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​Bar Avni dirige l’Orchestre de Paris à la Philharmonie – Composite, mais séduisant – Compte-rendu

 

 
Bœuf sur le toit de Milhaud, Poème de Chausson, Tzigane de Ravel, Fanfare for the Uncommom Woman n° 2 de Joan Tower et Suite de Carmen de Bizet/Shchedrin : malgré le fil rouge français qui le parcourt, le programme que Bar Avni (photo) dirige à l’Orchestre de Paris apparaît assez composite. Mais ne faisons pas la fine bouche ; tandis que les saints de glace jouent vilainement les prolongations à Paris, il n'est pas désagréable de savourer des pièces pour la plupart synonymes de luminosité.
Entrée matière réussie pour la grande triomphatrice du Concours La Maestra 2024 : elle signe un Bœuf sur le toit dont les tempi, jamais précipités, laissent la musique se déployer, heureuse et avec une pointe de lascivité qui se souvient du Brésil où la partition prend sa source, bien qu’elle ait été écrite en 1919 après le retour du compositeur à Paris au terme de la période passée auprès de Paul Claudel à Rio.

 

Ava Bahari © Sylvain Barrès

 
Manque de tension dramatique
 
Changement total de climat avec le Poème pour violon de Chausson, confié à Ava Bahari. D’une conception certes poétique mais par trop éthérée, l’interprétation néglige une part la substance dramatique d’un ouvrage inspiré d’une nouvelle de Tourgueniev qui n’a franchement rien d’un conte de fées. Plus qu’à l’archet de la violoniste suédoise, nos réserves tiennent à la direction de Bar Avni : trop en rondeur, elle ne va pas assez chercher dans les tréfonds de l’orchestre la noirceur et la tension d’une musique sur laquelle plane l'ombre du Tristan und Isolde de Wagner. C’est le point faible de la soirée, mais on se rattrape ensuite avec d'abord un Tzigane rondement mené, dont la soliste domine les difficultés, préférant soigner les couleurs que céder à une virtuosité par trop extérieure. Très bel extrait de la 2e Sonate d'Ysaÿe en bis.

 

© Stefanie Jäger

 
Eblouissant et jouissif
 
Comme pour consoler les cuivres d’être absents du Bizet/Shchedrin placé en seconde partie, ceux-ci ont pour mission de l'ouvrir par la Fanfare for the Uncommon Woman n° 2 de l’Etatsunienne Joann Tower (née en 1938), brève et séduisante pièce que Bar Avni fait sonner avec tout le relief et l’éclat requis.
L’Orchestre de Paris compte des souffleurs admirables dans ses rangs ; ses archets et ses percussionnistes ne le sont pas moins ! À eux revient la Suite de Carmen (1), réalisée par Rodion Shchedrin en 1967 pour son épouse, l’illustre danseuse Maïa Plissetskaïa.
Cordes et percussions seulement donc, pour une pièce bluffante d’invention sonore où la cheffe israélienne parvient à un résultat éblouissant et jouissif – rêveur et raffiné aussi : ce magique Second intermezzo ... – suivie par des cordes d’une chaleur et d’une homogénéité parfaites (avec Igor Yuzefovich au violon solo) et des percussionnistes qui, heureux comme des gamins, se régalent des trouvailles d’une orchestration les mettant particulièrement en valeur. Le plaisir à l’état pur... Et Toréador en bis ! 
 
Notez que Bar Avni retrouvera l’Orchestre de Paris, le 20 juin prochain sous la Pyramide du Louvre, avec Sarah Nemtanu en soliste. Un concert Chausson, Ravel, Moussorgski, gratuit sur réservation (2), qui marquera le coup d’envoi de la 3e édition des Etés du Louvre (jusqu'au 25 juillet).  
 
Alain Cochard
 

(1) dans la version Yuri Temirkanov (qui supprime les mouvements nos 6 et 10)

(2) www.louvre.fr/expositions-et-evenements/evenements-activites/concert-d-ouverture-des-etes-du-louvre
 
Paris, Philharmonie, 13 mai 2026
 
Photo © Julien Mignot

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