Journal
Le Ballet Preljocaj crée « Soulèvement » à Aix-en-Provence [en tournée jusqu’en juillet 2027] – Révolution, fascination – Compte-rendu

Du 7 au 10 octobre, le Ballet Preljocaj a présenté « Soulèvement », sa création 2026, au Grand Théâtre de Provence. Quatre soirées à guichets fermés avant de prendre la route, et surtout l’avion, pour aller crier contre les injustices un peu partout en France et en Europe.
Il est d’étranges coïncidences ; des images d’actualité répétées, parfois à en avoir la nausée, sur les écrans TV, qui viennent percuter des images d’un ballet travaillé depuis des mois par douze danseuses et danseurs. En créant le 7 octobre dernier au Grand Théâtre de Provence « Soulèvement », son dernier opus en date, Angelin Preljocaj a été rattrapé par la réalité. Etrange sentiment que l’issue d’un premier tableau marquée par un coup de feu et l’effondrement d’une jeune danseuse dans les bras des autres jeunes tout comme ce lycéen victime d'un tir de projectile en pleine tête il y a quelques jours et qui perdra son œil. Visionnaire Preljocaj ? En l’occurrence, hélas, oui. Mais l’homme et ses combats menés avec rage et passion depuis des années forgent, sans nul doute, l’imaginaire fécond du chorégraphe. Et si la salle retient son souffle, c’est pour mieux exploser au final, debout, pour saluer la performance à l’issue d’un ultime tableau qui s’élève comme une « Liberté guidant le peuple » du XXIe siècle. Géant.

Sororité, liberté, fraternité
Sur la scène du Grand Théâtre de Provence, accompagnés, portés, sublimés, même, par les beats de la puissante création musicale d’Irène Drésel, danseuses et danseurs prennent les spectateurs par les tripes et le cœur pour qu’ils les accompagnent dans leurs combats. Des « Temps Modernes » immortalisés par Charlie Chaplin, les corps en mouvement recréent les machines infernales et l’exploitation des travailleurs qui va avec, les Femen développent la pratique de leur « sextrémisme » avec passion mais sans malaise, George Floyd expire étouffé par le genou d’un flic de paillettes vêtu… « De cette danse du soulèvement, explique Angelin Preljocaj, s’ouvrira peut être un espace d’où peuvent jaillir les plus beaux élans de sororité, les plus forts sentiments de liberté, les liens les plus profonds de fraternité.»

Un message vital
Angelin Preljocaj traite ces révolutions, ces soulèvements devenus indispensables face à l’immonde, avec dynamisme, certes, mais avec une rigueur implacable, une organisation quasi millimétrée. Doit-on s’en plaindre ? Si l’anarchie préside souvent aux manifestations de rue, l’espace d’un plateau de théâtre demeure un lieu d’expression artistique et, en tant que tel, le chorégraphe règle chaque tableau pour leur procurer une esthétique qui va satisfaire l’attente du spectateur sans pour autant ôter une once de puissance à son propos.
Preljocaj fait du Preljocaj : les corps qui se fondent et se séparent, les pas de deux tendres ou violents, les sauts d’une rectitude absolue, les instants paisibles d’une poésie à nulle autre pareille. On l’a écrit plus haut, la bande son d’Irène Drésel est le complément direct indispensable au spectacle. Les lumières d’Eric Soyer et la scénographie d’Adrien Chalgard sont aussi pour beaucoup dans la fascination exercée par ce « Soulèvement », cette révolution indispensable, certainement, à l’aube de quelques mois suivis d’une échéance qui décidera de la couleur de l’avenir des jeunes et moins jeunes. La danse comme un message vital !
Un spectacle qui, après avoir été programmé au 5e Festival International de Danse de Tirana les 16 et 17 octobre, sera repris à Paris (Théâtre de la Ville) du 22 octobre au 7 novembre, avant de poursuivre une longue tournée en France et à l’étranger.
Michel Egéa

© Didier Philispart
Derniers articles
-
11 Octobre 2026Vincent BOREL
-
10 Octobre 2026Jacqueline THUILLEUX
-
10 Octobre 2026Vincent BOREL







