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Hommage à Prague - L’Ensemble Calliopée crée le sextuor "Praharphona" de Krystof Maratka

De retour de Shanghai où l’Orchestre Philharmonique de Radio France vient de donner sa pièce Chant G’hai en création mondiale, Krystof Maratka (né en 1972) fait bientôt l’actualité à Paris, et ce à deux reprises. On retrouve d’abord le compositeur le 20 mai au CRR pour la création de "Praharphona", donnée par l’Ensemble Calliopée dans le cadre du fructueux partenariat que ce dernier a noué avec l’établissement de la rue de Madrid.

Sous-titré « Musique de l’ancienne et de la nouvelle Prague », "Praharphona" résulte d’une gestation un peu particulière dans la mesure où ce sextuor pour harpe, quatuor à cordes et un percussionniste constitue une version de chambre d’un Concerto pour harpe et orchestre que Krystof Maratka a élaboré en parallèle (la partie de harpe demeurant identique pour les deux versions).

« La harpe n’est pas un instrument évident à aborder, reconnaît le compositeur. Je me suis tout d’abord senti limité, mais en même temps cela me plaisait de lutter avec les contraintes techniques, sonores, etc. "Praharphona" est dédié à Prague, il se divise en huit mouvements et chacun d’entres eux se réfère d’une manière ou d’une autre à ma ville natale – un événement historique, une personnalité, un écrivain, une sensation, etc. »

Commande de l’Ensemble Calliopée, le Sextuor "Praharphona " prend place dans un programme où figurent par ailleurs les Chansons de Bilitis de Debussy et l’Introduction et Allegro de Maurice Ravel. Voisinage cohérent de deux magiciens des timbres d’hier et d’un d’aujourd’hui.

Début juin (le 2), c’est au tour du Centre culturel tchèque de programmer deux ouvrages de Maratka au cours d’une soirée « Janacek-Maratka ». Vrai régal en perspective que de retrouver d’abord le compositeur, à la fois pianiste et récitant, dans son Mélodrame Kouznétsov, inspiré de l’écrivain russe Daniil Harms (1905-1942). « C’est une littérature qui me parle beaucoup, confie-t-il ; Harms a vécu sous le stalinisme et s’est fait persécuter comme beaucoup de ses confrères. Au début des années 1940, on a frappé à sa porte… ; il est mort quelques mois plus tard dans une prison. A part quelques textes pour enfants, ses œuvres n’étaient pas diffusées en Union Soviétique et ce n’est que bien plus tard, sous Gorbatchev, qu’il a été publié. Je me suis inspiré de Harms pour Le Corbeau à quatre pattes, un grand mélodrame de plus d’une heure qui a été donné au Festival Présences, mais aussi pour Kouznétsov, court ouvrage pour piano et narrateur composé un peu auparavant – il est conçu afin que le pianiste puisse être aussi le narrateur. Il s’agit de courtes histoires cruelles, tragi-comiques ; quelque chose entre Kafka et Gogol. »

La musique de chambre constitue l’un des domaines de prédilection de Krystof Maratka. Comme dans son extraordinaire Quintette à vent "Htpnozy", il a su solliciter l’imaginaire de l’auditeur avec le Trio pour piano "Anthologie des rêves". « L’une des pièces les plus complexes de mon catalogue », dit le musicien d’une partition en cinq mouvements d’inspiration très intime, née à une période où il notait tous ses rêves, qui sera interprétée par l’excellent Trio Hoboken.

La musique de chambre n’a d’ailleurs pas fini d’occuper Krystof Maratka puisque le Quatuor Prazak vient de lui passer commande d’un quatuor à cordes. Une marque de reconnaissance on ne peut plus légitime envers une personnalité parmi les plus remarquables de la jeune musique contemporaine.

Alain Cochard

Ensemble Calliopée
Œuvres de Marataka, Debussy, Ravel
20 mai 2010 – 21h (entrée libre)
CRR de Paris
14, rue de Madrid / 75008

Trio Hoboken
2 juin 2010
Centre culturel tchèque
18, rue Bonaparte / 75006
Tel. : 01 53 73 00 22
http://www.czechcentres.cz/paris
La soirée se divise en 2 parties, un programme Schumann/Brahms (à 18h) précédant le concert « Janacek-Maratka » (à 21h)

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Photo : DR
 

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