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« 4 Saisons dansées » par le Concert de la Loge et la Compagnie Käfig au Théâtre de Caen [ Reprise à Megève 26 mars ] – Quand Vivaldi Jubile – Compte-rendu

Mettre des pas de danse sur la musique de Vivaldi et sur les Quatre Saisons en particulier, n’est pas une idée nouvelle. L’immense palette d’affetti du maître vénitien et la renommée de ces concertos ont déjà inspiré de nombreux chorégraphes (Angelin Preljocaj, Thierry Malandain, Anne Teresa De Keersmaeker, Giuliano Peparini, James Kudelka...) Sur le papier, le projet de Julien Chauvin et de Mourad Merzouki n’avait donc rien de révolutionnaire. Encore fallait-il que le chef violoniste et le chorégraphe réussissent le mariage entre des expressions artistiques qui semblent à des années-lumière l’une de l’autre : la musique baroque d’un côté et le hip hop de l’autre. Être capable d’aller au-delà des bonnes intentions, de rendre évident ce qui pouvait sembler artificiel. En un mot, donner la vie à un spectacle qui enchante à la fois les mélomanes et les amateurs de danse. Sans trahir Vivaldi ! Le résultat de cet audacieux pari est exceptionnel. Non seulement, les obstacles apparents ont été surmontés, mais « 4 Saisons dansées » est d’une harmonie, d’une force et d’une beauté à couper le souffle.

© Julien Benhamou
Un grain de folie contagieuse
La réussite s’explique déjà par le fait qu’il n’y a pas sur le plateau la réunion de deux groupes – un orchestre à la vitalité contagieuse et des danseurs époustouflants – mais un seul et même ensemble qui n’a qu’un but : révéler au mieux toutes les ressources de la musique de Vivaldi. L’osmose est totale aussi bien dans Les Quatre Saisons que dans les autres œuvres du programme : l’allegro de la Sinfonia de L’Olimpiade (RV 725), une superbe sonate pour violoncelle et basse continue (RV 43), le Concerto pour quatre violons en mi mineur (RV 580) et le Concerto « alla rustica » (RV151). Musicalement, Le Concert de la Loge démontre une nouvelle fois sa parfaite maîtrise du discours baroque : vitalité, respiration, articulation, ornementations, dynamique, clair-obscur. Il y a un grain de folie contagieuse dans cet ensemble dont Julien Chauvin est un chef de bande irrésistible.

© Julien Benhamou
Une chorégraphie sans cesse mouvante et renouvelée
Mais l’enchantement ne s’arrête pas là : il est aussi pour les yeux. Avec les six danseurs de la Compagnie Käfig, le spectacle atteint une dimension inattendue et l’alchimie prend tout son sens. L’œuvre devient totale, sonore et visuelle. Les impressionnantes figures de danse contemporaine et de hip hop, souvent très acrobatiques, s’enchaînent sur un rythme étourdissant qui fait corps avec la musique : mouvement de ressort, balancier du buste, rotation sur les épaules et sur la tête, battle par deux ou en groupe. Toute cette chorégraphie, sans cesse mouvante, sans cesse renouvelée, occupe tout le plateau et se fond souvent au sein de l’orchestre, pris de groove lui aussi. Quant au public, chauffé à blanc, il n’attend pas la fin du spectacle pour manifester bruyamment son enthousiasme et les applaudissements frénétiques vont autant aux musiciens qu’aux danseurs. Une révélation pour tous ! Les spectateurs exultent, Vivaldi jubile.
Une dernière occasion de découvrir le spectacle cette saison s’offrira le 26 mars au Festival de Megève, mais Vivaldi sera aussi au programme du Concert de la Loge, dès le 13 février à Soissons, associé à Haydn, avec la participation d’Astrig Siranossian.(1)
Thierry Geffrotin

(1) www.concertdelaloge.com/event/vivaldi-vs-haydn-soissons-cite-de-la-musique-et-de-la-danse/
Caen, Théâtre, 16 janvier 2026. Reprise le 26 mars à Megève : www.concertdelaloge.com/event/4-saisons-dansees-festival-de-megeve/
Calendrier du Concert de la Loge : www.concertdelaloge.com/calendrier/
Photo © Julien Benhamou
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