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« Orfeo Vacilla » à Aix en Juin [CIAM, jusqu’au 25 juin] – Sur le fil – Compte rendu

Un cœur lumineux au faîte d’un barnum du Centre International des Arts en Mouvement installé dans la campagne aixoise. A l’extérieur, autour d’une table c’est lendemain de nuit bien arrosée pour quelques jeunes qui attendent Orphée et Eurydice, leurs amis, mariés la veille. Le public qui arrive est invité à se rapprocher des fêtards pour les besoins d’une photo de famille… Grand coup de klaxon : le couple, un peu défait, débarque en camion ! Acrobaties diverses, portés spectaculaires, les jeunes mariés font le spectacle sur des accents de musique pop et disco. Eméchée, Eurydice grimpe jusqu’au cœur installé en haut du chapiteau, appelant son Orphée à la rejoindre. Puis, d’un coup, grésillement, musique off, elle meurt électrocutée ! L’accordéon prend la relève des enceintes, le mythe revit.

© M.E.
Descente aux enfers
Les fêtards deviennent chœur, et Orphée, debout sur la table, se lamente. On l’invite, ainsi que le public, à suivre la descente aux enfers de sa belle dont la dépouille est installée sur un cygne. Un demi-tour de chapiteau plus loin tout le monde arrive sur les bords du Styx. Accompagnées par l’orgue de barbarie joué par Amour, tout comme l’accordéon, les ombres errantes chantent… Ambiance infernale pour acrobaties impressionnantes et c’est sur le fil de fer qu’Orphée et Eurydice seront invités à quitter les enfers. La suite on la connaît …

© Christophe Raynaud de Lage
La même part de noblesse
Avouons-le, nous ne savions trop à quoi nous attendre avant la première représentation de cet « Orfeo Vacilla », production née de l’union de la compagnie Rasposo, du CIAM et du Festival d’Aix-en-Provence dans le cadre de son dispositif Passerelles qui œuvre depuis plus de 15 ans pour l’inclusion des publics de toute origine dans la vie du festival. Nous avons été conquis. Cet objet artistique multidisciplinaire est totalement cohérent, compréhensible et intelligent. Le mythe d’Orphée est, il est vrai, idéal pour développer la création autour de lui. Marie Molliens, qui dirige la compagnie Rasposo, a composé un spectacle contemporain équilibré entre cirque et opéra, déclarant haut et fort : « Ces deux arts portant en eux la même part de noblesse. »

© Christophe Raynaud de Lage
Gluck, l’accordéon et l’orgue de barbarie
Et qui mieux qu’elle-même, fil-de-fériste, pouvait incarner une Eurydice à la fois puissante et fragile, tentant de quitter les enfers en suivant Orphée sur le câble. En fait il y a trois Orphée à ses côtés. Robin Auneau, sur le fil de fer, qui est aussi Charron et le forain, Niels Mertens, acrobate, porteur, basculiste, impressionnant de puissance maîtrisée et de précision ; sa performance est indéniable ! Quant à celle du contre-ténor Ludivic Glowacz elle est aussi remarquable puisque, appelé pour un remplacement, il n’a eu qu’une seule petite semaine pour intégrer la production. Dans un environnement très particulier, pour le moins, il est arrivé à donner du sentiment à son chant désespéré. D’autres voix, celles de l’ensemble vocal universitaire Ev’Amu, ont aussi contribué à la réussite de cette production, livrant des chœurs émouvants, emplis de passion. Puis il y a Eric Bijon, Amour accordéoniste qui signe les arrangements musicaux. Dans le contexte, la musique de Gluck jouée au piano à bretelles ou par les bandes de l’orgue de barbarie, c’est délicieusement original et totalement adapté à cette création. Une heure de bonheur pour petits, à partir de 6 ans, et grands avec un réel enchantement et un succès final qui en appelle d’autres …
Michel Egéa

« Orfeo Vacilla » – Aix-en-Provence, CIAM le 21 juin au CIAM ; représentations gratuites à 10 heures et 19 heures jusqu’au 24 juin et à 10 heures le 25/06., réservations obligatoires. Conseillé à partir de 6 ans // https://rasposo.com/ephemeres/cartes-blanches/orfeo-vacilla-3/
© Christophe Raynaud de Lage
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