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Antoine Préat en récital à la Salle Cortot – Du style et du caractère – Compte-rendu

Après un premier enregistrement du musique française (Fauré, Rameau, Debussy, Beffa & Ravel), franchement réussi, sorti l’an passé chez Naïve, Antoine Préat fait à nouveau l’actualité chez ce même éditeur avec un album mêlant – sous le titre « Fortune’s fool » – Haydn (Sonates en mi mineur Hob XVI. 34 & en si mineur Hob XVI. 32) et Prokofiev (Sarcasmes op. 17, 10 Pièces de Roméo et Juliette op. 75). Une association originale pour un résultat musical particulièrement convaincant, qui s’est vérifié à l’occasion d’un récital inscrit dans la découvreuse Saison « Opus Cortot » d’Hugo Panonacle et dans le calendrier chargé du pianiste franco-belge qui, s’il comporte peu de dates françaises, le montre très actif en Grande Bretagne, mais aussi en Espagne, Belgique, Suisse et Pays-Bas (premier récital au Concertgebouw le 26 mai prochain !)

Tout l’esprit de Haydn
C’est la toute première fois que nous entendions Antoine Préat en public : simplicité et profonde musicalité distinguent cet artiste né en 1997. Placée en ouverture de programme, la Sonate en mi mineur Hob XVI. 34 frappe par sa vivacité et son humanité. Tout le contraire de ces Haydn pète-sec et d’une joyeuseté feinte qu'on nous sert parfois. Jubilation d’ordre spirituel d’abord : l’interprète parvient à traduire, avec spontanéité, la liberté créatrice de l’infatigable expérimentateur que fut le maître d’Esterháza.
Fort de sa connaissance et de sa pratique du pianoforte (qu'il a étudié de façon approfondie avec Carole Cesari à la Guildhall School de Londres), Préat obtient des couleurs aussi séduisantes que surprenantes de son Steinway. Il y a là une vraie idée du son en action qui, ajoutée à un style et art du phrasé admirables, stimule en permanence l’écoute. Et quelle merveilleuse manière d’habiter le temps musical dans l’Adagio ...
Un peu plus loin, la Sonate en si mineur Hob XVI. 32 ne séduira pas moins, dans une veine plus dramatique et urgente, avec son Presto conclusif très pré-beethovénien. Une musique emplie des prémices d’une sensibilité nouvelle que l’interprète restitue avec, on le répète, une intelligence stylistique peu commune.
Poème nostalgique
Deux parenthèses romantiques dans le programme, auxquelles on ne reprochera que leur goût de trop peu : l’Arabesque de Schumann semble naître sous les doigts d’Antoine Préat et donne envie de l’entendre dans de grands opus de l’Allemand. Quant à la Valse op. 34 n° 2 de Chopin, prise dans un tempo très alenti, elle se déploie, comme suspendue dans les profondeurs d'une mémoire, et se mue en un grand poème nostalgique. Admirable.
Prokofiev ne fait pas défaut avec huit des 10 Pièces de Roméo et Juliette. Une musique venue de l’orchestre et de l’univers de la danse qui tend parfois à trop se « pianistiser » sous certains doigts. Rien à craindre à cet égard de la part d'un artiste qui façonne le matériau sonore en ne perdant jamais de vue la substance dramatique et l'élément chorégraphique. Il sait constamment caractériser, suggérer, du fameux Les Montaigus et les Capulets, ample et puissant mais sans dureté, jusqu’à la Danse des jeunes filles, idéale d'impalpable et rêveuse douceur, en passant par un aérien et poète Frère Laurent.
L’Air d’Orphée de Gluck/Sgambati et Kaddish de Ravel, deux bis tout à l’image du pur musicien qu’il vient d’entendre, achèvent de combler un public sous le charme.
Notez sur vos agendas les récitals d’Antoine Préat les 16 mai et 17 mai à Dinard. Quant à « Opus Cortot », encore un concert cette saison, le 28 mai : un hommage au Chevalier de Saint-Georges avec Romuald Grimbert-Barré au violon, accompagné par l’Orchestre de la Garde Républicaine.
Alain Cochard

Paris, Salle Cortot 12 avril 2026 // www.hugopanonacle.fr/fr/une-nouvelle-saison-de-haut-vol/
Agenda des concerts d’Antoine Préat : www.antoinepreat.com/concerts
Photo © antoinepreat.com
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