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​Disparition de Louis Erlo (1929-2026) – Itinéraire d’un passionné

 

Louis Erlo s’est éteint il y a quelques jours à Olmetto (Corse) où il avait décidé il y a plusieurs années de s’établir pour quitter la fureur du monde et vivre en paix en pleine nature. Il avait 97 ans.
Un rideau tombe définitivement et la boîte à souvenirs s’ouvre, inéluctablement… Louis Erlo (photo à g.), c’est une partie, et non des moindres, de ma vie professionnelle. Pendant quatorze ans, entre 1982 et 1996, nous nous retrouvions tous les étés du côté de la place de l’Archevêché à Aix-en-Provence où il prenait ses quartiers en tant que directeur du Festival International de Musique et d’Art Lyrique. C’était encore une époque bénie ou les contraintes administratives et financières ne pesaient pas cruellement sur la culture, une époque où les affinités permettaient de belles rencontres et de belles relations. Grâce à lui j’ai pu découvrir et approfondir des connaissances en matière lyrique et musicale. J’ai aussi pu nouer des liens parfois amicaux avec Gabriel Bacquier (photo à dr.), Armin Jordan, José Van Dam, Hans-Peter Blochwitz, Barbara Hendricks entre autres.

L’Opéra Nouveau de Lyon avec Jean Nouvel

Directeur de l’Opéra de Lyon de 1969 à 1995 et de l’Opéra-Studio de Paris de 1973 à 1979, Louis Erlo avait vécu son premier grand succès aux arènes de Fourvière à Lyon en 1962 avec la création d’Œdipe Roi de Jean Cocteau avec les danseurs du Ballet de Paris, les comédiens de la Comédie Française et, dans le rôle-titre, Jean Marais. A Lyon il restera celui qui, avec Jean Nouvel, a créé l’Opéra Nouveau, faisant accéder l’institution à la modernité et lui donnant une dimension internationale. C’était aussi un dénicheur de talents et nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui lui doivent une belle carrière. Entre Rhône et Saône, des images de ses mises en scène reviennent en mémoire. Un Amour des trois Oranges qui avait été créé à l’auditorium alors que l’opéra était en travaux, qui avait ensuite été programmé à Aix-en-Provence ; une production qui, aujourd’hui encore, 40 ans après, étonne toujours. Souvenir, aussi, du peu connu et peu donné Les voyages de Monsieur Brouček de Janáček, de Parsifal ou encore de L’Etoile de Chabrier.

Le renouveau baroque à Aix-en-Provence

Au Festival d’Aix-en-Provence il donnera toute sa place à la musique baroque. Dès le début de son mandat, en 1983, il propose Hippolyte et Aricie de Rameau avec Jessye Norman et John Aller, dans la mise en scène de Pier Luigi Pizzi et sous la direction de John Eliot Gardiner. Les Indes galantes sont aussi restées dans les mémoires de ceux qui ont découvert la mise en scène délicieusement délirante d’Alfredo Arias tandis que William Christie et ses Arts Florissant magnifiaient la musique de Rameau. En 1994 Natalie Dessay qu'il considérait comme « une grande de demain » prend le rôle de la Reine de la Nuit sous la direction musicale de William Christie ; une production signée Robert Carsen. Carsen, toujours, en 1991 avec une mise en scène « historique » du Midsummer night’s dream de Britten et l’immense James Bowman (Oberon) aux côtés de Lilian Watson (Titania).

Louis Erlo souriait, souvent, parlait calmement, toujours ou presque, et vivait passionnément dans un univers qu'il avait appris à découvrir, lui, l'électricien de formation, en grimpant les échelons ; il avait débuté à l’opéra en tant que cinquième régisseur… Et aspirait à partir paisiblement entouré de quelques moutons et brebis au cœur de cette nature qu’il chérissait. Ce qui est advenu !

Michel Egéa
 

Photo : Louis Erlo en compagnie de Gabriel Bacquier au temps des belles heures estivales aixoises. © Coll. part.

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