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Compte-rendu : Mitsuko Uchida au pied du mur

Pas d’entracte. Mitsuko Uchida respecte la tradition établie par Rufolf Serkin qui voyait dans les trois dernières sonates de Beethoven autant d’étapes indissociables d’une même prospective : on ne suspend pas ce voyage. Certains avaient encore dans la tête cette fameuse soirée à Pleyel où Serkin, à pleine pâte, faisait éclater les cadres du piano pour l’enferrer dans la pensée créatrice beethovénienne. Là s’arrête la comparaison. Ici une nervosité fébrile survole tout l’Opus 109 : traits boulés, pédale sur-sollicitée qui brouille les lignes et les polyphonies, partout un constant precipitato épuise le discours en le privant de ses ponctuations reflexives. Idem pour l’Opus 110 jusqu’au Klagender Gesang où enfin le temps se creuse et la pianiste respire.

Ce sera le point de bascule de son interprétation : les horizons beethovéniens se mettent en place, le propos prophétique résonne, l’arche se tend enfin. Dans l’Opus 111 Uchida atteint par instant à cette vérité organique, évidente, qu’elle n’avait pas même effleurée dans les deux autres sonates. Les thèmes parlent, la construction faussement divagante met ses arcanes en place, même le questionnement final, impérieux (ut majeur, 9/16) est paré de ses vertus interrogatives comme seul les traits grands pianistes savent faire.

Mais le toucher parfait de la plus viennoise des pianistes – appris chez Seidhofer – l’élégance de sa conception, le ton même de son jeu demeurent malgré un art certain définitivement peu beethovéniens. Pas d’éclat symphonique, pas de clavier éructant, par de largage d’amarres. Le voyage fut malaisé.

Jean-Charles Hoffelé

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 30 septembre 2009

Programme du Théâtre des Champs-Elysées

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Photo : DR
 

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