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Génération @ Aix autour de Gil Shaham au Festival de Pâques 2024 – Heureux partage – Compte-rendu

 
À chaque Festival de Pâques, un concert Génération @ Aix réunit de jeunes musiciens de très haut niveau et un mentor pour une session dont le public peut in fine apprécier les fruits – un exercice de transmission qui n’est pas pour surprendre dans une programmation conçue par Renaud Capuçon. Après s’être produit le 1er avril au théâtre du Jeu de Paume en compagnie de Gerhard Oppitz, Gil Shaham a ainsi pris sous son aile Aubree Oliverson (violon), Karolina Errera (alto), Federico Gad Crema (piano) et Aleksey Shadrin (superbe violoncelliste ukrainien que nous avions eu l’occasion d’apprécier l’été dernier à Prades au sein du Quatuor Ebène), pour d’intenses journées de travail autour du Quintette en la majeur op. 81 de Dvořák et du Quintette en sol mineur op. 57 de Chostakovitch.
 

© Caroline Doutre
 
Situé à l’orée de la vaste production chambriste du musicien russe, son unique Quintette avec piano (1940) – de deux ans postérieur au 1er Quatuor – n’en est pas moins déjà une réalisation très aboutie et révélatrice de son univers esthétique. Les musiciens réunis sur la scène du Jeu de Paume sauront le pénétrer avec une rare intelligence (Shaham laisse le violon I à Aubree Oliverson). Dès le Prélude initial, confié au piano solo, on est frappé par l’incroyable présence sonore de l’Italien Federico Gad Crema (25 ans) ; quelques mesures qui suffisent à poser le décor, avant que tous les protagonistes ne s’engagent dans la Fugue, conjuguant tension et désolation en un magnifique équilibre. L’énergie ébouriffée mais parfaitement dominée du Scherzo crée le contraste, qui ne souligne que mieux ensuite les qualités du jeu, aussi pur qu’incarné, de la remarquable Aubree Oliverson dans l’Intermezzo. Et tous de s’engager avec une exemplaire complicité dans le finale et d’en saisir les ambiguïtés derrière les apparences joyeuses.
 

(de g. à dr.) Aubree Oliverson, Gil Shaham, Federico Gad Crema, Karolina Errera & Aleksey Shadrin © Caroline Doutre
 
Gil Shaham s'octroie la partie de violon I dans le Quintette en la majeur de Dvořák, partition dont l’humeur heureuse trouve ici des interprètes aussi convaincus que convaincants. On fond de bonheur face à un tel naturel, à un aussi palpable plaisir dans l'échange, à ces clins d’œil suggestifs par lesquels le violoniste emmène ses quatre cadets et fusionne avec eux au cours d'une exécution débordante de couleurs. Emporté avec un souffle et une ampleur quasi orchestrale, mais sans précipitation, l’Allegro ma non troppo donne le ton d’une interprétation qui semble déborder de sève printanière. Vigueur des mouvements vifs, et poésie admirable de la Dumka, prégnante, rêveuse et narrative, avec un délicieux parfum de « il était une fois ». On a dit plus haut les mérites de Federico Gad Crema ; la partie de clavier de l’Opus 81 est particulièrement fournie : de bout en bout, le pianiste émerveille par son toucher généreux et son jeu attentif, structurant, intense, quoique jamais envahissant vis à vis des archets. Il est vrai qu’en matière d’esprit chambriste, un aîné et guide particulièrement avisé était à l’œuvre pour la préparation de ce concert ...
 
Alain Cochard
 

Aix-en-Provence, Théâtre du Jeu de Paume, 6 avril 2024

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Photo © Caroline Doutre

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