Journal
Le Duo Argos (Julien Beautemps & Sotiris Athanasiou) au Festival international de Colmar 2026 – Un tabac à deux ! – Compte-rendu

Le Festival de Colmar avait déjà eu l’occasion d’inviter le guitariste Sothiris Athanasiou et l’accordéoniste Julien Beautemps, respectivement en 2023 et 2024, dans le cadre des concerts de midi trente au Koïfhus ; à chaque fois, le public avait été massivement au rendez-vous, et le succès considérable.
Cette année, Alain Altinoglu a décidé de réunir les deux instrumentistes (qui forment depuis quelques années le Duo Argos) pour un concert de 18h. Faisant fi de la chaleur, les mélomanes sont au rendez-vous – les éventails aussi ! – pour un programme absolument réjouissant. On se gardera bien de reprocher à S. Athanasiou et à J. Beautemps d’amplifier leurs instruments ; la sonorisation élargit considérablement leur palette expressive. Le Duo Argos joue évidemment de façon « normale », mais s’autorise aussi à siffler – et très juste (bravo J. Beautemps !) –, à transformer en percussion la guitare comme l’accordéon, ou a simplement tirer parti du souffle « muet », si l’on peut dire, de ce dernier, pour des effets d’une grande poésie (on le verra dans la musique de Theodorakis).

© FIC – Bertrand Schmitt
Inattendu, impertinent, mais proprement jouissif
Dès « La Flûte enchantée de poche », digest d’un peu plus de sept minutes du célèbre singspiel de Mozart (réalisé par J. Beautemps) le ton est donné : inattendu, impertinent, mais proprement jouissif ! Cette Reine de la nuit dont Julien Beautemps siffle doucement l’air, quel délice ... Le plaisir est roi, dans le dialogue entre les deux complices – et parmi le public ! Après Die Zauberflöte, que l’on aimerait les voir s’attaquer à d’autres partitions phares du répertoire lyrique. Ils seraient parfaitement capables de compresser la Tétralogie en quinze minutes – allez... quinze minutes quinze.
L'imagination en liberté
Rhapsody in Blue de Gershwin, Bolero de Ravel : le Duo Argos ne propose pas de transcription au sens propre du terme de ces pièces fameuses ; elles sont plutôt une trame à partir de laquelle ils laissent libre cours à leur imagination, s’amusant à "perdre" l’auditeur tenté de se raccrocher à l’original. Une imagination en liberté, qui s’affirme d’autant mieux que l’incroyable complicité des deux artistes se traduit par une profonde malléabilité du matériau sonore. On se prend à les imaginer dans le Faune de Debussy ou España de Chabrier ...
On n’est pas moins conquis par le Libertango de Piazzolla ou encore, moment de profonde émotion, Epitafios, des chansons de Theodorakis arrangées par S. Athanasiou. Ce dernier signe aussi une pièce à partir de Spain de Chick Corea. Etourdissante métamorphose d’un thème pour conclure un concert chaleureusement accueilli.
Alain Cochard

Colmar, Théâtre municipal, 6 juillet 2026
Photo © FIC – Bertrand Schmitt
Derniers articles
-
20 Août 2026Michel EGEA
-
19 Août 2026Michel ROUBINET
-
18 Août 2026François LESUEUR







