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Rigoletto aux 40èmes Chorégies d’Orange – Un Verdi de haut vol - Compte-rendu


Il y a fort à parier que le Rigoletto donné pour deux représentations au Théâtre Antique demeure dans les annales des Chorégies, et ce d’abord grâce à une distribution de haut vol.
Leo Nucci (69 ans, photo) pour qui le rôle du bouffon n’a plus de secret (il l’a chanté dans le monde entier plus de cinq cents fois, mais c’est néanmoins sa première apparition devant le mur d’Orange), contribue grandement au succès d’un spectacle acclamé durant plus de vingt minutes par un public frappant du pied avec enthousiasme. Ce Rigoletto de rêve au timbre verdien d’une parfaite ductilité fait preuve d’une présence théâtrale impressionnante. Père outragé, Nucci atteint une dimension dramatique où l’émotion le dispute à la douleur.

A ses côtés, la Gilda de Patricia Ciofi est une héroïne fragile qui fait usage, avec une intelligence rare, de moyens vocaux subtils et d’une souplesse dans des aigus triomphant même des caprices du vent. Fait rare à Orange, le duo de la Vengeance entre Rigoletto et Gilda à l’Acte II est bissé à la grande joie des 8500 spectateurs.

Le ténor Vittorio Grigolo campe un Duc de Mantoue héroïque, au charme contagieux, dont la voix puissante et d’un franc métal (air « La donna è mobile ») n’est jamais forcée bien qu’un peu appuyée dans les effets.
Le reste de la distribution se révèle d’une grande tenue : la Maddalena sensuelle et aguichante de Marie-Ange Todorovitch, le Sparafucile de Mikhail Petrenko, caverneux à souhait, et le Comte Monterone de Roberto Tagliavini menaçant dans son imprécation.

L’Orchestre National de France sous la direction de Roberto Rizzi-Brignoli (ancien assistant de Riccardo Muti à la Scala de Milan) transfigure la partition par une exécution tranchante, tendue, sans compromis, d’une constante efficacité narrative. Les moments de poésie permettent aux instrumentistes du National de faire valoir leur talent (la flûte extatique de Philippe Pierlot et le hautbois sensuel de Nora Cismondi) sans jamais perdre de vue le fil d’un discours qui avance sans cesse sous la baguette incisive du chef. En parfaite cohésion, les Choeurs réunis des Opéras d’Avignon, Nice, Toulon, Tours, par leur expressivité (et malgré quelques décalages), sont partie prenante de cette tragédie annoncée.


La scénographie de Louis Desiré est délimitée par un carrosse couché servant à la fois de décor au palais ducal, à la modeste maison de Rigoletto et à la taverne du tueur à gages Sparafucile. La mise en scène de Paul-Emile Fourny se déploie avec ostentation et sans trop d’imagination dans cet espace qui bénéficie des éclairages rythmés, contrastés et suggestifs de Patrick Méeüs.


Après cette réussite à mettre au crédit des Chorégies, rendez-vous est donné en 2012 par leur directeur général Raymond Duffaut avec La Bohême et Turandot de Puccini, dirigés respectivement par Myung-Whun Chung et Michel Plasson. Quant à 2013, on sait que Le Vaisseau fantôme, sous la baguette de Mikko Franck, tiendra entre autres l’affiche.



Michel Le Naour

Verdi : Rigoletto – 40èmes Chorégies d’Orange, 30 juillet 2011


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Photo : Christian Bernateau

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