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François Alu nommé étoile à l’Opéra de Paris – La star était déjà née

  
Cela faisait des années que l’on attendait cette nomination, et pour une fois, le public de balletomanes, qui somnole souvent dans nos salles faute de personnalités frappantes sur la scène, a pris la mouche : car François Alu, malgré des faiblesses qui font sa force, est de ceux qui soulèvent de terre les spectateurs, pas tout de même aussi haut que lui, car ses sauts, ses cabrioles, sa fougue arrachent les bravi. Là, dans un Opéra-Bastille survolté, ce furent des lazzi, tout le monde attendant sa nomination après sa fascinante composition en Solor dans la Bayadère. En vain : les autorités ayant gardé l’événement pour l’offrir à la soirée privée proposée aux spectateurs de Ma première fois à l’Opéra. Comme un pied de nez à la foule d’admirateurs venus réclamer ce titre bien mérité.

 On sait qu’Alu, apparu comme une étincelle dans le Piège de Lumière qu’Elisabeth Platel lui fit danser pour le spectacle de l’Ecole, en avril 2010, a développé une image à part de baroudeur de la danse plus que de prince, avec son physique court et athlétique, son bouillonnement, son originalité, sa façon à lui, pas toujours très réglementaire, de réinventer les chorégraphies. Un personnage explosif, amoureux du hip hop et rêvant de saut en parachute. Cela pouvait déplaire aux gardiens du temple, même si un Patrick Dupond, dont Claude Bessy, à l’Ecole de Danse, avait repéré le caractère flamboyant, n’arborait pas de bien beaux cous de pieds, et que Noureev, dieu vivant, trichait beaucoup : mais ce furent des monstres sacrés, dont la virtuosité et le charisme étaient de ceux qui font revivre un art fragile, dont il faut à la fois préserver les codes mais aussi les chances de survie.
 

François Alu (Solor) dans La Bayadère © Julien Benhamou - Opéra national de Paris
 
On sait aussi que le prestigieux titre d’étoile n’obéit pas aux règles strictes qui président à la hiérarchie de la troupe de l’Opéra, laquelle obtient son avancement par concours. On vit d’ailleurs de bien tardives nominations comme celles d’Isabelle Ciaravola et de Wilfried Romoli. On en vit aussi d’incroyablement précoces comme celle de Sylvie Guillem, bombardée étoile quelques jours seulement après son accession au grade de première danseuse. Mais là, avec cette ballerine inouïe,  le phénomène était absolument incontournable,  unique dans l’histoire de la danse.
 
Il était donc temps de faire ce qu’il fallait pour garder vivante l’énergie incroyable de ce feu follet, valeureux guerrier Solor, brûlant interprète contemporain ou pétillant pitre dans les spectacles que son caractère médiatique lui a fait concevoir. La perfection classique, on le sait, est fragile à conserver et les danseurs, qui vont au-delà de leurs possibilités, la perdent souvent dès la trentaine, où leurs forces s’amenuisent, même si leur sens artistique s’est développé. On en a vu de nombreux cas à l’Opéra. Pour François Alu, avec cette consécration d’étoile, à 28 ans, on a rallumé l’étincelle, à temps. «  Il me faudrait sept vies », nous disait-il en 2017. En voilà déjà une qui commence bien.

 
Jacqueline Thuilleux
 

 
Nomination d’Etoile à l’Opéra-Bastille, le 23 avril 2022, dans La Bayadère

Photo © Julien Benhamou - Opéra national de Paris

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