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Gianandrea Noseda dirige l’Orchestre de Paris – Les Cloches, enfin ! – Compte-rendu

Gianandrea Noseda (photo) est le chef des entrées au répertoire de l’Orchestre de Paris. En juin 2014, pour le tout dernier concert de la formation à Pleyel, il l’avait amenée à jouer pour la première fois les Fontaines et les Pins de Rome de Respighi. Cette fois, c’était dans Les Cloches (1913) de Serge Rachmaninoff qu’on l’attendait. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il a fallu attendre 2018 pour que la phalange parisienne aborde l’une des partitions vocales les plus géniales du début du XXe siècle. Mais il vrai que les âneries et préjugés dont la musique du grand Serguei a été, et demeure souvent encore, la victime n’auront pas aidé.

Avant de se lancer dans l’Opus 35 du Russe, les musiciens se mettent en jambe avec d’abord – entrée au répertoire de l’Orchestre là aussi –  la séduisante seconde série (op. 50ter) de fragments symphoniques de l’opéra La Donna serpente (1928-1931) d’Alfredo Casella (1883-1947), autre auteur cher au cœur du maestro italien et que l’on aimerait trouver plus souvent dans les programmes des orchestres parisiens. On admire autant la prestesse et le relief avec lesquels sont menés les premier et troisième (une Battaglia qui n’a pas volé son titre ! ) morceaux que le merveilleux sens des timbres qui s’illustre dans le second.

Les timbres sont à la fête aussi dans les Images de Debussy. La musique « est de couleurs et de temps rythmés » disait Claude de France ; cette étonnante partition en offre l’une des plus exemplaires illustrations. Sous la battue souple et précise de Noseda, les instrumentistes de l’Orchestre de Paris (à commencer par une harmonie plus que gâtée par l’œuvre) déploient leur art avec un bonheur palpable, soulignant toute l’ambiguïté d’humeur des Gigues, les couleurs – très vives avec la baguette en action ici – et les parfums d’Iberia, la luminosité des Rondes de printemps enfin.

Gianandrea Noseda © Sussie Ahlburg

Place aux Cloches après la pause. Noseda est le chef idoine pour défendre une composition qu’il connaît intimement (il en a réalisé un très bel enregistrement avec le BBC Philharmonic en 2011 pour Chandos) et dont il explore les quatre volets avec une parfaite conscience de la progression dramatique qu'ils décrivent. Luminosité pour l’Allegro non troppo où le ténor ukrainien Dmytro Popov compense par l’élan de son propos un instrument qui manque d’un peu d’éclat pour la grande salle de la Philharmonie. Timbre magnifique, la Moldave Irina Lungu célèbre d’incandescente façon « l’appel sacré vers l’autel du mariage » du Lento, portée par le souffle de l’orchestre et d’un Chœur en très grande forme. Le fantastique travail que Lionel Sow mène depuis 2011 à la tête de cette formation ne s’illustre pas moins dans les rageuses convulsions de la nuit noire du Presto, avant que le Lento lugubre (chapeau bas au somptueux cor anglais de Gildas Prado !) ne montre la basse Vladimir Vaneev en parfaite osmose avec la noirceur funèbre de cette dernière partie. L’ovation pour Noseda, les solistes, Lionel Sow et le Chœur sont à la mesure d’une interprétation d’une envoûtante intensité. Par chance pour les absents, les micros de Radio Classique étaient là (1).
Le non renouvellement du mandat de Daniel Harding est connu depuis peu. On ne serait franchement pas mécontent d’apprendre que Gianandrea Noseda figure parmi les candidats à sa succession.

Alain Cochard

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(1) www.radioclassique.fr/replay/reecouter-un-concert/concert-lorchestre-de-paris-sonner-cloches-de-rachmaninov/

Paris, Philharmonie, Salle Pierre Boulez, 25 janvier 2018

Photo © Sussie Ahlburg

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