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Festival de Pâques d’Aix-en-Provence 2026 – Une reine et deux rois – Compte rendu

La 13ème édition du Festival printanier aixois s’est achevée avec la première résidence de l’Orchestre Philharmonique de Munich et trois rendez-vous exceptionnels. L’occasion de vivre, entre autres, un nouveau moment hors du temps avec la reine Martha Argerich entourée de deux rois : Renaud Capuçon et Lahav Shani et les musiciens du Münchner Philhamoniker, visiblement heureux d’avoir signé un bail de trois ans avec Aix-en-Provence et son Festival de Pâques !

 

Martha Argerich & Lahav Shani © Caroline Doutre

 

Une belle histoire qui dure

Les histoires d’amour ne finissent pas toujours mal… Celle qui unit Martha Argerich et le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence se poursuit avec bonheur. Et pour tirer le rideau de la 13ème édition, Renaud Capuçon a convié la pianiste, entrée de son vivant dans la légende et dans l’histoire de la musique, a retrouver pour deux soirées un public vibrant.
Et comme le directeur artistique-violoniste star ne fait pas les choses à moitié, il a demandé à Lahav Shani et aux instrumentistes munichois d’accompagner la pianiste dans le Concerto pour piano et orchestre n°2 de Beethoven. Le moment magique pouvait débuter. Vêtue de sa traditionnelle robe noire, Argerich est entrée à petits pas, sourire aux lèvres. Son âge, il est connu. Mais on ne dit pas l’âge des dames ! On peut toutefois s’émerveiller, tant l’interprétation offerte fut vive, virtuose, empreinte de sens et de profondeur, d’une richesse et d’une plénitude jamais démenties, et d’une élégance rare. Un moment inoubliable, un sommet d’interprétation, un énième triomphe debout pour une soliste qui a bénéficié de l’accompagnement idéal des musiciens allemands et de leur directeur musical attentif à la moindre sollicitation de la soliste, comme un enfant apprenant encore et toujours d’une aïeule vénérée.
Mais Lahav Shani est déjà bien grand et son interprétation de la Symphonie n°1 « Titan » de Mahler qui suivait s’est révélée en tous points remarquable. Un monument d’émotion construit sur des bases à la puissance maîtrisée, aux nuances acides, à la marche funèbre intense, à l’ironie en permanence sous-jacente. Une conception d’une précision tranchante, dirigée par cœur par le jeune directeur musical qui, en ce vendredi soir, avait déjà conquis le public.

 

Renaud Capuçon, Alexander Möck, Martha Argerich, Jano Lisboa & Floris Mijnders © Caroline Doutre

Martha Argerich règne sur Schumann
 

Le lendemain, Shani revêtait son costume de pianiste pour donner la Sonate pour piano et violon n°18 de Mozart avec Renaud Capuçon, qui retrouvait ensuite Martha Argerich pour Debussy et sa Sonate pour violon et piano. Une composition tardive, complexe, empreinte de douleur et presque tragique. Découverte, ensuite, avec l’Andante et variations op. 46 pour deux pianos, deux violoncelles et cor de Schumann, Shani retrouvant Argerich, les violoncellistes Floris Mijnders et Marcel Johannes Kits ainsi que le corniste Matias Pineira, tous trois issus du Münchner Philharmoniker.

Mais le point d’orgue de ce concert du samedi fut sans conteste le Quintette pour piano de Schumann avec Martha Argerich en maîtresse absolue d’une interprétation sensible et lumineuse, tragique et profonde. Du grand art en compagnie de Renaud Capuçon, du violoniste Alexander Möck, de l’altiste Jano Lisboa et du violoncelliste Floris Mijnders.

 

Renand Capuçon & Lahav Shani © Caroline Doutre

 

Un Chostakovitch immense

Dimanche en fin d’après-midi, le rideau tombait sur la 13ème édition du Festival avec un ultime rendez-vous doublement exceptionnel. La première partie du concert permettait de vivre un nouveau moment musical hors du temps mettant en pleine lumière toutes les facettes du talent de Renaud Capuçon. Au programme le Concerto pour violon n°1 de Chostakovitch dont on connaît l’intensité sombre, la puissance émotionnelle, l’humour acerbe. Des atmosphères mises en relief par un instrumentiste au meilleur de son art, totalement habité par la partition, qui a atteint un sommet d’interprétation. Frisson garanti avec, notamment, une Passacaille d’exception.

 

Brahms et puis ... champagne !

Une performance à laquelle il convient d’associer pleinement Lahav Shani et son orchestre, totalement en osmose avec le ton, l’esprit, la profondeur de l’interprétation du soliste. Et comme en seconde partie le Münchner Philharmoniker et son chef offraient la Symphonie n°4 de Brahms, remarquable de classe, de sensiblité, de générosité des timbres, en sortant de la grande salle aixoise pour aller déguster une flûte de champagne offerte au public par le Festival, on était en droit de se dire que ce que nous venions de vivre avait un petit côté irréel. Mais quel bonheur !

Michel Egéa
 

 

Aix en Provence, Grand Théâtre de Provence, 10, 11 & 12 avril 2026

© Caroline Doutre

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