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​ La Tempête de Frank Martin au Grand Théâtre de Genève [BFM, jusqu’au 26 sept.] – La fée électricité – Compte-rendu

Est-ce l’architecture industrielle du Bâtiment des Forces Motrices, à cheval sur le Rhône, qui a inspiré Netia Jones pour sa mise en scène ? Ce sont en effet les entrailles d’une salle des machines que l’on entrevoit durant le long prélude aux teintes debussystes de La Tempête de Frank Martin (1890-1974). Le rare semi-opéra du compositeur genevois a été choisi par Alain Perroux, nouveau directeur du Grand Théâtre, pour ouvrir sa première saison. Commencée en 1952 et achevée en 1955, l’œuvre avait été créée le 17 juin 1956 à l’Opéra de Vienne, sous la direction d’Ernest Ansermet. Un opus ambitieux dont l’équivalent est son fantastique oratorio, Golgotha.

 

© Carole Parodi

 
Un espace de rêve et d’inquiétude

La vidéo, omniprésente, aquatique, donne à voir des naufragés plongés dans l’océan. Un espace de rêve et d’inquiétude, d’où ils émergeront, saufs mais pas mentalement sains, sur l’île de Prospero. Dans cette adaptation de la pièce de Shakespeare, ce philosophe tourmenté est un savant un peu électricien, un peu météorologiste, habitant un univers de lignes à haute tension, de générateurs et de radars dressés sur une tournette de théâtre. Un décor unique que des éclairages nuageux et marins rendent joliment évolutif.
Ariel (rôle parlé) y apparaît et disparaît, annoncé par un arpège de clavecin. Il est incarné par le svelte et bien-disant Joseph Chosson. Surgissant des entrailles de la scène, voici son opposé : Caliban, velu, demi-nu et tatoué. Un rôle où s’impose Alex Rosen, inquiétant et grotesque, seule créature sauvage parmi les machines de Prospero.

 

© Carole Parodi

Pluralité de langages

La partition, à la fois Milhaud et Debussy, légèrement atonale dans sa diction lyrique, offre un charme rêveur où flottent fantômes de jazz et de Bach, chœurs éthérés et clins d’œil à Rameau ou Haydn, dans le ballet des Elfes. Une pluralité de langages caractéristique de Frank Martin, qui ne s’est jamais enfermé dans une école.
L’opéra, mi-parlé, mi-chanté, tend quelques pièges aux chanteurs, notamment la tessiture très tendue de Ferdinand, qui éprouve le ténor Julien Dran, amoureux éperdu de l’impeccable Catherine Trottmann (Miranda). Il y a là des moments superbes, tels les monologues de Prospero où le granitique Stéphane Degout impose son métier, mais aussi de longs tunnels où le fouillis du livret nous perd, à l’image du labyrinthe mental où errent les naufragés, chacun impeccablement caractérisé. Autoritaire, Nicolas Cavallier en Alonso ; Edwin Crossley-Mercer, dandy de haute race en Sébastien ; Christian Immler, baryton impérieux en Gonzalo. À ce plateau cinq étoiles — bien que très masculin —, rajoutons Léo Vermot-Desroches (Antonio) et Glen Cunningham (Adrien). Sans oublier l’humour, si shakespearien, qu’impose le duo des buveurs invétérés, les hilarants François Rougier (Trinculo) et Christophe Gay (Stephano).

 

Thierry Fischer © thierryfischer.com

La baguette idoine

Thierry Fischer défend finement la partition. Sa familiarité avec l’œuvre n’est pas de circonstance : il avait déjà dirigé La Tempête en concert à Amsterdam en 2008 avant d’en réaliser le premier enregistrement intégral, paru chez Hyperion (2011). Cette connaissance approfondie permet à l’Orchestre de la Suisse Romande de faire entendre la construction extrêmement précise de l’œuvre, ses illuminations chorales et son singulier mélange de modernité et de mémoire.

Vincent Borel
 

Frank Martin : La Tempête – Genève, BFM, 16 septembre ; prochaines représentations les 18, 20, 22, 24 & 26 septembre 2026 // www.gtg.ch/en/2026-2027-season/the-tempest/
 
Photo © Carole Parodi

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