Journal

Brigitte Engerer, La musique creuse le ciel - Hommage littéraire à une superbe dame du clavier - Compte-rendu

 
Elle fut une pianiste d’exception et une personnalité hors normes : bouillonnante, étourdissante, généreuse, extravertie, verbe puissant, aimante et aimée. Mais avec curieusement une toute autre dimension sur le clavier: celle d’une femme rêveuse, délicate, concentrée, presque réservée parfois, sans virtuosité trop accrocheuse, notamment parce qu’elle avait tous les moyens et pouvait se permettre de viser à l’essentiel.
Une vie et une carrière fulgurantes qui ont marqué les mémoires des mélomanes, lesquels n’oublient pas cette schumanienne et chopinienne hors pair. C’est cette belle figure que la psychologue et mélomane Nathalie Depadt-Renvoisé, qui ne la connut qu’à l’hôpital, peu avant sa mort il y a près de dix ans, entreprend d’éclairer. Car Brigitte Engerer (1952-2012), tempétueuse avec ses lamés et ses bijoux qui cachaient une sorte de timidité face à la musique, et surtout face à la médiatisation, qu’elle n’appréciait guère, est restée finalement peu connue, en dehors des beaux concerts et des enregistrements où elle donnait sa vérité.
Le livre, documenté auprès de sa famille, ses amis et partenaires comme Henri Demarquette, raconte cette folle vie avec une sorte de sagesse qui nous laisse un peu sur notre faim, malgré des moments très riches, notamment ceux qui évoquent sa décennie moscovite, où son maître Stanislas Neuhaus façonna définitivement son style. Mais il donne des pistes intéressantes et surtout l’envie de replonger dans sa discothèque pour en ressortir ces perles signées Engerer, gamine tunisoise devenue icône moscovite et mondiale, et gloire française.
 
Jacqueline Thuilleux

 

Brigitte Engerer, La Musique creuse le ciel, par Nathalie Depadt-Renvoisé - Buchet-Chastel (272 pages, 20€)

Partager par emailImprimer

Derniers articles