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Festival Passions Baroques 2026 (Montauban - Tarn-et-Garonne)) – L’édition des anniversaires – Compte rendu

 
 
En 1986, ayant déjà constitué une petite formation chorale, le flûtiste à bec Jean-Marc Andrieu créait avec des collègues professeurs du Conservatoire de Toulouse un ensemble orchestral jouant initialement sur instruments modernes. Et de se confronter d’emblée au grand répertoire avec les Messes brèves de Bach. Cinq ans plus tard, jouant dès lors sur instruments d’époque, l’ensemble devenait l’Orchestre Baroque de Montauban, après son installation dans la ville d’Ingres et de Bourdelle où il est en résidence et dont Jean-Marc Andrieu a dirigé le Conservatoire depuis cette même année 1991 et jusqu’en 2020. Splendidement restauré et modernisé, le Musée Ingres-Bourdelle (1) accueille d’ailleurs chaque année des rendez-vous chambristes du Festival. La formation est devenue en 2003 Les Passions – Orchestre Baroque de Montauban (2). Le chef en a amplifié l’intégration locale en fondant en 2011 à Montauban le Festival Passions Baroques, élargi en 2019 au Tarn-et-Garonne. La recherche, le partage à travers le concert et la transmission par le biais de projets pédagogiques demeurent les piliers essentiels de l’activité du chef et de son orchestre.

Une codirection officialisée
 
L’histoire des Passions est placée depuis 2021 sous le signe d’un rapprochement avec le chœur de chambre Dulci Jubilo de Christopher Gibert (également compositeur), les deux chefs se partageant volontiers la direction des concerts. Ainsi lors de l’édition 2025 de Passions Baroques pour le somptueux programme « 1643 » réunissant Monteverdi, Carissimi et Charpentier (3). Si l’association qui gère la saison des Passions est désormais intégrée à Anima Nostra (4), en charge de Dulci Jubilo et de divers festivals, principalement en Occitanie, les deux entités demeurent bel et bien distinctes cependant que la codirection est officialisée. Les Passions poursuivent leur exploration de l’univers baroque, Jean-Marc Andrieu consacrant une part importante de ses recherches à la redécouverte et à l’édition d’œuvres de compositeurs méridionaux : celle de Jean Gilles est devenue emblématique des Passions, mais aussi Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (5) ou Antoine-Esprit Blanchard, comme l’atteste leur discographie Ligia (6), sans oublier son cher Marc-Antoine Charpentier. Le chœur Dulci Jubilo offre quant à lui un spectre temporel plus large, de la musique ancienne au répertoire contemporain, avec une dizaine de créations en 2026, et récemment une ouverture vers le jazz.
 
 
Souvenirs des premiers temps
 
Commencée le week-end précédent avec le Trio Passegiatta (Toulouse) puis La Main Harmonique, autre exemple de formation témoignant d’une puissante volonté d’ancrage local (à La Romieu, dans le Gers voisin), la 12e édition du Festival Passions Baroques célébrait donc, à guichets fermés le 8 octobre au Théâtre Olympe de Gouges, les quarante ans des Passions. Avec pour introduire ce programme de fête en deux parties, l’une instrumentale, l’autre également vocale, une séquence souvenir. Le premier CD de l’Orchestre Baroque de Montauban, paru en 1993 chez ARB (AT 1503) et plutôt confidentiel, était consacré à des concertos pour flûte de Leclair et Telemann, mais aussi pour violon de Vivaldi (Il Piacere, avec Nirina Betoto, longtemps violon solo de la formation), complétés de deux suites pour cordes de Purcell : The Married Beau et The Virtuous Wife. Huit pages de la première, brillamment et souplement contrastées, ouvraient ce concert en beauté. Autre souvenir des premiers temps : le Concerto pour deux flûtes à bec et clavecin BWV 1057 de Bach (transcrit du Quatrième Brandebourgeois), avec en solistes d’une vive et complice harmonie Jean-Marc Andrieu et le hautboïste Xavier Miquel, aussi à l’aise sur l’un et l’autre instruments, et Anne-Lise Labusquière au clavecin, comme trente ans plus tôt, jouant ici un Philippe Humeau un peu discret dans les tutti mais dont le chaleureux raffinement illuminait les virtuoses élans solistes à découvert.

 

Julia Wischniewski & Les Passions, dir. Jean-Marc Andrieu © Auxie Boivin 

 
Entre fureur et déploration
 
Production des Passions, la seconde partie offrait un choix d’airs de Haendel interprétés avec une puissance d’évocation, une flamme, un style et une touchante grâce élégiaque par Julia Wischniewski. L’univers sensible de la soprano, dont l’élégante simplicité crée spontanément un rapport chaleureux avec le public, oscille entre bel canto baroque et répertoire classique. Elle a chanté la Comtesse des Noces de Mozart, ce que l’on se représentait merveilleusement à l’écoute de l’air de Cleopatra « Se pietà di me non senti » de Giulio Cesare in Egitto, pur de ligne, art de la phrase et du souffle mêlés. Cette seconde partie alternait airs de fureur ou « de tempête » et de déploration, empruntant à Scipione, Alcina, Amadigi di Gaula et Rinaldo – « Lascia ch’io pianga », parfait d’émouvante sobriété. Un autre air, tourmenté, de Cleopatra fut offert en bis, puis une reprise du début de « Scoglio d’immota fronte » de Scipione, mettant une nouvelle fois en exergue la vive musicalité et la belle égalité de tessiture de Julia Wischniewski, à l’aigu délié répondant un médium et un grave affirmés et bien timbrés.

 

Amandine Beyer & Gli Incogniti © Auxie Boivin

 
Amandine Beyer et Gli Incogniti
 
Le concert du lendemain, également au Théâtre de Montauban, célébrait un autre anniversaire : en 2006, la violoniste Amandine Beyer (photo) créait Gli Incogniti, ensemble de cordes et continuo qui fête donc ses vingt ans et auquel elle aime « apporter l’oxygène » d’instruments à vent (plutôt que de voix), ici le basson tendre et virtuose d’Alejandro Pérez Marin. Si Gli Incogniti se produisaient pour la première fois à Passions Baroques, le lien entre Amandine Beyer, Jean-Marc Andrieu et son orchestre est plus ancien : ayant remporté en 2001 le Premier Prix du Concours Antonio Vivaldi de Turin, ils l’invitèrent à jouer pour la toute première fois de sa carrière, en la chapelle des Carmélites de Toulouse, une œuvre qui allait y jouer un rôle considérable : les Quatre Saisons de Vivaldi – éternelle reconnaissance. À propos du continuo, on relevait la présence d’un rare claviorganum, commandé par Jean-Marc Andrieu en 1994 pour le Conservatoire de Montauban, soit un orgue coffre d’Étienne Fouss (disparu en 2024 et dont l’atelier était à Périgueux) surmonté d’un clavecin signé Philippe Humeau (Barbaste, Lot-et-Garonne – il a cessé son activité en 2019). Sans doute s’agit-il du tout premier construit en France à l’époque moderne, pour lequel il fallut réinventer un système d’accouplement mécanique, de sorte que l’enfoncement des touches du clavecin actionne simultanément celles de l’orgue positif, associant l’éphémère mais intense mordant de la corde pincée et le son soutenu de l’orgue, pour une fascinante et double résonance.
 
Per li coglioni
 
Comme on l’apprit lors de la discussion à bâtons rompus d’après-concert avec le public dans la salle même du Théâtre, ce programme Vivaldi haut en couleur et d’une revigorante diversité a été concocté, comme chaque fois, par le musicologue, danseur et violoniste Olivier Fourés, collaborateur de l’Istituto Antonio Vivaldi à Venise et responsable de l’édition omnia de l’œuvre instrumentale du compositeur parue chez Ars Antiqua (Madrid). Le sous-titre du concert : Per li coglioni (« Pour les couillons ») fait référence à une commande passée par Dresde à Vivaldi, renvoyée au maestro car jugée incomplète (simple question de chiffrage de la basse), puis retournée par Vivaldi au commanditaire avec dans la marge cette mention peu flatteuse, manière de pester contre qui se révèle incapable de suppléer par soi-même telle apparente imprécision au lieu d’aborder la musique avec autant de liberté qu’il peut être légitime, en faisant appel notamment à l’improvisation. Per li coglioni, c’est aussi le titre d’un ouvrage d’Oliver Fourés précisément sous-titré Guide à l’improvisation, passant en revue toutes les composantes du jeu violonistique indispensables pour rendre justice à l’esprit vivaldien. Exactement ce que l’on entendit sous l’archet plus que virtuose mais avant tout engagé et sensible d’Amandine Beyer.

 

Amandine Beyer & Gli Incogniti © Auxie Boivin

 
Fantasque archet
 
La boutade de Stravinski voulant que Vivaldi ait inlassablement composé le même concerto fut idéalement battue en brèche par ce programme aux facettes étonnamment contrastées. Où l’on relève en particulier une œuvre d’une étourdissante audace et modernité : le Concerto pour violon en mi mineur RV 278, du début des années 1730, dont le climat dramatique et le profil mélodique, à certains égards quasiment préromantique, renouvèlent puissamment la forme et son approche. Chaque œuvre apportant sa mise en œuvre spécifique, on eut le bonheur d’entendre le Concerto pour violoncelle et basson en mi mineur RV 409 d’une structure si particulière, les solistes constitués en duo indépendant dialoguant sans s’y mêler avec l’orchestre, vivace quand les cordes se font élégiaques et inversement, avant de tous se retrouver dans le final. S’ensuivit le délicieux Concerto fatto per Mr Pisendel RV 340, celui per li coglioni…
 
Organisée tel un tout aussi enchaîné que diversifié, la seconde partie fit entendre la Sinfonia "Improvvisata" RV 802, bien dans l’esprit d’Amandine Beyer et de ses musiciens, fusionnels cependant qu’à tour de rôle mis en exergue, le virevoltant Concerto pour basson RV 499, enfin deux Concertos pour violon, en ré mineur puis majeur, RV 128 et 224, reliés par le Recitativo en si mineur RV 208, apothéose d’un jeu aussi fantasque et imprévisible que fermement structuré. En bis, l’Andante rêveur, dont le chant legato s’élève sur l’évanescent pizzicato des cordes d’accompagnement, du Concerto pour violon RV 372a « per Chiareta », une jeune élève de Vivaldi. Annoncé pour février 2027, l’enregistrement du programme de ce concert fait notamment espérer une suprême version du Concerto RV 278.
 
Rendez-vous est pris pour l’édition 2027 de Passions Baroques : Jean-Marc Andrieu songe à faire dialoguer Paris et le Midi, le célèbre Te Deum de Charpentier et des Motets de Campra …
 
Michel Roubinet
 

Festival Passions Baroques à Montauban et en Tarn-et-Garonne, concerts des 8 et 9 octobre 2026
www.les-passions.fr/fr/festival-passions-baroques/edition-2026/
 

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(1) MIB – Musée Ingres-Bourdelle
museeingresbourdelle.com
 
(2) Les Passions – Orchestre Baroque de Montauban
www.les-passions.fr/fr/musique-baroque/
 
(3) Festival Passions Baroques 2025
www.concertclassic.com/article/festival-passions-baroques-2025-montauban-la-musique-en-voyage-compte-rendu
 
(4) Anima Nostra
www.animanostra.fr/notre-identité
 
(5) Mondonville, Daphnis et Alcimadure
www.concertclassic.com/article/daphnis-et-alcimadure-de-mondonville-au-festival-passions-baroques-de-montauban-2022-reprise
 
(6) Discographie des Passions
www.les-passions.fr/fr/discographie/
 
 
Photo Amandine Beyer © Auxie Boivin

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