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​Les Archives du Siècle Romantique (104) – Clémence de Grandval : les premiers articles dans la Revue et Gazette musicale de Paris (1849, 1850, 1852)

 
L’exécution en version de concert de Mazeppa de Clémence de Grandval en janvier 2025 Munich avec une distribution idéale (Tassis Christoyannis, Nicole Car, Julien Dran ...) placée sous la conduite de Mihhail Gerts, puis la sortie en avril dernier, dans la collection Opéra français du Palazzetto Bru Zane, du superbe enregistrement réalisé à cette occasion, ont donné la mesure de la personnalité de Clémence de Grandval (1828-1907) avec ce qui constitue son ultime réalisation lyrique (Mazeppa fut créé à Bordeaux en 1892).

 Quand la presse saluait Mlle de Reiset

Celle qui avait été l’élève de Flotow, Saint-Saëns, Chopin et de la cantatrice Laure Cinti-Damoreau se situait là au terme d’un parcours musical entamé précocement. Dès avant son mariage avec le vicomte de Grandval en 1851, le talent musical de Marie Félicie Clémence de Reiset avait eu l’occasion de se faire remarquer On ne possède pas de portrait de la compositrice dans son jeune âge. En revanche des témoignages dans la presse au mitan du siècle sont accessibles et démontrent que des oreilles averties surent d’emblée saluer ses qualités. Ce 104épisode des Archives du Siècle Romantique en offre la preuve avec quatre articles signés d’Henri Blanchard (1) et Paul Smith (2). Le quatrième, publié quelques mois après le mariage de l’artiste, se félicitant que cette union ne détournât point la vicomtesse de la composition.
 
Un festival Grandval à Venise du 3 au 29 octobre
 
Il reste beaucoup à découvrir dans la riche production de Clémence de Grandval. Le festival « Clémence de Grandval, une vicomtesse à l’avant-garde » que le Palazzetto Bru Zane organise à Venise du 3 au 29 octobre prochains, avec des programmes axés soit sur ses mélodies, soit sur sa musique instrumentale, en constituera une étape marquante. Suivra, le 4 mai 2027 à Berlin, une version de concert des Fiancés de Rosa, opéra-comique en un acte (créé en 1863 au Théâtre Lyrique) dont le conducteur d’orchestre a pu être reconstitué par le PBZ à partir du matériel d’orchestre conservé à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra.

Un coffret de 4 CD chez La Boîte à Pépites

Quant à l'actualité discographique des mois à venir, notez qu'un coffret de quatre CD, fruit d'une collaboration entre le PBZ et le label La Boîte à Pépites, sortira chez ce dernier le 30 octobre. Un magnifique panorama de la production de Clémence de Grandval, confié à d'admirables interprètes,  réunissant pages de musique de chambre, mélodies, ainsi que le Stabat Mater enregistré avec le Chœur de Radio France sous la conduite de Lionel Sow.

Festival Grandvalbru-zane.com/fr/scopri/la-stagione-romantica/

Les Fiancés de Rosa : bru-zane.com/en/evento/les-fiances-de-rosa/#

 
Alain Cochard

(1) Henri Blanchard (1787-1858), auteur dramatique, compositeur, violoniste et critique. 

(2) Paul Smith était le pseudonyme dans la Revue et Gazette musicale de Paris d’Edouard Monnais (1798-1868). Violoniste amateur, avocat, auteur de comédies, il joua un rôle important dans l’administration des théâtres lyriques et fut en 1843 le confondateur et vice-président de l’Association des artistes musiciens. 

 

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Les Archives du Siècle Romantique (104) – Clémence de Grandval : les premiers articles dans la Revue et Gazette musicale de Paris (1849, 1850, 1852)

 
Henri Blanchard, « Silves musicales », Revue et Gazette musicale de Paris, 4 mars 1849.

Il est doux pour un critique, quoi qu’on en dise, de ne pas quitter la voie de l’éloge, bien qu’il soit plus facile et plus piquant et plus amusant de formuler le blâme que la louange ; mais comment ne pas reconnaître que M. Cuvillon a dit, d’un excellent style de violoniste, dans une matinée musicale qu’il a donnée chez lui dimanche passé, un quatuor de Mozart, la grande sonate de Beethoven dédiée à Kreutzer, pour piano et violon, avec Mlle Joséphine Martin, et un air varié, morceaux de styles si divers dans lesquels il s’est fait constamment applaudir ?
[…]. Ce qui, pour nous et le cercle de bons amateurs qui se trouvaient là, a distingué cette séance des matinées musicales ordinaires, c’est l’audition d’un fort joli, disons le mot plus exact, d’un excellent trio pour piano, violon et violoncelle délicieusement exécuté par MM. Cuvillon, Lebouc et l’auteur, Mlle de Reiset, jeune compositeur amateur, qui s’est révélée artiste par cet œuvre remarquable.

 

Laure Cinti-Damoreau (1801-1863), l'un des professeurs de Clémence de Grandval -  Portrait d'Alophe inséré dans la Méthode de chant composée pour ses classes du Conservatoire (1849) ©  Palazzetto Bru Zane/fonds Leduc

 
« Il y a dans ce trio de la chaleur, de la verve, une sorte de vigueur masculine qui n’exclut pas la grâce, la mélodie »
 
 
 Cela est frais, nouveau, inspiré et très suffisamment écrit, autant qu’on en peut juger à l’audition. Cela n’a rien de la sécheresse classique, non plus que de la divagation romantique. Il y a dans ce trio de la chaleur, de la verve, une sorte de vigueur masculine qui n’exclut pas la grâce, la mélodie ; il y règne un effet dramatique, notamment dans une sérénade en boléro, pleine de vivacité, d’entrain, et tout empreinte de cette couleur locale qui vous transporte en Espagne, et vous fait rêver de ces chants, de ces scènes d’amour mystérieux sous les balcons, comme en jouaient autrefois les galants espagnols de la vieille Ibérie. Les terminaisons de plusieurs de ses phrases mélodiques contribuent encore à donner au style de Mlle Reiset cette couleur rétrospective qui est un charme de plus dans sa musique. Si l’on ajoute à cela qu’élève de Mme Damoreau pour le chant, elle dit d’un style vocal aussi pur qu’élégant de charmantes étincelles musicales de sa composition, d’une piquante originalité, on conviendra qu’une virtuose de cette force est comme privilégiée du ciel, et que son sort serait des plus heureux, si elle ne courait un véritable danger… celui d’être exposée à trop savourer l’ambroisie de la louange, ce qui l’arrêtera peut-être, comme tant d’autres, à moitié chemin de la célébrité.

 
Paul Smith, « Visite au Gymnase musical militaire – Soirée chez un auteur. », Revue et Gazette musicale de Paris, 2 juin 1850.

[…] Le lendemain, je passais la soirée chez un de nos auteurs dramatiques les plus habiles et les plus féconds, celui qui, dans ces derniers temps, a compté le plus de succès brillants et prolongés sur nos scènes lyriques. Il y avait là une réunion choisie, élégante, un petit nombre d’invités des deux sexes, qui semblaient tous attendre quelque chose. Qu’attendaient-ils ? une lecture, une confidence poétique ou dramatique ? Peut-être le supposez-vous ; mais vous êtes dans l’erreur. Tout-à-coup je vois un paravent s’ouvrir, et une séance de prestidigitation commencer dans toutes les règles. Les tours de magie blanche les plus ingénieux, les plus gracieux, se succèdent, s’enchaînent, se compliquent. […] Je croyais la soirée finie ; pas du tout, la musique y devait jouer son rôle.

 
"C’est l’alliance de l’inspiration et de l’art dans leur plus fine fleur."

 
Une jeune personne modeste et pensive avait regardé toujours, sans que sa physionomie eût trahi le moindre désir d’être regardée une seule fois. On la prie de se mettre au piano, de chanter, et elle chante. On me dit qu’elle est l’auteur des morceaux qu’elle interprète, et ces morceaux sont charmants, délicieux. C’est l’alliance de l’inspiration et de l’art dans leur plus fine fleur. Sa Berceuse, son Boléro, sont marqués au cachet d’une individualité rêveuse et tendre. Son chant de la Sirène est plus remarquable encore : l’interprète s’y élève au niveau du compositeur, si même elle ne le surpasse. Il n’est pas de cantatrice qui s’aventure dans des vocalises plus hardies, dans des points d’orgue plus émaillés de modulations excentriques, pour revenir au ton primitif avec plus de simplicité, de bonheur ; on jurerait qu’il n’y a rien au monde de plus facile, parce qu’il n’y a rien de plus facilement fait.
Je demande le nom de cette musicienne extraordinaire, et pourquoi ne vous dirais-je pas qu’elle s’appelle Mlle de Reiset ? Un pareil talent, une pareille vocation ne sauraient garder l’anonyme. Mlle de Reiset ne se borne pas à de ravissantes cantilènes : elle a écrit des trios, des septuors, que les maîtres estiment ; elle a composé même une symphonie que nous entendrons l’hiver prochain. J’allais oublier : elle peint la miniature aussi bien qu’elle compose et qu’elle chante. Ah ! comme je multiplierais en son honneur les exclamations de surprise, si j’avais l’honneur d’être Persan ; et dans une telle circonstance, comment peut-on ne pas être Persan ?

 

De sept ans le cadet de Clémence de Grandval, Camille Saint-Saëns compta beaucoup dans la formation de la compositrice et noua de solides liens amicaux avec elle.
Dessin de Pauline Viardot (Musica, février 1903) © Bibliothèque du Conservatoire de Genève

 
Henri Blanchart, « Mosaïque musicale », Revue et Gazette musicale de Paris
, 7 juillet 1850.

Et puisque nous en sommes sur l’aristocratie des noms et surtout du talent, il faut bien nous rappeler ici celui, ou plutôt les talents tout exceptionnels de Mlle de Reiset que, le premier, dans la Gazette musicale, nous avons signalés aux amateurs de bonne musique instrumentale et du chant fin, expressif et spirituel. Mlle de Reiset a dit dernièrement chez M. de Reiset, son père, en excellente, pianiste-compositeur, deux septuors écrits par elle avec cette fraîcheur d’idées que la pédanterie de l’école flétrit souvent dans nos apprentis en composition.

 
 
« Le premier de ces deux septuors a été écrit par Mlle de Reiset à l’âge de quinze ans. Il soutient fort bien le parallèle avec le second, composé plus récemment. »

 
 Quelques-uns de ceux-là disent : En somme, c’est de l’art, c’est de la musique en style de femme ! — Oui, peut-on répondre, comme Mmes de Staël, Tastu, Desbordes Valmore et Dudevant ont fait de l’art en style de femme.
Le premier de ces deux septuors a été écrit par Mlle de Reiset à l’âge de quinze ans. Il soutient fort bien le parallèle avec le second, composé plus récemment. MM. Cuvillon, Triébert, Rousselot, Jancourt, Lebouc et Gouffé ont secondé l’auteur avec cette délicatesse, ces finesses, ces nuances qui caractérisent la manière de chacun de ces habiles virtuoses. Mlle de Reiset n’a plus qu’une étude à faire, c’est celle de se garantir de l’orgueil que peut faire naitre en elle la louange banale ou hyperbolique. Qui sait ? Napoléon est peut-être tombé parce qu’on l’avait placé sur la colonne de la place Vendôme, tandis qu’on n’a élevé de statues à Corneille, à Mozart, à Beethoven et à Boïeldieu qu’après eux. Est-ce que la gloire des grands artistes serait plus difficile à acquérir et plus difficilement récompensée que celle des conquérants et des législateurs ? On serait tenté de le penser, si l’on ne craignait de blesser les susceptibilités de six ou sept cents individus qui travaillent journellement à notre bonheur.

 
Henri Blanchard, « Auditions musicales », Revue et Gazette musicale de Paris, 2 mai 1852.

Mme de Grandval.
Dédaignant la phrase consacrée : Depuis mon mariage, j’ai négligé j’ai négligé [sic] tout ça, Mme de Grandval, née de Reiset, la cantatrice, la pianiste-compositeur au talent gracieux, inspiré, mélodique et suffisamment scientifique, n’a pas, heureusement, négligé tout ça depuis son mariage. Dans une de ces matinées musicales où l’art moderne côtoie l’art classique, chez M. Gouffé, Mme de Grandval a dit elle-même une charmante sonate pour piano et violon, avec M. Guerreau. Dans le doute où nous sommes de savoir qui a été le plus applaudi du compositeur ou des exécutants, nous renvoyons à une nouvelle audition à résoudre la question.

 

23/07/2026

Illustr. : "Un concert en famille", illustration pour L'Eté à Paris de Jules Janin, 1844 © Gallica/BnF

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