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​Marie-Nicole Lemieux à l’Auditorium du Musée d’Orsay – Fondons nos âmes – Compte rendu

Devant cette générosité qui caractérise le chant de Marie-Nicole Lemieux, comment résister à l’injonction de Verlaine ? Oui, avec elle, « fondons nos âmes, nos cœurs et nos sens extasiés », car c’est aux trois qu’elle avait choisi de s’adresser tour à tour lors de ce récital donné au Musée d’Orsay pour coïncider avec les deux expositions Renoir. Et puisque l’une d’elle s’appelle « Renoir et l’amour », c’est d’amour qu’il est question dans ce programme, successivement amour du cœur, amour de l’âme et amour des sens. Renoir peignit jusqu’à un âge très avancé, tant que son corps le lui permit, et les deux compositeurs convoqués ce jeudi soir, qui ont également eu une vie longue et fructueuse, ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans leurs œuvres ultimes.

 
Diction superlative

Le concert s’ouvre avec les Zwei Gesänge op. 91 de Brahms, composés pour le violoniste Joseph Joachim et son épouse. Le premier, « Gestillte Sehnsucht », de 1884, permet à l’alto et à la voix de s’entrelacer en des arabesques quasi Art Nouveau. L’altiste belge Tony Nys semble d’abord presque s’effacer pour laisser le premier rôle à la contralto québécoise qui trouve des accents caressants pour déclamer les vers de Rückert, mais il joue d’égal à égal pour le second chant, la « berceuse spirituelle » où la Vierge implore les anges de protéger du vent son nouveau-né ; la voix s’exhale déjà dans quelques bouffées où l’émotion prend un tour plus opératique. Puis vient le tour de Quatre Chants sérieux, et là, tout change.
Revenant des coulisses, Marie-Nicole Lemieux n’est plus la même, son visage s’est assombri, elle maîtrise sa respiration, puis se lance comme à corps perdu dans l’interprétation de ces textes tirés de la Bible de Luther. La chanteuse est visiblement pénétrée du message que Brahms lui fait porter, on la sent totalement investie dans cette réflexion sur la situation de l’humanité, sur la présence du mal dans le monde, sur l’amertume de la mort, pour s’achever avec le sourire retrouvé quand elle glorifie l’Amour en tant que vertu théologale. Soutenue par le pianiste américain Daniel Blumenthal, la voix s’est déployée dans toute son ampleur, jusque dans la noirceur de ses notes les plus graves, l’émotion a atteint son maximum, secondée par une diction superlative, et c’est les larmes aux yeux que l’artiste remercie le public qui l’applaudit avec enthousiasme.

 
Distance et conviction

Pas d’entracte, contrairement à ce qui était prévu, et l’on enchaîne, après un bref retour en coulisses, avec les trop rares Expressions lyriques de Massenet, ultime cycle de mélodies du père de Manon, qui est sans doute aussi ce qu’il a produit de plus original dans ce domaine : les poèmes n’y sont pas meilleurs que ceux qu’il avait pu mettre en musique auparavant, mais la souplesse de l’alternance entre parlé et chanté reste stupéfiante. Marie-Nicole Lemieux s’y amuse manifestement, avec une pincée de distance ironique parfois, mais aussi toute la conviction nécessaire, et en rendant pleinement justice à ces créations inspirées par la figure de Lucy Arbell, dernière égérie du compositeur. Massenet se cite lui-même : les roses de Proserpine dans « Battements d’ailes », puis surtout le clair de lune de Werther dans « La dernière lettre de Werther à Charlotte ». Le public ne ménage pas ses acclamations, et la contralto concédera deux bis : « Les extases » de Massenet, interprété avec un investissement total, puis « Les chemins de l’amour », où Marie-Nicole Lemieux invite le public à chanter avec elle, mais malgré la fusion de nos âmes, nul n’ose réellement mêler sa voix à celle de l’artiste.

Au tour du public toulousain de retrouver la chanteuse, du 26 juin au 5 juillet, dans le rôle-titre de Carmen ; une production signée Jean-Louis Grinda, placée sous la baguette de Leo Hussain.(1) 

Laurent BURY
 

(1) opera.toulouse.fr/carmen-4409511/
 
Paris, auditorium du Musée d’Orsay, 4 juin 2026
 
Photo © Manuel Cohen

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