Journal
Gabriel Durliat en tournée à l’Ajam [Alsace, 7 récitals du 3 au 12 févr.] – Piano fantastique

Les veinards ! Saverne, Strasbourg, Saint-Dié-des-Vosges, Sainte-Marie-aux-Mines, Mulhouse, Colmar, Altkirch : on ne peut qu’être envieux des mélomanes alsaciens qui, du 3 au 12 février, vont à sept reprises avoir le bonheur de retrouver Gabriel Durliat dans le cadre d’une tournée organisée par l’Ajam, association qui, depuis 1960, déploie énergie et perspicace curiosité en faveur des nouveaux interprètes.

© gabrieldurliat.fr
À la baguette en mai à Deauville
Pianiste, compositeur, improvisateur et ... chef d’orchestre, l’artiste (né en 2001) se range parmi les personnalités les plus complètes et singulières de la jeune génération. Derrière une allure qui peut sembler sage se cache un talent proprement vertigineux sur lequel Concertclassic a plus d’une fois eu l’occasion d’attirer votre attention. Outre ses activités au clavier, Gabriel Durliat est depuis le début de l’année officiellement chef assistant à l’Ensemble Intercontemporain pour une période de deux ans. Des projets se dessinent en ce moment côté direction et s’il est un peu trop tôt encore pour dévoiler plusieurs d’entre eux, vous pouvez d’ores et déjà noter le 1er mai sur vos agendas, date à laquelle, invité du 30e Festival de Pâques de Deauville, il conduira L’Atelier de Musique (avec la soprano Chen Reiss en soliste) dans les Sept lieder de jeunesse de Berg (version R. de Leeuw) et la Symphonie n° 4 de Mahler (version E. Stein).
Le défi de La Belle Saison
Pour l’heure, c’est au piano que l’on retrouve Gabriel Durliat. Un piano sur lequel il sera toutefois question d’orchestre puisque, après quelques courtes pièces originales signées Chopin, Debussy et Liszt, le jeune homme s’attaquera à rien moins que la transcription lisztienne de la Symphonie Fantastique d’Hector Berlioz. Un défi musical et technique qu’il a initialement accepté de relever à la demander d’Antoine Manceau, directeur de La Belle Saison.(1) Défi qui tient à la fois à la difficulté de la transcription (aucun pianiste français ne s’y est aventuré depuis Roger Muraro et, la discographie en témoigne, bien rares sont ceux qui ont osé ... ) et à l’œuvre qu’A. Manceau lui a demandé de jouer à sa suite : la Sonate en si mineur de Liszt ! Le pianiste s’est pour la première fois confronté à ce programme intimidant à l’Orangerie de Sceaux en octobre dernier ; Coulommiers et Cherbourg ont suivi depuis.

© gabrieldurliat.fr
Penser piano pour imiter l’orchestre
La réunion de ces deux monuments pianistiques en un programme se sera en tout cas avérée très instructive. « La Fantastique est une œuvre géniale mais, confie G. Durliat, la transcription de Liszt étant assez peu jouée, je me suis toujours demandé si elle ne présentait pas des faiblesses, une raison qui explique que beaucoup de grands lisztiens l’ont laissée et la laissent de côté. J’ai commencé à la travailler avec la partition d’orchestre sur le coin du pupitre, en me disant qu’il allait falloir aménager, modifier des choses. Et j’ai été frappé par le fait que Liszt n’est pas si littéral que ça, mais que ça fonctionne vraiment ... de feu de Dieu ! Il pense piano pour imiter l’orchestre, plutôt que d’offrir un regard analytique où l’on va tout reconnaître. Je suis frappé par l’intelligence des solutions qu’il a trouvées. »

© gabrieldurliat.fr
Quand Liszt donne un cours de piano
« De façon plus générale, ça a nourri ma compréhension de Liszt, constate-t-il. Quand on regarde bien la manière qu’il a de mettre des accents, des chevrons, des points, on comprend qu’il nous renseigne sur la partie du bras à utiliser. Ce qui fait que – et la chose me frappe dans toutes les œuvres de Liszt que je joue, y compris la Sonate – on a l’impression qu’il nous donne un cours de piano. Je n’avais jamais été sensible à ce point-là à sa manière d’écrire les articulations.»
Que la Fantastique précède la Sonate en si dans le programme modifie l’approche de cette dernière. Après le Berlioz/Liszt, « il y a une baisse d’adrénaline et, souligne le pianiste, je me rends compte que la Sonate est juste une œuvre d’une incroyable poésie mystique. Commencer par la Fantastique empêche de tomber dans l’écueil consistant à faire de la Sonate une œuvre de virtuose parce que, finalement, il n’y est pas tant question de ça. »
Il reste encore deux occasions d’entendre Durliat dans le doublé Fantastique/Sonate dans le cadre de La Belle Saison : à Arles le 15 mars et à Paris, aux Bouffes du Nord, le 23 mars. Quant au programme de la tournée Ajam, la Fantastique sera précédée du Nocturne op. 62/1 de Chopin, du Clair de lune de Debussy et du nocturne En rêve de Liszt ; bref, la plus poétique introduction aux passions berlioziennes.

© gabrieldurliat.fr
Le Tombeau de Ravel
Garbriel Durliat n’a d’ailleurs pas fini de nous surprendre. Après un très beau premier disque intitulé « In Paradisum » pour Scala Music, son parcours discographique se poursuivra chez le même éditeur avec un programme intitulé « Le Tombeau de Ravel » – pour lequel Rodolphe Bruno-Boulmier a, comme la première fois, laissé carte blanche à l’interprète. On y trouvera Le Tombeau de Couperin, entouré de diverses pages dont une composition de la main de Durliat (un Tombeau de Ravel) et ... – car, oui, il en reste ! – des inédits de Maurice Ravel qui dormaient à la Morgan Library de New York. Grâce à François Dru, responsable éditorial de la Ravel Edition, Gabriel Durliat a découvert et pu enregistrer une Forlane de Couperin transcrite par l'auteur des Miroirs, et l’esquisse d’une Bourrée que ce dernier envisageait d’inclure dans le Tombeau de Couperin et qu’il a finalement laissé tomber. Esquisse qui comportait quelques « trous » que le pianiste et compositeur s’est chargé de compléter. Sortie à l’automne prochain !
Pour ce qui relève d’une actualité bien plus proche, notez que Gabriel Durliat donnera un programme « Bach to the Future » aux Sommets Musicaux de Gstaad le 1er février, et que, fin chambriste aussi, il sera le complice du remarquable violoncelliste Cyprien Lengagne dans le cadre du Festival Elite de la salle Cortot le 25 février(3) avec des compositions de Boulanger, C. Schumann, Schnittke et Britten.
Alain Cochard

(1) La Belle Saison : https://la-belle-saison.com/artiste/gabriel-durliat/
(2) www.sommets-musicaux.com/concert/dimanche-1-fevrier-2026/1100-eglise-de-rougemont/
(2) sallecortot.com/event/festival-elite-avec-cyprien-lengagne/
Gabriel Durliat, piano
Œuvres de Chopin, Debussy, Liszt et Berlioz/Liszt
Tournée Ajam
Du 3 au 12 février 2026
Saverne (3/02), Strasbourg (5/02), Saint-Dié-des-Vosges (7/02), Sainte-Marie-aux-Mines (8/02), Mulhouse (10/02), Colmar (11/02), Altkirch (12/02)
www.ajam.fr/fevrier-2026-gabriel-durliat-piano.html
Photo © gabrieldurliat.fr
Derniers articles
-
26 Janvier 2026Laurent BURY
-
24 Janvier 2026Archives du Siècle Romantique
-
24 Janvier 2026Laurent BURY







