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​« Viva Verdi » au Théâtre Hébertot – Mémoires du fantôme de l’Opéra – compte rendu

 
 
Ce n’est pas un concert, mais une pièce de théâtre. Et pourtant, une pièce où l’on parle beaucoup de musique, où l’on entend de la musique enregistrée et – ce n’est pas si courant – où l’on entend un pianiste et une chanteuse en direct. Comme le titre le laisse deviner, il s’agit du plus célèbre des compositeurs d’opéra italiens, dont la vie nous est contée en quatre-vingt-dix minutes. Tout commence sur le plateau nu du Théâtre Hébertot, avec le fond de scène visible.
 

© Laura Bousquet 

Un technicien laisse allumée une servante (ces ampoules sur pied utilisées sur les scènes une fois le spectacle terminé) et le rideau tombe. Mais il se relève aussitôt pour céder la parole à un fantôme, Verdi en personne. Acteur, metteur en scène et surtout auteur du texte, Pierre-Olivier Scotto est le maître d’œuvre de Viva Verdi. Pensionnaire à la Comédie-Française où il joua les jeunes premiers de 1973 à 1986, Raymond Acquaviva s’est fait de façon très convaincante la tête du vieux Verdi, celui du portrait par Boldini, et il est le narrateur sur les épaules duquel repose largement le spectacle.
 
 

© Laura Bousquet 

Bien sûr, pour prendre un caractère théâtral, ce récit reprend quelques vieux mythes et thèmes opératiques (la malédiction, qui est même personnifiée à un moment), il sacrifie à la figure de l’artiste romantique en concluant sur le Requiem comme si, tel Mozart, Verdi l’avait composé pour lui-même – ce qui oublie la gaîté ultime de Falstaff. Surtout, il se penche sur la vie sentimentale de Verdi, non sans quelque peu surexploiter l’hypothèse avancée en 2013 par Roselyne Bachelot dans son livre Verdi amoureux, où l’ex-ministre ne craignait pas de prêter au compositeur diverses relations homosexuelles, notamment avec son élève Emanuele Muzio, incarné par Guillaume Petit.
Le personnage de Giuseppina Strepponi, interprété avec beaucoup de conviction par Noémie Bianco, impose très vite sa présence, lorsqu’est évoquée la création de Nabucco, puis la vie conjugale du couple, son désir d’enfants inassouvi, la jalousie de l’épouse face à l’intimité du mari avec ses interprètes. Entre humour et émotion se construit la figure d’un artiste tourmenté, en passant par quelques titres incontournables, comme autant de jalons dans la carrière.
 

Parveen Savart  © Laura Bousquet 

C’est là qu’intervient la musique en direct, Pierre-Olivier Scotto ayant eu l’excellente idée de solliciter une jeune soprano pour interpréter quelques extraits, accompagnés au piano par Quentin Morant. Formée au CNSMDP il y a quelques années, Parveen Savart (en alternance avec Emmanuelle Jakubek) a la lourde tâche de chanter le dernier air d’Abigaille dans Nabucco, « Addio del passato » de La Traviata, l’air d’Elisabeth au dernier acte de Don Carlos (mais quelle aberration d’avoir retenu la traduction italienne, pour un opéra écrit pour Paris et sur un livret en français !) et la prière de Desdémone. Si le timbre chaud sied aux cantilènes verdiennes, la nuance forte fait apparaître un vibrato déjà un peu trop prononcé. Mais le public est conquis, et sort en fredonnant le Brindisi de Traviata, la musique de Verdi n’en demandant pas plus pour (re)conquérir les esprits.
 
Laurent Bury

 

Pierre-Olivier Scotto, Viva Verdi ! Théâtre Hébertot (78 bis, boulevard des Batignolles - 75017), les mercredis, jeudis et dimanche, depuis le 30 septembre 2026 Représentation du 7 octobre 2026 // www.theatrehebertot.com/spectacle/viva-verdi
 
Photo © Laura Bousquet 

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