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Le Stella Ensemble au Festival européen Jeunes Talents 2026 – Une éloquente intensité —Compte rendu

La claveciniste Apolline Khou avait déjà eu l’occasion de se produire dans la saison Jeunes Talents, en janvier 2023 au côté du gambiste Özgür Kaya. Elle était à cette époque à l’approche de la fin de ses études au CNSMDP et s’apprêtait à poursuivre pendant deux ans son cursus de clavecin (et de pianoforte) à Londres, au Royal College of Music. Bien lui en a pris car c’est outre-Manche qu’elle a rencontré les frères Lowe, deux magnifiques archets anglo-espagnols : Joseph, violoniste, et son aîné Xavier, violoncelliste (et gambiste), avec lesquels elle forme désormais le Stella Ensemble.

© Caroline Bottaro
Dans la chambre du Prince
La formation était invitée dans le cadre du Festival européen Jeunes Talents à l’Hôtel de Soubise - une manifestation créée par Laurent Bureau en 2001. La soirée aurait dû se tenir dans la Cour des Grands Dépôts. Un risque météo planant sur Paris, elle a finalement eu lieu dans la chambre du prince, cadre on ne peut plus adapté au programme proposé, majoritairement français (Rebel, Sénaillé, Forqueray, Francœur) mais où figuraient aussi Stradella, Muffat et Soler.

© Caroline Bottaro
Présence et densité
Dès l’attaque de la sinfonia de Stradella, on comprend que, si Joseph et Xavier Lowe on étudié à Londres, ils sont nés et ont grandi sous le soleil d’Espagne. Leur sonorité riche, « tanique » pourrait-on dire, frappe par sa présence et sa densité – et l’ensemble par sa complicité.
À d’autres les baroqueries poudrées : on aime cette fermeté des attaques, cette manière qu’ont les trois musiciens de saisir la phrase – pour raconter ! Impossible de résister à la vitalité de la 8e Sonate en ré mineur de Rebel ou de la Sonate en ré majeur de Muffat – toutes deux mues par un parfait sens réthorique – avec, chez le dernier, d’ultimes mesures d’une profonde poésie sous l’archet de Joseph Lowe. Un art du chant que l’on n’apprécie pas moins dans la Sonate sol mineur de Sénaillé (dont on entend ici le Preludio et le Largo). Le violoniste, accompagné du seul clavecin y montre un sens de la respiration et une éloquence très prenantes.
Intermède clavecinistique dans le cours du programme, La Boisson d’Antoine Forqueray (transcrite par son fils Jean-Baptiste), trouve en Apolline Khou une interprète pleine d’allant.

© Caroline Bottaro
Enivrante conclusion
Relief et tonicité caractérisent tout autant les pièces des frères Francœur. De Louis, l’aîné, l'Ensemble Stella a choisi la Sonate n°7 en ré mineur. L’Allemanda intiale montre l’aptitude des interprètes – à commencer par le violoniste – à conjuguer noblesse et allant ; jamais la phrase n’est empesée, amidonnée. Aussi réussie, la Sonate no 6 en sol mineur de François, le cadet, séduit par son dynamisme (quelle façon de lancer la phrase dans l’Adagio !), son expression secrète et de merveilleux moments d’abandon dans la Sarabande et, enfin, l’obsédante giration de son Rondeau.
Une ivresse que vient opportunément prolonger l’arrangement pour trio (par Joseph Lowe) du fameux Fandango du Padre Antonio Soler. Joseph et Xavier Lowe ont grandi non loin de l’Escorial : cela s’entend !
Ajoutons que, si la chaleur n’est pas la meilleure amie des instruments à cordes, du boyau particulier, les musiciens de l’Ensemble Stella font montre d’une grande efficacité et rapidité au moment des réaccords ; le concert y gagne en fluidité, pour le plus grand bonheur d’un public conquis. Une très belle découverte et une formation que l’on espère retrouver bientôt sur les scènes françaises !
Alain Cochard

Paris, Hôtel de Soubise, 17 juillet 2026. 26e Festival jusqu’au 25 juillet : www.jeunes-talents.org/-Agenda-des-concerts-du-Festival-Jeunes-Talents-
Photo © Caroline Bottaro
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