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El abrecartas de Luis de Pablo en création au Teatro Real de Madrid - Dernier adieu - Compte-rendu

 Disparu le 10 octobre de l’année dernière, le compositeur Luis de Pablo (né en 1930) laisse une œuvre abondante et diverse (1). Sixième et dernier de ses opéras, El abrecartas (L’ouvre-lettres) fut achevé en 2015 sur un livret de Vicente Molina Foix qui reprend la thématique de son roman éponyme, pour évoquer des figures marquantes des lettres espagnoles de cette période troublée entre la Guerre civile et les années 50 (García Lorca, le Prix Nobel en 1977 Vicente Aleixandre, Miguel Hernández, Eugenio d’Ors …) parmi quelques personnages fictifs. Cet arrière-fond historique et culturel dégage le prétexte à un message sur l’intolérance et l’espoir. Beau sujet, à fois ancré dans la tradition de son pays et universel, pour la grande œuvre quasi ultime d’un compositeur espagnol mondialement reconnu !
 
Luis de Pablo (à dr.) et son librettiste Molina Foix © Javier del Real / Teatro Real

La musique correspond, qui reprend des références opératiques dans des paraphrases où affleure la mélodie et des thèmes propres au répertoire lyrique espagnol depuis la Renaissance jusqu’à notre époque, des tirades en forme d’arioso, pour ce qui concerne le chant, sur une orchestration subtile quasi chambriste bien que pour vaste orchestre. Une réussite originale dans le répertoire de la musique dite contemporaine, comme dans le répertoire de notre compositeur, une œuvre testament en quelque sorte, qui n’attendait que d’être enfin présentée.

© Javier del Real / Teatro Real
 
C’est désormais chose faite avec les six représentations, en création mondiale au Teatro Real, l’Opéra de Madrid. D’autant que pour ce faire, les choses ont été assemblées avec éclat ! Les non moins de onze chanteurs solistes que réclame la partition ont été choisis avec habileté parmi le meilleur du chant espagnol actuel, bien secondés par le chœur maison et une maîtrise d’enfants, et soutenus efficacement par l’orchestre au grand complet du théâtre réparti jusqu’aux loges d’avant-scène (pour les cuivres et percussions). Fabián Panisello, grand familier de la musique de Luis de Pablo, détaille de sa battue précise les mille entremêlements de la partition, côté instrumental ou vocal. Et l’orchestre projette sans faillir ses sonorités diaphanes ou percussives. Airam Hernández (dans le rôle de F. García Lorca), Borja Quiza, José Antonio López, Jorge Rodríguez-Norton, Mikeldi Atxalandabaso (photo) ou Ana Ibarra, entre autres, accomplissent un sans-faute déclamatoire et vocal, de même que les deux chœurs réunis.
© Javier del Real / Teatro Real
 
Quant à la mise en scène, signée Xavier Albertí, elle use avec parcimonie des différents changements de climats théâtraux, autour d’un décorum (signé Max Glaenzel) fait de caissons évocateurs de tombes alignées propres aux cimetières espagnols, propices à des mouvements oscillants, des gestes et déplacements coordonnés, parmi des lumières rasantes et des tenues d’époque (conçues par Silvia Delagneau). Peu d’extravagances et un respect strict de la trame, pour une transmission directe durant une heure tente passée rapidement, à laquelle le public qui remplit confortablement la salle (et comme rarement pour un opéra contemporain) réserve un accueil des plus favorables.

 
Pierre-René Serna

(1) En 2021, outre Luis de Pablo, sont décédés deux autres compositeurs espagnols : Cristóbal Halffter (né en 1930) et Antón García Abril (né en 1933). Un concert au Teatro Real est prévu le 3 mars en hommage à ces trois compositeurs majeurs espagnols. 
 
Luis de Pablo : El abrecartas (création) - Madrid, Teatro Real, 24 février 2022 // www.teatroreal.es/es

Photo © Javier del Real / Teatro Real

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