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​TARARE DE SALIERI À L’OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES [jusqu’au 18 oct.] – LE ROI D’ORMUZ – COMPTE RENDU

Avant d’être un enjeu géostratégique majeur, Ormuz fut un royaume que les Lumières fantasmèrent comme un laboratoire politique. Tarare (1787) n’a plus été joué à Paris depuis 1820. C’est dire si sa renaissance à Versailles est un événement, dans ce cadre hanté par le souvenir de Marie-Antoinette qui aimait fort Beaumarchais, rien de moins que le librettiste de l’opéra. Et quel livret ! Percutant, habile, distribuant de-ci de-là ses piques aux tyrans, aux dogmes, aux mœurs. 

 

© Baptiste Lacaze

 
Un précurseur de Cherubini et Berlioz
 
L’histoire ? Tarare, un homme de basse extraction, est jalousé par son maître et employeur, l’empereur Atar. Tous deux sont amoureux de la belle Astasie, faite prisonnière dans le harem. Si l’intrigue n’est pas sans évoquer l’Enlèvement au Sérail, il y a du Montesquieu dans ces appels à la liberté entonné par le peuple (puissant chœur de l’Opéra Royal) avec des refrains qui, à l’époque, durent faire mouche. Comme ces vers L’abus du pouvoir suprême, finit toujours par l’ébranler : le méchant, qui fait tout trembler, et bien près de trembler lui-même. (Acte IV scène 8). Les ensembles vocaux possèdent des carrures martiales respirant déjà l’esthétique Empire. Ce n’est plus le Salieri pétri de Haydn de La Grotta di Trofonio, mais un précurseur de Cherubini et Berlioz.

 

© Maeva Sentein

Un conte philosophique évoquant Zaïs et Naïs de Rameau

L’environnement philosophique de l’œuvre — auquel l’Avant-Scène Opéra consacre un brillant numéro —, inspire au metteur en scène Jean-Romain Vesperini un univers entre cabinet de curiosités et miniatures persanes. Alain Blanchot y fait référence avec des costumes colorés et élégants. Le décor, une sorte de verrière à perspective infinie, accueille des projections, cosmiques ou orientalisantes (Christophe Chaupin aux lumières, Etienne Guiol à la vidéo). Il illustre le triomphe de la raison et de la science, notamment révélé durant un prologue où joutent la Nature et le Feu qui créée ensemble l’humain à partir des atomes primordiaux. Épatant reste de la tradition laudatrice de la tragédie lyrique, devenue ici prétexte à un conte philosophique évoquant Zaïs et Naïs de Rameau.

 

Théotime Langlois de Swarte © Franck Putigny

 
Théotime Langlois de Swarte tient fermement les rênes

La partition, on la connaissait déjà grâce à Christophe Rousset chez Aparté. La phalange est puissante, structurée par une abondance de cuivres et de vents. À Versailles, le musculeux Orchestre de l’Opéra Royal, dont Théotime Langlois de Swarte tient fermement les rênes, déploie d’excellents pupitres de flûtes et clarinettes. Ils donnent encore plus de couleurs à une palette où le jeune Beethoven, élève de Salieri, trempa sa plume. Seul regret : la coupure des musiques de ballet de l’Acte IV qui révèlent justement la riche inspiration du compositeur viennois. 

 

© Maeva Sentein

De belles incarnations

En Atar, Jean-Francois Lapointe maintient l’équilibre entre cruauté et faiblesse amoureuse. Son rival Reinoud Van Mechelen enchante toujours avec son timbre de lumière et la noblesse de sa projection. Dans les rangs des méchants, évidement tous barytons et basses, l’Altamort altier d’Alexandre Baldo et l’Arthénée encore un peu vert d’Alexandre Adra.
Enguerand de Lys, dans le rôle de l’eunuque Calpigi, attire toute l’attention. Son ténor léger excelle à incarner ce factotum, frère du roué Figaro, ourdissant les intrigues et délivrant de ci de là de joyeuses ariettes qui s’impriment durablement dans la tête, notamment sa barcarolle autobiographique de l‘acte III et son irrésistible refrain « Ahi Povero Calpigi ! ».

Modeste présence des dames

Dans cette partition assez masculine, ces dames ont une présence assez modeste. On regrette de si peu entendre le fruité d’Eleonore Pancrazi, qui se fait voler la vedette par Spinette, second factotum du sérail, entre Suzanne et Despina. Gwendoline Blondeel, qui campe cette dernière avec une pétulante vivacité, avait déjà fait valoir son tempérament dans le prologue, sous les trains de l’industrieuse Nature. On y découvrait également la fougue racée de Jean-Gabriel Saint Martin, sorte de monsieur Loyal du XVIIIe siècle.

Vincent Borel
 

Salieri : Tarare – Versailles, Opéra Royal, 10 octobre ; prochaines représentations les 17 & 18 octobre 2026 // www.operaroyal-versailles.fr/evenement/salieri-tarare/

Photo © Baptiste Lacaze

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