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« Une soirée chez les Schumann » par le Trio Dichter et Séphora Pondi au Festival d'Auvers-sur-Oise – La porte des souvenirs – Compte rendu

 

Depuis la sortie en 2023 de son premier et bel album «Une invitation chez les Schumann » (Harmonia Mundi), le Trio Dichter (Théotime Langlois de Swarte, Hanna Salzenstein & Fiona Mato) a eu peu d’occasions de se produire en concert. Il faut reconnaître que les occupations baroques des deux archets – et la direction d’orchestre pour le violoniste – ne leur en laissent guère le temps. La tentation était d’autant plus grande d’aller retrouver les trois instrumentistes au Festival d’Auvers-sur-Oise, où ils se produisaient en compagnie de la comédienne et pensionnaire de la Comédie-Française Séphora Pondi, pour un concert-lecture intitulé «Une soirée chez les Schumann ».

 

 

Schumann et Clara, l’amour impossible, l’intraitable Wieck, etc. : tout cela a déjà été traité sur le mode récitant et musique, avec des bonheurs ... divers. Textes, pages musicales (il ne s’agit en rien d’une reprise du programme du disque, seulement quelques points communs): l’excellence des choix effectués par les Dichter et S. Pondi s’est d’autant mieux fait ressentir qu’ils ont su échapper à une structuration strictement linéaire du récit.

 

Soudain Brahms

 

Avec la première des Scènes d’enfants, transcrite pour trio, placée en début de programme, la porte des souvenirs s’ouvre ... On se sent comme happé vers le passé. Sensation renforcée par la lecture, dans la foulée, d’un extrait du Journal de Marie Schumann (1841-1929) – première des huit enfants auxquels Clara donna naissance ... Souvenirs heureux du cadre familial à Dresde, de l’irruption un – très – beau jour de septembre 1853 d’un jeune homme nommé Johannes Brahms et de l’émerveillement qu’il provoqua ... Beaucoup auraient eu la tentation de faire correspondre ce moment avec un extrait d’une des sonates – « symphonies déguisées » – pour piano du « jeune aigle ». Les Dichter ont préféré le tardif Intermezzo op. 118 n°2 dont Fiona Mato, d’un jeu remarquablement timbré, offre interprétation prégnante, sous-tendue par intelligente progression dramatique.

 

 

Séphora Pondi © Festival d’Auvers-sur-Oise

 

Frémissante sensibilité

 

La poésie, l’intimisme guident d’abord et avant tout un programme au cours duquel sera ensuite évoquée la lutte de Robert pour obtenir la main de Clara et les obstacles auxquels il se heurta. Des lettres à ce propos accompagnent les quatre volets du Trio n° 2 op. 80, intensément vécu (magnifique Mit Innigem Ausdruck, avec la fin d’une lettre empiétant – effet très réussi – sur les premières mesures du mouvement), dans une belle entente avec la récitante. La personnalité de Clara, femme et pianiste (des remarques très dôles sur des aspects financiers du métier !), se dessine aussi et offre à Fiona Mato sa seconde apparition en solo : le n° 2 des Soirées musicales op. 6 de Clara. Même tact expressif, même sensibilité frémissante dans ce Notturno marqué par l’influence de Chopin que dans le Brahms qui a précédé : la pianiste grecque est certes une admirable chambriste, mais on brûle d’impatience de l’entendre dans un récital complet. En attendant, on savoure la complicité qu’elle offre au chant d’Hanna Salzenstein dans la 2e des Pièces dans le style populaire op. 102, pareille à trop coup moment de bonheur avant la plongée dans l’abîme de la folie.

 

 

© Festival d’Auvers-sur-Oise

 

Le cristal du chagrin

 

On revient à Marie Schumann se souvenant du fiacre qui emporte son père à l’asile. Idée formidable que le choix Scherzo du Trio n° 2 de Mendelssohn qui, déplacé dans ce contexte et interprété d’aussi noire façon, paraît aimanté vers une issue fatale ... La Romance op. 22 n°1, sous l’archet poète de Théotime Langlois de Swarte, résonne tel un refuge dans des souvenirs heureux. Mais l’heure de la dernière étreinte de Clara, des obsèques en présence des amis les plus proches vient, que Séphora Pondi sait évoquer sobrement. Aucune emphase, seulement ce que Char nomme le cristal du chagrin ... En écho à la première pièce du programme, le dernier épisode des Scènes d’enfants, Le Poète parle, arrangé pour trio, conclut. Spectral et saisissant.

Le Trio Dichter et Séphora Pondi étrennaient leur programme au Festival d’Auvers-sur-Oise. Il est à espèrer que cette très réussie « Soirée chez les Schumann » sera reprise sur d’autres scènes.

 

Alain Cochard

 

Festival d’Auvers sur Oise, église Notre-Dame, 12 juin 2026 // 45e Festival d'Auvers-sur-Oise, jusqu'au 3 juillet 2026 : festival-auvers.com/programmation-reservation/

 

Photo © Festival d'Auvers-sur-Oise

 
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