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Benjamin Narvey et L’Ensemble Jupiter au Festival de Sablé 2026 – De l’intimisme à l’exubérance – Compte-rendu

 

 
Soirée originale et tout en contraste que celle imaginée par Laure Baert, directrice artistique du Festival de Sablé, qui consistait à enchaîner un récital de luth de Benjamin Narvey à un programme concertant vivaldien par l’Ensemble Jupiter de Thomas Dunford. Si le pari était un peu gagné d’avance s’agissant du compositeur vénitien servi par d’aussi rayonnants interprètes, il n’en allait sans doute pas de même pour la première partie de soirée.

 

Benjamin Narvey © Eric Lambert

 
 
Noblesse et prégnance poétique

 
Avant le talent du luthiste canadien (que l’on connaît aussi comme membre de l’ensemble Il Caravaggio), commençons par saluer celui de l’équipe technique de L’Apostrophe qui a su mettre au point une très discrète amplification permettant de savourer le jeu de Benjamin Narvey tout en préservant l’intimisme inhérent à son instrument dans une salle moderne  
D’un esprit proche de son « Psyché, the French Weiss », un splendide récital mêlant Gallot, de Visée, Weiss et Gaultier (1 CD Galmut Music), le programme que l’artiste avait spécialement conçu pour ce récital-prélude sabolien (n’y figurait toutefois pas Gallot, auquel s’était substitué Wollf Jakob Lauffensteiner) naviguait entre la France et les terres allemandes, afin de souligner l’influence du style français chez Silvius Leopold Weiss – représentant du baroque tardif et exact contemporain de Jean-Sébastien Bach, que Narvey considère comme « membre à part entière d’une école française élargie »
 

 

© Eric Lambert

Un récital que l’instrumentiste a su accompagner à chacune de ses étapes de commentaires aussi concis que pertinents pour amener son auditoire à pleinement goûter une heure de musique d’un charme puissant.
Dès les extraits de la Sonate 34 de Weiss, on comprend qu’un moment secret s’ouvre. Instrument de peu de puissance que le luth certes, mais par sa subtile expressivité, délicate quoique jamais précieuse ni mièvre, Benjamin Narvey captive l’auditeur. Difficile de résister à la noblesse et au frémissement de La Montfermeil de Robert de Visée, ou à une Allemande du même, emplie de joie intérieure.
Lauffensteiner – compositeur en son temps actif à la cour de Bavière – n’atteint pas moins bien sa cible avec des extraits de le Suite en fa majeur où figure une superbe Ouverture en forme d’allemande, inspirée de Lully. Ici aussi, comme chez Weiss, il est bien question « d’école française élargie ». Weiss que l’on retrouve plus loin dans d’autres extraits de la Sonate 34 que l’interprète distille avant de conclure en remontant à la source de l’école de luth françaiss avec Ennemond Gaultier « Le Vieux »  (1575-1651) et son Adieu. Une prenante page dont l’énigmatique point d’interrogation final est dessinée avec art au terme d’une promenade musicale encourtinée de songes ...

 

De dr à g. : Pierre Gallon, Bruno Philippe et Thomas Dunford © Eric Lambert

Archiluth et violoncelle(s)
 

Après le récital de luth, place à l’archiluth dans le cadre concertant. Les Jupiter nous mettent l’eau à la bouche avec l’ouverture de L’Olimpiade – on entendra la sinfonia d’Ercole su’l Termodonte, aussi réussie, un peu plus loin. Thomas Dunford, Magda Sypniewski et Ruiqi Ren (violons), Ivan Saez Schwartz (alto), Bruno Philippe (violoncelle), Ismael Campanero (contrebasse) et Pierre Gallon (clavecin) (1) : un petit effectif sans doute mais qui d’emblée montre une complicité et une énergie dont la formation ne se départira pas un seul instant.
À l’archiluth de Thomas Dunford revient deux concerti du Rosso, le RV 82 (ut majeur) et le fameux RV 93 (sol majeur), qui soulignent tant la projection sonore du soliste que la prégnance poétique à laquelle il parvient dans les mouvements médians (le Larghetto du RV 82 est pareil à un ballet magique, tandis que le Largo du RV 93 allie intimisme et éloquence), accompagné par des partenaires attentifs aux moindres nuances – du cousu main !

 

Nicolas Altstaedt (et Ismael Campanero, contrebasse) © Eric Lambert

 
L’originalité de l’approche tient aux improvisations par lesquelles Dunford relie les mouvements ; un procédé qu’il adopte à plusieurs reprises aussi dans les ouvrage pour violoncelle inscrits au programme. Trois concerti, confiés à Nicolas Altstaedt, et le double Concerto en la mineur RV 531 que ce dernier partage avec Bruno Philippe, qui s’extrait de l’ensemble pour l’occasion. Du baroque à la création contemporaine, Nicolas Altstaedt aura l’occasion de donner la mesure de son éclectisme au cours de la saison 2026-2027 de Radio France puisqu’il y sera artiste en résidence.
 

© Eric Lambert
 
Sablé l’apprécie sous l’angle vivaldien donc, avec d’abord un Concerto en la mineur RV 419 où s’affirment d’emblée les qualité de son approche  : vitalité sans brusquerie dans les mouvements vifs et densité des épisodes médians où par la plénitude sonore et la profondeur du chant se dévoile un Vivaldi plus complexe et sombre qu’on en a l’habitude.
Tout aussi réussis, le sol majeur RV 414 et le si mineur RV 424 se révèlent nom moins prenants de vie, de naturel et de générosité expressive.
Des termes qui valent mêmement pour le double Concerto RV 531, entre dialogue et joute, que Nicolas Alstaedt partage avec Bruno Philippe, admirable musicien que l’on est heureux de retrouver sur les scènes. Bonheur qui, d’évidence, est sien aussi. Jubilatoire conclusion à une soirée très applaudie !
 
Alain Cochard
 

 
Festival de Sablé, L’Apostrophe, 21 août 2026
 
 
 
(1)  On en profite pour rappeler la sortie il y a quelques mois chez Harmonia Mundi, du très bel et original album « After Dark, A Midnight Fantasie » de Pierre Gallon. Un programme rare et secret autour d’auteurs de la Renaissance anglaise, interprété sur clavecin, virginal et ... toy piano ! (HMM 902 765)
 

 
Photos © Eric Lambert

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