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Falstaff au Teatro Costanzi de Rome– Quand la fantaisie manque à l’appel – Compte rendu

Ce Falstaff aux décors envahissants, au propos laborieux, à l’orchestre pesant et aux chanteurs empêtrés, ne restera ni dans les annales, ni dans nos mémoires. L’ultime opus lyrique verdien ne supporte pas le manque d’énergie et encore moins l’absence d’ironie et de poésie qui berce chaque scène de cette irrésistible comédie. Dans cette production signée Tatjana Gürbaca, tout semble avoir été conçu pour aller à l’encontre de l’esprit même de cette partition sur laquelle doit souffler un vent de folie contagieux. Rien ne fonctionne ici comme on l’attend : la personnalité hors norme, à la marge, de Falstaff, incorrigible farceur et jouisseur invétéré est à peine esquissée, comme celle de son entourage dont les travers sont traités à gros traits, les joyeuses commères liées à cette aventure et bien décidées à se moquer de lui, n’évitant ni la caricature, ni la lourdeur. Et ce n’est pas avec une direction d’acteurs aussi convenue et dénuée de la moindre élégance que ce spectacle peut être sauvé.

Violeta Urmana (Mrs Quickly) & Luca Salsi (Falstaff) © Fabrizio Sansoni -Teatro dell'Opera di Roma
Vidé de sa substance
En éliminant toute trace d’humour, de dérision et d’ironie, la metteuse en scène vide l’œuvre de sa substance et nous ennuie mortellement. Rarement le duo Ford/Falstaff n’aura paru si long et le finale, pourtant si féerique, semblé si prosaïque. Si Michele Mariotti ne s’était pas laissé gagner par la torpeur, sa direction aurait très certainement pu lutter contre la léthargie générale. Au lieu de cela le chef retient ses instrumentistes, bride la dynamique, ralentit à plaisir chaque ensemble au lieu de lâcher ses troupes pour qu’elles dévalent quatre à quatre les marches de cette partition.

Maria Agresta (Alice) © Fabrizio Sansoni -Teatro dell'Opera di Roma
Une distribution sans éclat
Qu’auraient pensé Tito Gobbi ou Giuseppe Taddei, deux immenses Falstaff, de la prestation banale et sans relief de Luca Salsi (photo), de sa diction brouillonne et de son interprétation littérale, au ras du sol ? George Petean passe totalement à côté de Ford, tout comme Carmen Artaza de celui de Meg, qu’elle saborde sans vergogne, Violeta Urmana venue remplacer Daniela Barcellona, abordant Quickly avec un reste de voix qui fait peine à entendre. Maria Agresta (Alice) est heureusement là, occupant le terrain avec un entrain forcené et un instrument encore bien projeté et pétillant, rivalisant avec sa fille Nanetta, que défend joliment la délicieuse Marina Monzo, elle-même appareillée au jeune et timide Fenton du ténor Pietro Adaini. Les chœurs un peu en retrait et les comprimari, dont le vétéran Carlo Bosi (Dr Cajus), complètent cette distribution sans éclat.
François Lesueur

Verdi : Falstaff – Rome, Teatro Costanzi di Roma, 15 octobre :;, prochaine représentation le 1er novembre 2026 (retransmise en direct sur Rai 3 et Rai Play ) - www.operaroma.it
Photo © Fabrizio Sansoni –Teatro dell'Opera di Roma.
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