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Calder Piece de Earle Brown à la Fondation Louis Vuitton – Unique et toujours différente – Compte rendu

Les années 1960 ont marqué le début d’une période faste pour l’autonomisation de la percussion et la multiplication de compositions à elle destinées. Un mouvement qui conduit évidemment à évoquer les Percussions de Strasbourg, fondées en 1962 par Jean Batigne, à l’origine d’une foultitude de partitions. Reste qu’à côté des “Percus”, il convient de ne pas oublier le Quatuor de Percussion de Paris, initié par Diego Masson (avec à ses côtés Sylvio Gualda, Jean-Pierre Drouet et un certain … Jean-Claude Casadesus) et actif du début des années 60 au milieu de la décennie suivante – Masson et Casadesus se tournant à partir de ce moment vers la direction. Deux partitions marquantes demeurent associées au QPP, Third Construction de John Cage (1975) et Calder Piece, œuvre d’un autre musicien étatsunien, Earle Brown (1926-2002) qui, répondant à une commande du QPP, élabora sa pièce entre 1963 et 1966.

© 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris © Fondation Louis Vuitton / Jules Hidrot
Autour du Chef d’orchestre
Proche d’Alexander Calder et très influencé par son esthétique, Browne a conçu sa partition autour d’un mobile du sculpteur, Le chef d’orchestre, placé au centre d’un espace autour duquel se tiennent quatre percussionnistes se partageant une impressionnante variété d’instruments. La particularité de Calder Piece tient à ce qu’elle offre des plages de liberté aux exécutants, amenés à abandonner le texte pour aller improviser sur le mobile qui leur tend les bras. Un Chef d’orchestre indissociable donc d’une partition que Browne décrit comme « un hommage profondément ressenti à Sandy Calder, être unique entre tous, ainsi qu’à sa vie et son œuvre. »

© 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris © Fondation Louis Vuitton / Jules Hidrot
Douze fois la même ; douze fois différente
Unique comme chaque exécution d’une pièce dont la création eu lieu le 27 février 1967 au théâtre de l’Atelier. On sait gré à la Fondation Louis Vuitton d’avoir pris l’initiative de la remonter à la faveur de l’exposition Calder présentée jusqu’au 16 août prochain. Un retour à la vie qui s’est effectué les 20 et 21 juin, six fois par jour (11h, 12h, 14h, 15h, 16h et 17h) dans un auditorium de plain pied, débarrassé de ses gradins, ce qui permettait de disposer l’auditoire en cercle autour des percussionnistes et de leur imposant instrumentarium. Retour à la vie dans des conditions idéales puisque les exécutants n’étaient autres qu’Adélaïde Ferrière, récemment couronnée par les Victoires de la Musique et membre du Trio Xenakis, Vanessa Porter, membre des Percussions de Strasbourg depuis 2021, Emmanuel Jacquet et Rodolphe Théry, les deux autres membres du Trio Xenakis.

© 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris © Fondation Louis Vuitton / Jules Hidrot
Aérienne fluidité
Belle expérience que l’expérimentation sur le vif (on a choisi le 12h du 21 juin) d’une composition d’une durée d’environ 25 minutes, plus bruissante que « percussive » au sens le plus immédiatement associé à ce mot. « Je pensais que vous alliez frapper beaucoup plus fort – avec des marteaux », dit d’ailleurs Calder après la création de sa pièce. Il est vrai que, prolongeant la musique écrite avant de la retrouver, les improvisations sont naturellement conduites à s’inscrire dans une atmosphère générale très poétique, comme en apesanteur – 100% Calder pourrait-on dire – où l’on caresse plus qu’on ne frappe. Les quatre percussionnistes parviennent à la restituer avec une aérienne fluidité. Pleine réussite que le retour de cette pièce majeure du répertoire de percussion.
Un magnifique point d’orgue
La saison musicale de la Fondation Louis Vuitton touche à sa fin, mais réserve encore quelques belles surprises. Après la venue du Robert Glasper Trio pour la 6e édition des Piano Jazz Sessions, les 26 et 27 juin, un magnifique point d’orgue s’annonce, en forme d’hommage à l’architecte Frank Gehry disparu en fin d’année dernière. Il réunira le Philharmonia de Londres, Esa-Pekka Salonen, Thomas Adès, Yuja Wang et Daniel Lozakovich (7 juillet), dans des pages de Adès, Grieg et Sibelius, puis, pour une soirée toute beethovénienne, l’Orchestre Simon Bolivar conduit par Gustavo Dudamel, avec Alexander Kantorow au piano (9 juillet). Excusez du peu.
Alain Cochard

Paris, Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, 21 juin 2026 (12h) // www.fondationlouisvuitton.fr/fr/programme?categorie=musique
© 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris © Fondation Louis Vuitton / Jules Hidrot
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