Journal

Compte-rendu - Les Révélations de l’Adami à Prades – Une exceptionnelle brochette de talents

Depuis quelques années, le Festival de Prades a pris l’habitude d’accueillir les Révélations classiques de l’Adami et c’est toujours avec curiosité et intérêt que l’on découvre les choix de Françoise Pétro et Sonia Nigoghossian, les directrices artistiques des Révélations. Huit artistes, quatre instrumentistes et quatre chanteurs - comme c’est la règle depuis treize ans à l’Adami -, se sont ainsi présentés au public nombreux réuni dans l’église Saint-André de Catllar.

Clarinettiste né en 1982, Florent Charpentier se montre digne de ses maîtres au Conservatoire de Paris - Michel Arrignon et Pascal Moraguès - dans une 1ère Rhapsodie de Debussy où la liberté et la poésie vont de pair avec un propos construit, tout comme dans la 3ème Pièce en solo de Stravinski, parfaite de mordant et d’ironie.

Remarquée lors du Concourt VIBRARTE de l’an dernier, Marion Platero (née en 1989) fait entendre un violoncelle dont la plénitude du chant émeut dans le Largo de la Sonate op 65 de Chopin. On n’est pas moins admiratif face à l’aplomb et à la maturité avec lesquels l’élève de Philippe Muller se lance ensuite dans le Prélude de la 2ème Suite de Bach.

Autre archet remarqué, celui de la violoniste Saténik Khourdoian (née en 1983). Formée par Jean-Jacques Kantorow, l’artiste marseillaise aborde le 1er mouvement de la Sonate op 105 de Schumann avec une richesse des couleurs, un feu intérieur et une qualité d’intonation qui rendent parfaitement justice à l’ardeur et aux contrastes de la pièce.

Le piano ? Il est à bretelles dans la promotion 2009 des Révélations Adami avec Mélanie Bregant. On ne peut que se féliciter de ce choix car celle qui a travaillé avec Max Bonnay et Jean-Noël Crocq au CNSMD de Paris fait découvrir l’accordéon sous son visage le plus noble. Elle domine la rythmique complexe du Finale de la Sonate n°1 de Viacheslav Semionov de manière à la fois libre et rigoureuse et exprime avec un goût très sûr la poésie du premier volet du Prélude, fugue et variations en si mineur pour orgue de Franck.

Du soprano au baryton, les quatre choix lyriques des Révélations Adami 2009 convainquent tout autant.

Née en 1984, la soprano montpelliéraine Julie Fuchs a mené de front une formation musicale très complète et des études de théâtre. D’une voix bien timbrée, la jeune artiste séduit dans l’air de Zaïde "Tiger! wetze nur die Klauen", enlevé avec une brûlante expression, tandis que l’air de la poupée des Contes d’Hoffmann manifeste une agilité vocale, un chic et une mutine drôlerie qui font légitimement mouche sur l’auditoire.

On avait eu l’occasion de juger des qualités de la mezzo Pauline Sabatier lors d’un spectacle Mozart présenté par l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin l’hiver dernier. Elles se confirment dans le « Batti, batti, o bel Masetto » de Zerlina ou dans le « Amour, viens rendre à mon âme » (tiré de l’ Orphée et Eurydice de Gluck revu par Berlioz) où l’homogénéité, les qualités de diction et l’agilité vocale de l’artiste s’épanouissent.

Une personnalité très complète s’affirme chez le ténor lyonnais Julien Behr (né en 1982). Le jeune homme a renoncé à ses projets de carrière d’avocat pour devenir chanteur. Tant mieux, car la noblesse avec laquelle il aborde le « Il mio tesoro » de Don Ottavio aussi bien que le piquant et la séduction qu’il met dans l’air de Beppe (« Je suis joyeux ») de la Rita de Donizetti offrent de belles promesses d’avenir.

A l’instar de son collègue ténor, Alexandre Duhamel (né en 1983) a lui aussi bifurqué d’études relativement traditionnelles (une licence de journalisme à la Sorbonne) vers une carrière de chanteur. On s’en félicite là aussi car le jeune baryton possède des moyens vocaux et une présence scénique que souligne l’air de La jolie fille de Perth « Quand la flamme de l’Amour », tandis que le « Non piu andrai » du Figaro mozartien dévoile toute la savoureuse truculence d’un artiste qui entre à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris en septembre prochain.

Un mot enfin pour saluer l’intelligence et complice musicalité avec laquelle le pianiste Emmanuel Normand a accompagné ce superbe cru Adami 2009.

Alain COCHARD

Concerts des Révélations classiques Adami 2009, Festival de Prades, Eglise Saint-André de Catllar, le 3 août 2009

> Lire les autres articles d’Alain Cochard

 

Partager par emailImprimer

Derniers articles