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Portrait d’Henriette Renié par le Trio Nuori – Jaillissante inspiration – Compte-rendu

Un « Disque de la Semaine » m'a donné l’occasion de mettre l’accent il y a quelques semaines sur la réussite du dernier CD (1) du Trio Nuori (photo, Vincent Brunel, violon ; Aude Pivôt, violoncelle ; Flore Merlin, piano), entièrement consacré à la harpiste et compositrice Henriette Renié (1875-1956). Les musiciens étaient de passage à Paris il y a peu pour un concert de présentation de leur enregistrement (entrecoupée de prises de parole très bienvenues, la soirée aura permis au public de se familiariser avec la personnalité d’une musicienne étonnante). Emouvante surprise pour les Nuori, ils découvrent quelques instants avant de commencer qu’au premier rang de la salle, à jardin, ont pris place Michel Renié (93 ans) petit-neveu, et Vincent Renié, arrière petit-neveu de l’artiste ...
 
Piano solo d’abord avec la Pièce symphonique (1907), morceau initialement conçu pour harpe dont la pianiste Flore Merlin dévoile l’arrière-plan (inspiré par la mort d’une cousine d’H. Renié, l’ouvrage, de forme tripartite, la partition obéit au schéma programmatique douleur/déni de la douleur/ transfiguration de la douleur) avant d’en livrer une interprétation fervente et engagée.
 

© DR
 
Portrait d’Henriette Renié dans son époque : Théodore Dubois fut l’un de ses professeurs au Conservatoire de Paris, le Scherzo du 1erTrio (1904, dédié à Saint-Saëns) de ce dernier vient le rappeler, offrant une transition souriante et lumineuse avant que les interprètes ne mettent en évidence l’influence décisive de César Franck sur la musicienne, avec exemple à l’appui. Le finale de la Sonate pour violon et piano du « Pater seraphicus », mené avec une luminosité et une intensité rares par Vincent Brunel, précède l’Allegro appassionato de la Sonate pour violoncelle et piano de Renié sous l’archet d’Aude Pivôt. On y trouve une citation textuelle de Franck, certes, mais surtout une inspiration – la remarque vaut pour toute la musique de Renié – jaillissante, immédiate, et splendidement dominée ! Jamais de bavardage, de passage à vide : la Française va toujours droit au but et cette franchise – alliée à un lyrisme prégnant – fait tout son charme, surtout lorsque les exécutants s'engagent à ce point.
 
Nouvelle incursion en trio chez un contemporain de Renié : le Modéré initial du Trio (1914) de Ravel montre les tempéraments des trois instrumentistes fusionnant avec une poésie et un art de la couleur admirables. Le foisonnement des timbres distingue aussi le Trio pour piano (ou harpe) violon et violoncelle de Renié (un chef-d’œuvre chambriste que les interprètes – ils ne manquent pas de le mentionner – ont découvert grâce aux conseils avisés du pianiste Laurent Martin). Une fois encore, le jaillissement, le goût de l’essentiel s’expriment de la plus vivante et effusive manière grâce à des interprètes auxquels on ne fera qu’un reproche : leur excessive discrétion dans les salles de concerts.
Autant les quatuors abondent, autant les trios avec piano ne sont pas légion en France. Les Nuori en forment un de tout premier ordre : avis aux organisateurs de concerts !
 
Alain Cochard

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(1) www.concertclassic.com/article/musique-de-chambre-dhenriette-renie-par-le-trio-nuori-ligia-le-disque-de-la-semaine

Paris, Temple du Luxembourg, 2 mai 2018
 
Site du Trio Nuori : www.trionuori.com/
 
Photo © T. Tasheff

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