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Werther à l’Opéra de Rennes (jusqu’au 11 octobre) – Couple de rêve – Compte rendu

La mise en scène de Ted Huffman, venue de l'Opéra-Comique, ne laisse guère de place à l'amour ni au hasard. Le plateau, presque nu — cinq tables, douze chaises, une desserte et un orgue de salon adossés au fond de scène —, ne varie pas. Noël verra un sapin être vaguement décoré avant que la tragédie ne l'éteigne. Dans un espace familial restreint, sans paysage ni autre échappatoire visuelle que des rampes de projecteurs les mettant à l’os, l'homme romantique et la femme mal mariée se rencontrent, s'émeuvent et s’abîment en un éclair. Cette linéarité chronologique est le défaut d'une première partie de spectacle qui refuse à la passion le temps d’éclore. La charge en restera dévolue au seul Orchestre national de Bretagne, que la battue attentive de Chloé Dufresne enflamme progressivement.

© Laurent Guizard
Plateau homogène et de qualité
Le jeu scénique est cependant bien réglé, et surtout remarquablement distribué, que ce soit le couple d'amis Johann et Schmidt (Florent Karrer et Benoit-Joseph Meier), perçu comme les oncles de la famille, le bailli bonhomme de Marc Scoffoni, la Sophie point trop évaporée de Manon Lamaison, la Kätchen de Mathilde Pajot, et les quelques mesures attribuées à Brühlmann (Ismaël El Mechrafi). L’Albert d'Anas Séguin, baryton pétri de noble empathie, livre une prestation en tout point remarquable.

© Laurent Guizard
Un couple déchirant
Nos réserves scénographiques s'effacent cependant après l'entracte. La scène est désormais dépouillée. Ne reste plus que le nœud tragique formé par Julien Behr et la Charlotte incendiée de Lucie Peyramaure. Pour le ténor lyonnais, Werther est une prise de rôle abordée avec une voix de tête très mozartienne et un superbe legato qui s'impose dès « Ô Nature ». Si la tension de la première est palpable, elle lui permet de fendre l'armure, failles comprises, lors d’un déchirant « Un autre est son époux ». Le timbre, à la texture délicate autant que solaire, explore les noires épaisseurs d’un rôle où Massenet a réduit les névroses de Tristan dans l'alambic de la mélodie française. Le mezzo charnel de Lucie Peyramaure éblouit par sa sincérité et la justesse du jeu. Tout du long, leur couple de rêve (physique compris !), fait courir dans le public le frisson lacrymal qui fait tout le sel de cet opéra à l’émotion si singulière.
Vincent Borel

Massenet : Werther – Rennes, Opéra, 3 octobre ; prochaines représentations les 5, 7, 9 & 11 octobre 2026 // www.opera-rennes.fr/fr/evenement/werther
Photo © Laurent Guizard
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