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« Klaus Mäkelä - Vers la flamme » ( Documentaire Arte) – Quand Monsaingeon allume l’étincelle – Compte-rendu

 

La flamme, telle que la vit Scriabine dans la superbe pièce à laquelle Bruno Monsaingeon a emprunté le titre de son film, il la porte en lui, autant que les géants de la musique auxquels il a donné sa passion, son attention, avec, toute sa vie, un désir fou d’approcher le mystère de leur génie : voici donc revenir, fidèle au poste, le barde cinéaste des grands musiciens de son temps (1), avec ce film de 52 minutes consacré à une icône de la nouvelle vague, que l’Auditorium du Louvre a montré en avant-première française dans le cadre de ses Journées Internationales du Film sur l’Art. Le film sera diffusé sur Arte le 21 avril à 23:55 et, que les couche-tôt se rassurent, est disponible sur Arte.tv jusqu'au 17 juillet prochain.
Coup de foudre, comme à son habitude : cette fois pour Klaus Mäkelä (photo). Il a donc suivi le jeune chef sur le terrain de ses orchestres principaux, dont évidemment l’Orchestre de Paris, l’a écouté parler longuement de la complicité qui le relie à ces formations, de leur identité, du plaisir physique qu’il prend à se sentir en osmose avec eux et avec la musique.
 

Bruno Monsaingeon et Klaus Mäkelä à Oslo en janvier 2023 © Pierre-Martin Juban
 
Très différent des films où il échangeait directement avec un Gould, par exemple, là, le cinéaste-musicien reste invisible, mais recueille, classe et montre les phases de cette carrière phénoménale, en faisant notamment se suivre  une série de documents délicieux où l’on voit Mäkelä jouer, puis diriger, enfant, adolescent, jeune homme, comme une fleur qui s’épanouit. On aperçoit même le terrible et génial Jorma Panula, leur baguette source à Helsinki. Divers moments d’épanchements souriants, d’où l’on retient une phrase de Mäkelä particulièrement bien venue : « une répétition, dit-il, ce n’est pas pour apprendre sa partition, mais celle de l’autre. »
 

© Mathias Benguigui - Pasco and Co
 
Moments de musique sublimes, notamment dans Sibelius et Stravinski, mais évidemment brisés, car le film n’est pas là pour jouer le rôle du concert. Rien sur la vie privée, mais des séquences gestuelles éblouissantes et un passage à garder dans les annales, celui où Mäkelä joue Schubert avec le Quatuor Arod, sur lequel Monsaingeon a aussi posé sa caméra pour un autre film. Finalement, le mystère de l’osmose du geste du chef avec l’orchestre reste un mystère, que personne n’a jamais élucidé, mais on l’aura effleuré. Jusqu’où ira la Flamme olympique du chef finlandais ? On sait qu’elle vient aujourd’hui de se poser à Chicago, mais cela, le film ne pouvait le saisir. Il faut courir, pour rattraper le jeune génie…
 
Jacqueline Thuilleux
 

(1) Lire l’interview de Bruno Monsaingeon : www.concertclassic.com/article/une-interview-de-bruno-monsaingeon-filmer-la-musique
 
Diffusion le 21 avril à 23:55 sur Arte. Disponible sur Arte.tv jusqu'au 19 juillet 2024.
 
A lire, Filmer la musique, 2008-2023, entretiens de Bruno Monsaingeon avec Guillaume Monsaingeon, Paris, Editions de la Philharmonie, 2023
 

 
Photo © Marco Borggreve - Oslo Philharmonic

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