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​Cédric Tiberghien et Simone Young à l’Orchestre national de Lyon – Elan fusionnel – Compte-rendu

 

 
Grâce à sa participation entre 2005 et 2007 au programme New Generation Artists de la BBC Radio 3, Cédric Tiberghien (photo) a bénéficié très tôt d’une forte exposition dans les pays anglo-saxons. À preuve : repéré par Simone Young, le Français fut invité par cette dernière dès août 2007 pour interpréter la Turangalîla-Symphonie sous sa direction à Sydney. Il a eu maintes occasions de retrouver la cheffe depuis.
Plus récente (elle a démarré en 2021), la relation de l’Orchestre national de Lyon avec l'artiste australienne s’approfondit de saison en saison depuis le début de la décennie : autant dire que le programme Schumann-Beethoven qu’offrent à trois reprises Tiberghien et Young se place à tous égards sous le signe de la complicité.

 

Simone Young © Sandra Steh

 
De retour pour le Schumann le plus rare

 
La précédente apparition du pianiste à l’ONL, en 2024, avait permis de l’entendre auprès d’une autre cheffe, Tianyi Lu, dans le Concerto en sol de Ravel. Après le répertoire le plus célèbre, Tiberghien est de retour pour deux opus méconnus. Le nom de Schumann et du soliste sur le programme pouvaient laisser imaginer que l’inoxydable Concerto op. 54 avait été retenu. Il n’en est rien : c’est sur le rare Introduction et Allegro appassionato en sol majeur op. 92 (1849, connu aussi sous le titre Konzertstück) et le rarissime Introduction et Allegro de concert en ré mineur op. 134 (1853) que le choix s’est porté. Excellente idée que le regroupement de deux pièces qui – à l’instar du Konzertstück de Weber, de Malédiction et Totentanz de Liszt ou des Djinns de Franck(1) – ne sont pratiquement jamais données en concert du fait de leur brièveté (une quinzaine de minutes chacune).

 

© DR 

 
Engagement, clarté, fermeté jamais tendue ni dure

 
La chose paraît d’autant plus aberrante quand on les entend défendues de la manière avec laquelle Cédric Tiberghien et Simone Young s’en emparent. Beethovénien hors pair, le pianiste éprouve un profond attachement aussi pour la musique de Schumann et habite les deux partitions d’un jeu admirable d’engagement, de clarté concentrée, de fermeté jamais tendue ni dure. Une musique différente certes du Concerto en la mineur, mais qui reste néanmoins très proche de l’idéal concertant du compositeur allemand, à l’opposé de la confrontation spectaculaire soliste/orchestre que le romantisme a volontiers cultivée ; deux ouvrages qui, à l’instar de l’Opus 54, furent créés par Clara Schumann.
 
Dès les premières notes de l’Introduction et Allegro appassionato, l’entente parfaite entre le clavier et la baguette est palpable et manifeste un esprit fusionnel et très chambriste au cours de la première section avant que ne s’élance l’Allegro, d’une ardeur intense mais dominée. Confortée par un excellent équilibre soliste/orchestre, elle fait infiniment mieux ressentir le bouillonnement – l’appassionato – intérieur de la partition qu’un déballage virtuose intempestif.

 

© Cassandra Golebiewski

 
Telle une apparition de Florestan

 
De 1853, l’Opus 134 a pu faire l’objet de commentaires négatifs – brillant, superficiel et peu schumanien, nous dit en substance un célèbre guide de la musique symphonique ... –  qui passent totalement à côté d'une partition dédiée à Johannes Brahms. On sait que 1853 fut pour Schumann le moment d’un formidable élan d’enthousiasme pour ce compositeur de 20 ans. Cédric Tiberghien et Simone Young saisissent la jeunesse retrouvée qui anime Schumann dans l’Opus 134. Ample, pleine de souffle (écriture pianistique pré-brahmsienne par bien des aspects), l’approche mène de la plus cohérente façon à la grande cadence que le soliste déploie avec toute la liberté requise (Cadenz mit freiem Vortrag note l'auteur), telle une apparition de Florestan avant la puissante conclusion.
Le succès est au rendez-vous ; l’accueil enthousiaste du public lui vaut d’être gratifié d’un Schumann à quatre mains réunissant le pianiste et la cheffe : l’Abendlied qui clôt, espressivo e molto sostenuto, les douze Pièces pour petits et grands enfants op. 85. Complicité parfaite, là encore ...

 

© Cassandra Golebiewski

 
Le timbre pour traduire les nuances du sentiment
 
Après le Schumann méconnu, le Beethoven le plus célèbre occupe la seconde partie de soirée. Mais la Symphonie « Pastorale », ne se refuse pas quand elle s’offre de façon aussi naturelle et généreuse. Parfaitement maître d’un orchestre en très belle forme qu’elle connaît – et qu’elle a par surcroît déjà dirigé dans un programme français une semaine plus tôt –, Simone Young sait tirer parti de la riche palette sonore qui s’offre à elle – cordes soyeuses, harmonie fruitée. Le timbre pour traduire les nuances du sentiment plutôt que les effets en technicolor. Sans rien perdre en puissance, son orage sait ne pas noyer les détails comme d’autres interprétations plus spectaculaires. Un moment intensément partagé, les expressions des instrumentistes en témoignent, comme la réception par l’auditoire. Chanceux public lyonnais qui dispose de deux occasions encore d’entendre ce programme Schumann-Beethoven : le 9 octobre (augmenté des Chants de l’aube au piano solo entre les deux opus concertants) et le 10 octobre. N’hésitez pas !
 
Alain Cochard

 

 
(1)  Djinns dont Cédric Tiberghien a d’ailleurs signé un splendide enregistrement avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dirigé par François-Xavier Roth (inclus dans l’intégrale de la musique symphonique de Franck – 4CD Fuga libera FUG 791).
 
  
Lyon, Auditorium, 8 octobre ; prochains concerts les 9 et 10 octobre // www.auditorium-lyon.com/fr
 
Photo © Jean-Baptiste Millot

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