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​Nicolas Ellis et Pierre Génisson inaugurent la saison 2026-2027 de l’Orchestre national de Bretagne – Ouverture radieuse – Compte rendu

 

 
Ça commence bien, se disait-on en sortant de la soirée inaugurale de l’Orchestre national de Bretagne. Depuis 2025, Nicolas Ellis a pris les rênes de ce dernier et, d’évidence, a su imprimer sa marque sur une formation que l’on a retrouvée, animée d’une belle énergie collective. Emilie Mayer, Golfam Khayam, Carl Maria von Weber et Johannes Brahms : original, le programme avait de quoi allécher, tout à l’image de l’ensemble d’une saison co-conçue par le directeur musical et le compositeur Benoît Menut, délégué artistique de l’OnB pour 2026-2027.

 

Nicolas Ellis © Laurent Guizard

 
Une direction précise et suggestive
 
Place à une compositrice en début de concert avec l’Allemande Emilie Mayer (1812-1883), élève de Loewe puis d’Adolph Bernhard Marx, qui trouva en ce dernier un soutien précieux. Son Ouverture n°3 montre d’emblée les qualités de Nicolas Ellis : d’une gestuelle élégante et fluide, le jeune chef québecois conjugue une grande précision dans la mise en place à une dimension suggestive à laquelle les instrumentistes répondent avec un bel enthousiasme, la luminosité et le charme de la musique de Mayer ne pouvant que les conforter en ce sens.
 
Le choix de l’Ouverture en ut majeur est aussi une manière de tracer dès le départ l’axe « compositrices » d’une saison au cours de laquelle, à côté de Mayer, Farrenc ou Finzi, figurent aussi des pièces de l’Iranienne Golfam Khayam, artiste associée à l’OnB depuis 2025. Dès la soirée inaugurale la Berceuse tirée de ses Seven Valleys of Love (ouvrage créé par la phalange bretonne en janvier dernier) met en valeur la chaleur et l’homogénéité des cordes avec un lyrisme ondoyant et nocturne ; l’auditeur est transporté dans une atmosphère de conte. Des cordes (avec le superbe violon super soliste de Fabien Boudot à leur tête) qui viennent d’ailleurs d’accueillir en leur sein une nouvelle membre : l’altiste Elisabeth Wozniak.

 

© Laurent Guizard

 
Un Weber complice, théâtral et chambriste
 
Les concerts inauguraux sont accoutumés aux concertos pour piano ou violon. C’est la clarinette qui est à l’honneur à Rennes avec Pierre Génisson, artiste associé à l’OnB pour cette saison. Un choix d’autant plus logique que le musicien fut à ses débuts clarinette solo de la formation bretonne. Sa présence offre l’occasion commémorer le bicentenaire – trop peu célébré en France, hélas ... – de Carl Maria von Weber (1), créateur essentiel dans l’histoire de l’opéra, mais aussi de la clarinette, dont Génisson a choisi le Concerto n°2 en mi bémol majeur.
On éprouve un bonheur sans mélange en entendant l’interprète saisir de façon aussi complète et juste l’essence d’une inspiration nourrie de ce qui fait de l’auteur du Freischütz le compositeur lyrique que l’on sait. Un soliste tout à la fois en parfaite entente avec le chef et sachant se tourner vers l’orchestre pour solliciter tel ou tel pupitre afin d’aviver la théâtralité de la musique – sans jamais se tromper sur la nature de sa virtuosité, formidablement assumée au demeurant.
Entre l’Allegro et le fringant Alla polacca, l’Andante con moto – vrai rêve éveillé – servi par le jeu infiniment nuancé de Génisson et la présence attentive d’Ellis, symbolise la dimension chambriste que le clarinettiste ne manque jamais de cultiver dans le cadre concertant. La transcription du « Voi che sapete » mozartien prolonge le plaisir en bis.
Quant à la suite de la saison d’artiste associé de Pierre Génisson à l’OnB, après un programme mêlant des concertos signés Vivaldi, Stamitz et Sirmen en décembre (les 2, 3, 5, 10 & 11 à Rennes et en région), on le retrouvera en avril (les 1er & 2 à Rennes, le 3 à Brest) pour la création du mondiale du Concerto pour clarinette de Golfam Khayam.

 

© Laurent Guizard

 
Le pari – gagné ! – de la 1ère Symphonie de Brahms
 
Plus de six décennies séparent l’Opus 74 de Weber de l’ouvrage placé en seconde partie, mais on demeure dans le répertoire germanique avec la 1ère Symphonie de Johannes Brahms. Un sacré pari pour une formation qui, compte tenu de son effectif, s’exposait tout particulièrement dans une partition que l’on a l'habitude d’entendre par des orchestres plus étoffés ;  pari d’autant plus osé que l’OnB ne s’est pas aventuré en terre brahmsienne depuis très longtemps.
On n’est que plus admiratif d’un résultat dont le fini instrumental force l’admiration d’un bout à l’autre. Moins de cordes que de coutume certes, mais cela contribue à mettre en valeur une harmonie pleine de fruit et des cuivres non moins convaincants (pas l’ombre d’une faiblesse du côté des cors – chapeau messieurs !). Dénuée de toute emphase, la Symphonie en ut mineur se déploie avec clarté et lisibilité sous la baguette de Nicolas Ellis, sans nullement sonner sec. Ce que l’on perd en masse est largement compensé par la vie intérieure, les couleurs et l’équilibre de l’approche. Elle rattache la partition à ses racines classiques sans aucunement faire l’impasse sur ce qui montre que Brahms, surmontant la crainte de l’ombre beethovénienne, osait enfin – avec quel génie et quel feu !  
 
Rentrée sous les meilleurs auspices pour l’OnB, on l’aura compris, et les choses promettent de se prolonger, à l’Opéra de Rennes cette fois, puisque la reprise du Werther de Massenet mis en scène par Ted Huffman (une production acclamée à la salle Favart en janvier dernier (2) ) attend les musiciens sous la baguette de la merveilleuse Chloé Dufresne, autre artiste associée de la phalange bretonne. Cinq dates du 3 au 11 octobre.(3)
 
Alain Cochard
 

Rennes, Couvent des Jacobins, 17 septembre 2026

 
(1) Excellente nouvelle, une splendide intégrale de la musique pour clarinette de Weber par Pierre Génisson sort le 30/10/2026 cher Warner. On y trouve les opus concertants, accompagnés avec beaucoup de chic et de vitalité par Gábor Takács-Nagy – chef bien connu des habitués de l’Orchestre de Chambre de Paris – à la tête de l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg. Les pièces avec piano sont finement accompagnées par Frank Braley et l’on retrouve la très belle version du Quintette avec le Quartet 212 précédemment publiée chez Aparté.

 

    
(2) www.concertclassic.com/article/werther-selon-ted-huffman-lopera-comique-jusquau-29-janv-direct-artetv-23-janv-epure-et-luxe
 
(3) www.opera-rennes.fr/fr/evenement/werther
 
 
Photo © Laurent Guizard

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