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Une interview de l’Ensemble Saxback [Sortie CD et tournée d'été] – Le grand répertoire réinventé

Sextuor réunissant trois saxophones (Paul Lamarque, Antonin Pommel, Mathilde Salvi), un saxhorn (Tom Caudelle) et deux clarinettes (Cécilia Lemaitre Sgard, Louise Marcillat), l’ensemble Saxback explore le grand répertoire et le réinvente par l’association atypique des timbres cuivrés et boisés. Créé en 2016, le sextuor remporte deux ans plus tard le deuxième prix au Concours international de musique de chambre « M-Prize » aux États-Unis, et s’illustre depuis en France et à l’étranger, de l’Europe à l’Asie. Premier disque de l’ensemble, « Lumière-noire » (Kiwi Production) propose une expérience de contrastes où une sonorité nouvelle se réapproprie l’héritage classique. Des pages signées Bach, Scarlatti, Beethoven, Berlioz, Debussy forment un programme où l’on trouve aussi Bryce Dessner et Eric Goubert : de quoi plonger dans un clair-obscur chaleureux et ouvrir une fenêtre sur l’idéal d’Adolphe Sax (1814-1894). Après s’être produits à la salle Cortot, le 18 juin, pour la soirée de lancement du disque, les musiciens de Saxback ont programmé plusieurs rendez-vous tout au long de l’été dans divers festivals : Concerts de Poche (27 juin), Festival Off Avignon (16 juillet), Eurocuivres - Montbéliard (20 juillet), Musique en Chemin - La Romieu (25 juillet), Festival Castel Artès - Mirepoix (28 juillet), Le Monastier (5 août), Bach en Combrailles (7 août), Grandes Heures de Cluny (10 août) et Les Inouïes - Arras (5 septembre).
Chez Saxback, on retrouve l’idée de mélange des timbres développée par Adolphe Sax et centrée sur le saxophone. Mais également une volonté d’exploration et d’appropriation du grand répertoire ...
La volonté première de l’ensemble était de rendre hommage à l'inventeur Adolphe Sax, qui a créé toute la famille des saxophones et participé à l’amélioration de la clarinette et à l'invention de la clarinette basse. On s'est rendu compte que le mariage des timbres des trois instruments fonctionnait très bien. Pour nous, qui ne sommes pas des musiciens de jazz, il est évident que le saxophone a sa place dans la musique classique. Adolphe Sax avait, a priori, le rêve de fabriquer un instrument qui pouvait combiner la finesse des bois, l'expression des cordes et la puissance des cuivres. Et ça, c’est tout à fait dans la tradition « savante » et l’esprit post-romantique. À notre tour, nous avons fondé un ensemble à vent original pour défendre le grand répertoire sous un angle nouveau, en mélangeant perpétuation et création. Il nous paraît essentiel d’évoluer sur ces deux tableaux et de créer un répertoire propre à l’ensemble. On est assez convaincus de la pertinence du concept Saxback ; on aimerait que des minis Saxback naissent par-ci par-là. Nous travaillons aussi sur des projets pédagogiques, une dizaine par exemple pour la saison qui s’achève.

« L’enjeu, c’était aussi de montrer le « son Saxback », tout à fait atypique. »
« Lumière noire » est votre premier disque. Par son titre et les morceaux choisis puis arrangés, il joue avec le concept de clair-obscur et impose une atmosphère tout à fait particulière. Comment en caractériseriez vous l'esprit ?
C'est un disque en dualité, en contraste, en opposition et à la fois en chemin, en voyage ; nous l'avons envisagé d'une seule traite, comme si l'enchaînement des différentes pages créait une grande œuvre. Contrairement à une liste de pièces qui pourraient rentrer dans le thème, on l’a voulu comme un ensemble qui fait corps et propose une expérience globale. Notre point de départ, c’est la Fantaisie et fugue BWV 542 de Bach, dans laquelle on sent un jeu espoir contre désespoir. À partir de ça, nous avons imaginé un parcours où le fond prime sur la forme. C'est un disque qui nécessite un important travail des textures de l’ensemble, avec des couleurs qui s’enchaînent et des énergies différentes. L’enjeu, c’était aussi de montrer le « son Saxback », tout à fait atypique.

« Nous nous sommes demandé en quoi le timbre particulier de Saxback pouvait réinventer ce qu’on était habitué à entendre. »
Comment avez-vous préparé cette première gravure ? Cela a sûrement été un challenge, notamment en ce qui concerne le programme qui associe Bach à Debussy, Scarlatti à Beethoven jusqu’au contemporain Brice Dessner.
Saxback existe depuis une dizaine d'années, on attendait depuis longtemps de pouvoir graver ce son si particulier. Une grande partie de nos concerts depuis l'été dernier ont été occupés à essayer et à travailler les pièces dans l'optique de l'enregistrement. Nous voulions faire des allers-retours entre musique baroque, musique contemporaine, arrangements de pièces de diverses formes et formations. Pour les saxophonistes de l’ensemble, c'était un challenge de se confronter à un répertoire qu’ils n’ont pas forcément abordé durant leurs études. Mais ça nous a permis à tous de travailler, et surtout avec des spécialistes comme Loïc Rio, du Quatuor Modigliani, ou Atsushi Sakai, violoncelliste, gambiste et chef d'orchestre. Nous avons également pu réfléchir à la manière dont on voulait défendre la musique que l’on était en train de faire avec Saxback. Les arrangements ont été beaucoup retravaillés afin de montrer à chaque fois une vision différente de l'original. Nous nous sommes demandé en quoi le timbre particulier de Saxback pouvait réinventer ce qu’on était habitué à entendre. Et je crois qu’on a trouvé : il ne reste plus à chacun que de se faire sa propre idée !
Propos recueillis par Antoine Sibelle le 16 juin 2026

Photos © Maï Toyama
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