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​ Alcina selon Ewelina Marciniak à l’Opéra de Lille [jusqu'au 17 oct.] – Recherche sorcière désespérement – Compte rendu

 

 
Il est risqué de faire endosser à l’opéra seria, vocalement non genré de par son écriture destinée aux castrats, les démonstrations du féminisme militant. Le travail de la metteuse en scène polonaise Ewelina Marciniak est celui d’une déconstruction des assignations de genre. Du mot pute inscrit sur un miroir à la dénonciation du patriarcat par un Ruggiero condamné à confectionner des gâteaux, on avoue avoir été rapidement débordé par un propos touffu.  

 

© Simon Gosselin

Couples homoérotiques

L’intrigue est ici réécrite. Avant même l’ouverture, on assiste à la fête d’anniversaire de Ruggiero avec son mari Melisso et leur amie Bradamante. Mais quelque chose s’est fracturé dans ce couple homosexuel. Ruggiero fuit le foyer conjugal pour l’île d’Alcina, un univers saphique hyper coloré, où le LSD s’acoquine avec le BDSM. Entre bande dessinée et papier peint, les décors et costumes de Natalia Mleczak rutilent sous les éclairages de Monika Stolarska.
L’échangisme amoureux, les travestissements et les changements de sexe, déjà présents dans le livret originel, sont l’occasion de scènes disparates où s’illustre un plateau vocal de bonne tenue, au premier chef la Bradamante véloce de Jasmin White et l’Oberto brillant de Camille Chopin, que l’on aurait bien vue en Morgana. Côté messieurs, on retient le baryton-basse élégant d’Ashley Riches (Melisso) et le tendre ténor de Josh Lovell (Oronte).

 

© Simon Gosselin
 

Alcina maltraitée

Pas sûr, en revanche que les deux rôles principaux aient trouvé leurs interprètes idéales. Non que la qualité du timbre et l’investissement de l’artiste soient en cause, mais il y a parfois des rencontres qui ne se font pas. Adèle Charvet (Ruggiero), qui déploie dans « Verdi prati », la riche étoffe de son mezzo, peine à endosser le patron vocal taillé par Haendel pour le castrat Carestini, créateur du rôle à Covent Garden en 1735. Son « Sta nell’ircana » déçoit grandement.
Intense tragédienne, Karine Deshayes n’est guère mieux à l’aise dans les subtils enchantements de la magicienne. Les costumes de bric et de broc lui messiéent, surtout lorsque la salle doit assister à un déshabillage-rhabillage des plus malvenus. Elle finit par n’être qu’un personnage secondaire parmi l’encombrement d’objets #Me too, conque sanglante ou gigantesque poupée de commissariat pour dénoncer inceste et attouchements sexuels. C’est là le plus monumental gadget d’une scénographie qui aura accumulé bondage, menottes et petites perversions entre amis.

 

© Simon Gosselin

 
Haendel danse

Belle idée, en revanche, de s’être focalisé sur la chorégraphie (signée Mikolaj Karczewski). Cinq danseurs s’étirent, smurfent et basculent dans une démonstration de souplesse que vient couronner une spectaculaire séquence de pole dance masculine. Le public réserve à ce véritable corps de ballet ses applaudissements les plus chaleureux. Il en est de même pour Le Concert d’Astrée et ses fastueux pupitres, particulièrement le violon de David Plantier et le violoncelle de Mathurin Matharel, tous deux si sollicités pour les airs de Morgana, ici la (trop) acidulée Lilia Davtyan. Quant à la direction d’Emmanuelle Haïm, elle est, à son habitude, impeccable de rigueur et d’originalité dans cette baroquissime exploration de l’amour en tous ses états.
 
Vincent Borel
 

Haendel : Alcina – Lille, Opéra, 6 octobre ; prochaines représentations les 8, 11, 13, 15 & 17 octobre 2026 // www.opera-lille.fr/spectacle/alcina/

 
Photo © Simon Gosselin

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