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Le Quintette Diablo au festival « Musique Sacrée Perpignan » 2024 – Le souffle du talent – Compte-rendu

 

 
Bâti en lien avec de nombreux acteurs de la vie culturelle perpignanaise, le festival « Musique Sacrée Perpignan » sait aussi jouer la carte régionale et n’oublie pas qu’il est voisin de Prades. Dès l’arrivée de Pierre Bleuse à la direction artistique du Festival Pablo Casals, un partenariat s’est noué entre ce dernier et « Musique Sacrée ». Désormais, tous les ans, de jeunes musiciens repérés et soutenus par le Festival de Prades – dont la série « Jeunes Talents & Friends » remporte on le sait un considérable succès – ont l’occasion de se produire à Perpignan, « Musique Sacrée » constituant une étape d’une tournée dans les Pyrénées-Orientales.
 
Place était faite cette fois aux vents avec le Quintette Diablo – rien de maléfique, juste une référence à un vent chaud du nord soufflant en Californie, dans la région de la baie de San Francisco. Présente sur les scènes depuis l’an passé, la formation comprend des instrumentistes issus du CNSMD de Paris, où ils se sont réunis dès le début de leur études et ont travaillé la musique de chambre avec des professeurs tels que le corniste Jens McManama et le flûtiste Michel Moragues : Gladys Avignon (flûte), Victor Guémy (clarinette) Pierre-Antoine Lalande (cor), Seongyoung Yun (hautbois) et Valentin Neumann (basson) – ces deux derniers étant exceptionnellement remplacés à Perpignan par Tatsiana Revina et Antoine Aboyans-Billiet.
 

© Michel Aguilar – Musique Sacrée Perpignan
 
Placé en amont de la soirée Scarlatti du Caravansérail (1), le concert du Quintette Diablo prouve que le festival sait aussi s’ouvrir à des répertoire plus profanes. A l’instar de Bertrand Cuiller et de ses troupes ensuite, les jeunes souffleurs bénéficient de l’acoustique large mais stable de l’église des Dominicains, où ils déploient leur art avec un bonheur visible.
 
Détail charmant et inattendu, une pie s’est invitée dans le lieu et s’autorise, silencieuse et comme interloquée par l'assistance nombreuse, une petite station au-dessus la scène quelques instants avant le début d’un programme qui s’ouvre par du Rossini. Point d’ouverture de la Gazza ladra toutefois ; c’est un arrangement de celle du Barbiere di Siviglia que les jeunes instrumentistes ont élu. D’emblée, une cohésion parfaite et un plaisir gourmand se manifestent dans une exécution pleine de rebond et de couleurs.
 

Gladys Avignon © Michel Aguilar – Musique Sacrée Perpignan

Cette qualité du timbre, remarquable à chaque pupitre et mêmement lorsqu’il s’agit de fusionner, s’illustre à nouveau dans les Six Bagatelles de Ligeti, un ouvrage de 1953, désormais inscrit parmi les grands classiques de la littérature pour vents du XXe siècle, dont nos souffleurs ne font qu’une bouchée. Ils montrent une belle familiarité avec une partition dont ils saisissent les caractères de façon aussi immédiate que juste. Pleine d’esprit, de légèreté et d’ironie (le n° 1, où Glady Avignon jongle avec totale aisance entre traversière et piccolo) dans les pages les plus enlevées, ce toujours avec une confondante maîtrise rythmique et un sens parfait de la ponctuation (et du point final !), mystérieuse et prenante dans les nos 2 et 5, tout aussi réussis.
 

Pierre-Antoine Lalande © Michel Aguilar – Musique Sacrée Perpignan

L’Opus 103 de Beethoven pour quintette à vent ? Grâce à David Walter, un arrangement de l’Octuor en mi bémol majeur est disponible. Et fonctionne parfaitement quand des souffleurs du niveau des Diablo s’en emparent ! Impossible de résister à une approche aussi directe, vivante et stylée, à cet art de la nuance (l’Andante), à la luminosité et l’esprit que les interprètes apportent au jeune Beethoven (la pièce est de 1792). Au sommet cette interprétation, le Menuetto, délivré avec un étonnement dans l’attaque, une impatience rythmique (nous sommes quelques mois avant le début de la conquête de Vienne !) et un mobilité d’humeur qui signalent des musiciens de premier ordre.
 
Nul doute que vous entendrez très vite reparler du Quintette Diablo. La tournée du Festival de Prades n’est d’ailleurs pas encore achevée et vous pourrez le retrouver au Monastère Saint Pierre de Rodes (6 avril) et à la Cathédrale d’Elne (7 avril). Le 21 avril, la formation se produira aux Musicales du Bocage (Vire), le 2 juin au Festival de Sully, le 9 juillet au Festival Européen Jeunes Talents et, du 10 au 13 juillet, en tournée en région Occitanie, dans le cadre du Festival de Radio France. Si une occasion se présente à vous, ne la manquez surtout pas !
 
Alain Cochard
 

(1) Lire le CR : www.concertclassic.com/article/le-caravanserail-interprete-domenico-scarlatti-au-festival-musique-sacree-perpignan-2024

 
Perpignan, église des Dominicains, 22 mars 2024 // Agenda du Quintette Diablo : www.quintette-diablo.com/
 
Photo © Michel Aguilar – Musique Sacrée Perpignan

> Voir les prochains concerts de quintette en France
 

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