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Hélène Schmitt : un violon voyageur



A Saintes d’abord, puis au Festival Musique et Nature, on retrouve la violoniste Hélène Schmitt. Enthousiasme et curiosité sont le propre d’une artiste vraie et discrète, à son aise dans les sommets du répertoire aussi bien que dans des raretés qu’elle choisit avec discernement et défend avec ferveur.

Un coup de tête ? Sûrement pas ! Hélène Schmitt avoue « avoir réfléchi longtemps avant de savoir si elle se sentait prête » à se lancer dans l’enregistrement intégral des Sonates et Partitas de Bach. Elle a finalement « tenté l’aventure comme on tente une odyssée, un long voyage. Voyage dont on sort transformé, comme musicien et comme personne. Sans exagérer, pareille entreprise s’apparente à un parcours initiatique où l’on se mesure à une grande œuvre ou plutôt, corrige-t-elle immédiatement avec modestie, où l’on vit dans l’ombre d’une grande œuvre. Cela blasonne le cœur et l’esprit et donne le goût définitif du voyage. »
La parution des Sonates et Partitas sous son archet (2 CD Alpha) a en tout cas été une très belle surprise pour le discophile et n’a pu que lui donner envie, s’il ne les connaissait pas encore, de se plonger dans de très beaux enregistrements Albertini et Carbonelli. Car les goûts de la violoniste (lauréate des Concours de Bruges et de Melk) sont d’un grand éclectisme, comme en témoignent les programmes des concerts qu’elle donne au cours de ce mois de juillet.

A Saintes (les 20 et 22 juillet, 12h 30 - Abbaye aux Dames) ses deux récitals de violon solo présentent la particularité de préluder à deux concerts Bach du Collegium Vocale Gent, respectivement dirigés par Daniel Reuss et Philippe Herreweghe.
« Il s’agit de deux récitals relativement brefs (45 minutes env.), précise l’artiste, où j’ai souhaité associer Bach à d’autres auteurs. Ainsi dans le premier concert je commence par la Passacaille « L’Ange gardien » de Biber : une pièce magique ; une invitation à un voyage intérieur. Puis je joue la 1ère Fantaisie de Telemann, qu’il me semble intéressant de coupler avec Bach car les deux auteurs sont exactement contemporains. La musique de Telemann n’est évidemment pas trempée du même génie que celle de Bach, mais elle est de facture excellente et l’on y voit la très haute tenue et l’exigence technique qui caractérisaient le violon à cette époque en Allemagne. Telemann se montre attrayant, charmant, conforme aux modes de l’époque tandis que Bach… reste dans sa Voie lactée… » (La 1ère Sonate BWV 1001 conclut le récital).

Telemann (5ème Fantaisie) et Bach (2ème Sonate BWV 1003) sont également au programme du second récital d’Hélène Schmitt. Le Passagio rotto e fantasia a violono senza basso de Nicola Matteis y figure par ailleurs. Matteis ? « J’affectionne beaucoup ce compositeur napolitain qui a quitté sa ville natale, traversé à pied toute la péninsule et s’est ensuite embarqué pour Londres où il a fait une carrière extraordinaire en révélant à l’Angleterre le violon, la virtuosité, le goût italien. Matteis a déverrouillé le cœur des grands aristocrates anglais et amené la musique italienne dans leurs salons ! La pièce que j’interprète à Saintes fait entendre un discours particulier qui tient à l’absence de la basse continue. C’est une sorte de rhapsodie, un véritable arc-en-ciel ! ». Excellente nouvelle, Matteis fait partie des projets d’enregistrement d’Hélène Schmitt pour 2007 !

Après Saintes, et un passage par Bruges, la violoniste est l’invitée du 8ème Festival Musique et Nature dans le magnifique Pays des Bauges, près d’Annecy. Une manifestation qui lui est chère, où elle retrouve (le 30 juillet à 21h, à l’église de Lescheraines) l’un des ses partenaires réguliers : le claveciniste Bertrand Cuiller. Encore une fois le célèbre et le rare se côtoient dans un passionnant programme autour de Bach et de ses prédécesseurs : Muffat, Biber et Schmelzer (dont un enregistrement d’Hélène Schmitt sortira chez Alpha fin 2006-début 2007). « Schmelzer a été le premier compositeur germanique à écrire un cycle de sonates pour violon seul, précise la violoniste. C’était un musicien très influent, proche de l’Empereur Leopold II.» Que ce soit dans l’Histoire ou l’imaginaire, la musique est décidément un voyage pour Hélène Schmitt – tout comme pour ses auditeurs !

Alain Cochard

VIDEO d'Hélène Schmitt en répétition

Festival de Saintes
Les 20 et 22 juillet à 12h 30, Abbaye aux Dames.

8ème Festival Musique et Nature (jusqu’au 20 août)
Hélène Schmitt et Bertrand Cuiller
Dimanche 30 juillet, 21 h
Eglise de Lescheraines (73).


Photo : DR

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