertclassic.com/article/medee-de-charpentier-au-tce-medee-compte-rendu

(2) www.concertclassic.com/article/enchanteresse-recital-de-marie-nicole-lemieux-la-philharmonie-encore-plus-aimable-quelle

Photo [ ICONO PROVISOIRE ] © Denis Rouvre 

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