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Une interview d’Anthea Pichanik, contralto [concerts à Paris, 2 oct ; Genas, 5 octobre] – Célébrer Britten autrement

Dara : c’est en référence à la culture celtique et à un nœud, inspiré du système racinaire du chêne, symbole de force intérieure, de sagesse et d’endurance, que la soprano Heather Newhouse, la contralto Anthea Pichanik et la pianiste Justine Eckhaut ont décidé de baptiser leur trio. Né il y a quatre ans, l’ensemble livre son premier disque en cette fin 2026, année du cinquantenaire de la mort de Benjamin Britten. Hommage original à ce dernier que celui de Dara puisque le trio a rassemblé des airs de Purcell mais aussi des pages anonymes (The Last Rose of Summer, Greensleeves ...) pour lesquels le compositeur réalisa un accompagnement de piano en 1945 à l’occasion du 250e anniversaire de la disparition de l’auteur de Didon et Enée.
Difficile de ne pas tomber sous le charme de cet intimiste « London Fog » sorti il y a peu chez Aparté (1) ... Anthea Pichanik nous en dit plus sur un enregistrement, qui fera l’objet d’une soirée de sortie de CD le 2 novembre à Paris, suivie de deux concerts, au Konzerthaus de Berlin, le 4 novembre, et le 5 au théâtre Neutrino de Genas, tout près de Lyon.
Avant d’aborder le programme « London Fog » et puisqu’il s’agit du tout premier enregistrement de Dara, rappelez-nous comment votre trio s’est formé ?
Toutes trois passées par le CNSMD de Lyon à des moments différents, nous nous sommes par la suite retrouvées et avons eu envie de faire de la musique ensemble. Heather et moi venons plutôt du monde baroque, tandis que Justine est spécialiste du lied. Il nous a paru intéressant de mêler nos univers, nos trois backgrounds et de créer des programmes qui peuvent être déclinés sous plusieurs formes afin de toucher des publics différents.

De g. à dr. : Heather Newhouse, Anthea Pichanik & Justine Eckhaut © Marine Pierrot-Detry
Vous venez du baroque, comme Heather Newhouse, comme elle vous avez fréquenté Purcell en version « originale » avant d’aborder ces arrangements de Britten, comment avez vous vécu cette expérience ?
C’était un vrai challenge pour moi et Heather, qui avons les codes du baroque. Justine, avec son bagage de spécialiste du lied et de la musique du XXe siècle, a vraiment su nous guider. Là où nous avions la tentation de dire « nous avons maintes fois chanté la pièce, nous la connaissons par cœur », Justine nous a vraiment poussées à nous plonger dans les réalisations de Britten, à lire la partition comme si nous ne connaissions pas la musique. Et nous avons découvert une écriture très riche, avec une touche extrêmement personnelle, qui nous a amenées à appréhender des pièces connues sous un angle nouveau. Il a fallu un travail de plusieurs mois pour se détacher des codes et des réflexes du baroque et nous approprier ces partitions : un travail passionnant !

Comment avez-vous conçu le programme d’un disque où il questions d’histoires de femmes ?
L’idée est venue assez simplement. J’étais un jour dans un café avec Heather. Nous avions déjà envie d’enregistrer ces Purcell/Britten puisque, l’une comme l’autre, nous avons par nos origines une sensibilité envers la langue anglaise. Le fait d’entendre tout autour de nous des bribes de conversations nous a confortées dans l’idée de construire une narration à partir d’histoires de femmes exaltées, en rupture, joyeuses aussi !
Après les concerts qui, début novembre, accompagnent la sortie de « London Fog », votre actualité se révèle très riche dans les semaines et les mois qui viennent, en particulier dans le domaine baroque ...
En effet, après un concert avec Dario Tamayo et son Íliber Ensemble au Festival MUSAG de Grenade en octobre, novembre va m’offrir le bonheur de retrouver l’ensemble Les Argonautes de Jonas Descotte.(1) J’ai déjà eu l’occasion de travailler avec eux pour un disque Haendel-Lotti et pour le Didon et Enée de Purcell (tous deux chez Alpha Classics ndlr). Nous avons une très belle collaboration, c’est une jeune formation vraiment formidable de A à Z, sous tous les aspects du métier. Sur le propre label de l’ensemble, nous allons enregistrer un programme autour du Requiem de Jean Gilles, où figurera un Miserere de Lalouette dont la dernière exécution remonte à ... 1726 !
Côté enregistrement toujours, fin novembre, je retrouve Martin Wåhlberg et son Orkester Nord. J’ai déjà eu l’occasion de travailler avec eux à deux reprises en Norvège. Cette fois nous serons à Vienne pour l’enregistrement du Spartaco de Giuseppe Porsile (1680-1750), ouvrage que nous donnerons le 28 mai à la Chapelle Royale de Versailles, avant de passer à la Juditha Triumphans de Vivaldi en ce même lieu le lendemain.
Après avoir été la Messagère dans l’Orfeo de Monteverdi à l’Opéra de Montpellier (22-25 mai), moment important car je vis à Montpellier, L’Uomo femina de Galuppi m’attend à l’Auditorium du Louvre début juin. J’y marcherai dans les pas de ma grande collègue Lucile Richardot, que j’aime énormément, et ce sera une grande joie d’être aux côtés du Poème Harmonique, qui m’est fidèle depuis quelques années, et de Vincent Dumestre, chef que je respecte énormément, tant pour sa façon de travailler que pour la fidélité qu’il manifeste envers le artistes. C’est une chose précieuse.
Propos recueillis par Alain Cochard, le 16 octobre 2026

(1) 1 CD Aparté AP 435 (sortie le 2/10/2026)
(2) www.ensemblelesargonautes.com/
Concert de sortie de « London Fog »
2 novembre 2026 – 20h
Paris – Salon privé (5 rue Cassini – 75014 Paris)
Concert sur réservation uniquement à : dara.infos@gmail.com
5 novembre 2026 – 20h30
Théâtre Neutrino – Genas
ville-genas.mapado.com/en/event/691046-london-fog
Calendrier des concerts d’Anthea Pichanik : www.antheapichanick.com/calendrier-dates-concert/
Photo © Missbuffet
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