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Une interview de Marie-Ange Nguci, pianiste, membre du jury du 20e Concours George Enescu – « On doit sans cesse chercher à se perfectionner, à s’inspirer, à apprendre »

 

 
2026 marque la 20édition du Concours George Enescu, manifestation biennale organisée en alternance avec le Festival Enescu. À Bucarest, on a l’habitude de faire le choses en grand pour la musique : quatre volets subdivisent le 20Concours : composition, violon, violoncelle et piano, cette dernière partie se déroulant du 10 au 19 septembre. Parmi les membres de son jury, présidé par Lilya Zilberstein, on trouve Marie-Ange Nguci, jeune interprète (1) dont l’actualité est marquée par la sortie d’un disque Mozart (2). On en a profité pour l’interroger sur son rôle de juré et ses activités au clavier, mais aussi dans un domaine qui l’attire de plus en plus : la direction d’orchestre.
A ce propos, notez dès à présent la date du 14 mai 2027, qui la verra à la Cité de la musique avec l’Orchestre de chambre de Paris !

 
 
 
Vous serez bientôt membre du jury de la section piano du 20e Concours George Enescu. Y avez-vous déjà participé en tant que candidate ?
Non, jamais, mais étant originaire d’un pays de l’Est, je connais évidemment bien ce concours, la tradition dont il est porteur. Il a été créé à la fin des années 1950 et s’est interrompu par la suite en raison de la situation politique pour ne reprendre qu’une vingtaine d’années plus tard, en 1991 précisément. On peut donc y voir un symbole éloquent de résilience : la vie et l’art finissent toujours par triompher sur les périodes sombres. Dès le départ le Concours Enescu était un grand rendez-vous de musique, avec d’illustres jurys. C’était un moment important, un jalon de l’année musicale et ça le demeure aujourd’hui.

 

© Henrick Princeli 

 
« L’un des plus beaux cadeaux de ma vie musicale, sûrement. »
 
 
Comment se fait-il que vous figuriez dans le jury du 20Concours ?
 
J’ai tout simplement répondu à la proposition du maestro Macelaru – Président du Festival et du Concours Enescu – avec qui j’ai eu la chance de collaborer la saison dernière lors de ma résidence à Radio France, résidence qui m’a amenée à travailler avec l’Orchestre National comme avec le Philharmonique. L’un des plus beaux cadeaux de ma vie musicale, sûrement. On a rarement l’occasion de connaître les rouages d’une telle institution, avec deux orchestres de très haut niveau, et des personnalités extrêmement hautes en couleur, avec une histoire et une expérience, surtout sur certains répertoires qui ont été créés par ces musiciens et enregistrés par eux. C’était très émouvant et j’ai énormément appris.

 

© OSR - RAI
 
 
 
« Un concours est une plateforme, une main tendue ; un prix de concours fait figure une porte d’entrée vers ce qui vient derrière."

 
 
 
Vous allez bientôt vous retrouver dans un jury, entourée de collègues plus âgés que vous – il est vrai qu’on a l’habitude de trouver plutôt des aînés dans les jurys ... Comment, avec le jeune âge qui est le vôtre, envisagez-vous votre rôle de juré ? Avez déjà été dans cette situation ?
 
Oui, ce ne sera pas mon premier jury et je trouve que c’est quelque chose de très louable – je le dis sans aucune condescendance – de voir de plus en plus de concours faire appel à des musiciens de ma génération, compte tenu de l’évolution à grande vitesse du monde musical. Il y aura des personnes très expérimentées en matière de jury, des programmateurs : un éventail qui permet d’envisager les artistes sous le plus de facettes possible.(3) Ce sera pour moi une expérience particulièrement intéressante. Un concours est une plateforme, une main tendue ; un prix de concours fait figure de porte d’entrée sur ce qui vient ensuite, c’est à dire mener une carrière en ayant toujours quelque chose à offrir. Le résultat d’un concours est une photographie d’un instant, forcément appelée à évoluer. Nous sommes perfectibles et, dans la vague d’une vie, on doit sans cesse chercher à se perfectionner, à s’inspirer, à apprendre ; c’est une quête qui ne connaît pas de fin.

 

© Valentine Chauvin

 
« Le Concerto n°22 me tient énormément à cœur. »

 
Venons en maintenant à votre actualité discographique, marquée par la sortie d’un enregistrement des Concertos nos 20 et 22 de Mozart avec l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg dirigé par Howard Griffiths (le 16et avant-dernier volume la série « Next Generation Mozart Soloists » d’Alpha-Classics). Dites m’en plus sur le choix de ces œuvres et ... des cadences !?
 
Le Concerto n°22 est vraiment l’un de mes favoris et je suis particulièrement heureuse d’avoir pu l’enregistrer. Son deuxième mouvement est une pure merveille, extrêmement touchant, intime, poignant, avec une série de variations vraiment très particulière. Et ce magnifique trio au cœur du finale, qui est un peu la clé de voûte de l’ouvrage ... Quant aux clarinettes, si belles et si inspirées, elles apportent une couleur très chaleureuse et particulière à l’orchestration. C’est vraiment une œuvre qui me tient énormément à cœur. L’association du Concerto en mi bémol majeur avec le 20Concerto en ré mineur, qui a toujours le même impact, produit un contraste prononcé ; un peu comme le ying et le yang.
Quant aux cadences, elles sont en effet toutes de Hummel, hormis celle du premier mouvement du ré mineur pour lequel j’ai adopté celle de Beethoven. Le choix de Hummel, qui a été un disciple de Mozart, permet d’introduire quelque chose à la fois original et cohérent, quelque chose de très lumineux, très frais.

 

Avec le Sinfonia Varsovia à La Roque d'Anthéron en 2024 © Valentine Chauvin 

 
« C’est le processus qui m’intéresse. »
 

 
Pour conclure, j’aimerais que vous me parliez d’un autre aspect de votre activité : la direction d’orchestre. Vous avez fait, on s’en souvient, votre première expérience – remarquée ! – de direction en public en 2024 au Festival de La Roque d’Anthéron. On en êtes-vous à présent côté baguette ?
 
Le répertoire pour piano et orchestre, et pour orchestre seul, a toujours été l’une de mes principales sources d’inspiration et a nourri ma vision du piano car en restant devant un clavier toute la sainte journée on finit par voir les choses un peu en noir et blanc, au sens propre et figuré. Dès avant mes 18 ans, j’avais commencé à étudier la direction pour en connaître les rouages purement techniques, pour aborder autrement le répertoire. J’ai étudié à Vienne pendant plusieurs années. Depuis le début des années 2020, j’ai écouté un nombre immense de répétitions d’orchestre ; j’ai discuté avec des chefs avec lesquels je collabore, et je me suis essayée un peu à droite à gauche, discrètement. J’ai toujours tenu à ce que ce soit une approche collaborative et que cela s’inscrive dans une démarche musicale plutôt que m’improviser du jour au lendemain cheffe d’orchestre. C’est le processus qui m’intéresse, immensément.
 
Parvenir à une vision d’une œuvre, s’inspirer de ce qu’on reçoit pour construire ensemble, chercher – en un laps de temps parfois très court – un son commun, un architecture commune, est un exercice ardu qui requiert évidemment beaucoup de préparation : connaissance des œuvres, des techniques de direction, compréhension humaine, capacité d’empathie ; bref, il s’agit de quelque chose de très holistique. Cette démarche m’a toujours passionnée et je suis très reconnaissante au festival de La Roque d’Anthéron de m’avoir permis de faire mes débuts sur scène dans une programme qui me ressemblait (le 13 août 2024 avec le Sinfonia Varsovia ;  Prokofiev : Symphonie n° 1, Mozart : Concerto n° 21, Beethoven : Concerto n° 5 ndlr). Tout cela est un « work in progress » ; les choses vont se développer. J’essaie de faire en sorte que ce soit de la manière la plus organique possible, avec des programmes qui mêlent le joué-dirigé et la direction et que ce soit cohérent en termes de répertoire.

Quant aux concerts à venir, plusieurs grands débuts s’annoncent : en novembre ce sera à Ljubljana avec la Philharmonie Slovaque (4) dans Prokofiev (Symphonie n°1), Mozart (Concerto n° 21) et Chostakovitch (Symphonie n°9) ; un programme tout Mozart suivra en janvier en Allemagne, avec la Bodensee Philharmonie (5), dans les Concertos nos 21 et 22 et deux ouvertures. Le 14 mai, enfin, j’ai rendez-vous avec l’Orchestre de chambre de Paris à la Cité de la musique (6) dans les Symphonies nos 82 et 44 de Haydn, le Concerto n° 21 de Mozart et le Concerto n° 2 de Chostakovitch.
 
Propos recueillis par Alain Cochard, le 28 août 2026

 

20e Concours George Enesco : festivalenescu.ro/en

(1) Jeune interprète dont Concertclassic vous avait signalé le talent multiforme dès 2017 : https://www.concertclassic.com/article/marie-ange-nguci-le-piano-et-au-dela
 
(2) 1CD Alpha-Classics 1245
 
(3) Liste complète des membres du jury : festivalenescu.ro/en/george-enescu-international-competition/juries
 
 
(4) filharmonija.si/en/koncert/pc-2-virtuosic/
 
(5) www.pestalozzi-kinderdorf.de/aktuelles/veranstaltungen/16/galakonzert-80-jahre-kinderdorf-mit-der-bodensee-philharmonie-und-marie-ange-nguci-klavier/termin-201
 

(6) philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/29339-marie-ange-nguci

© Henrick Princeli 

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