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La Chronique de Jacques Doucelin - A propos d’une nouvelle salle

L’édition 2007 du Festival d’Aix en Provence a vu l’inauguration d’une nouvelle salle à grand renfort d’hyperboles. Baptisée pompeusement « Grand Théâtre de Provence », sa jauge n’est pourtant que de 1.300 places, c'est-à-dire l’exacte dimension de la plupart des salles construites dans les grandes villes de province françaises à la fin du XIXème siècle. Nous n’aurons pas la cruauté de rappeler que lorsque Karajan prit les rênes du Festival de Salzbourg, au début des années 60, il fit d’abord construire une salle de 3.000 places, tout simplement pour pouvoir financer le projet artistique qu’il avait fixé à la manifestation.

Comment voulez-vous financer un opéra de Wagner, surtout si vous mettez dans la fosse l’orchestre le plus cher du monde, avec une jauge aussi faible ? Il faut dès lors faire appel aux subventions publiques et au mécénat privé de manière tout à fait déraisonnable. Cela pour dire que ce nouveau lieu est certes intéressant en cours d’année pour les habitants de la région aixoise, mais qu’il n’apporte rien de bien significatif à l’exploitation du Festival stricto sensu. Rappelons pour conclure sur ce point qu’en cinq jours seulement Salzbourg offre à son public autant de places de spectacles que tout un Festival d’Aix en un mois, soit 50.000 places. La messe est dite. C’est à cela que les élus locaux comme les énarques parisiens auraient dû d’abord réfléchir… L’acoustique générale du lieu est saine et conforme aux normes actuelles très influencées par le son laser, c'est-à-dire claire mais peu profonde… comme les petits ruisseaux de feu Voltaire. L’aspect intérieur dit éloquemment la vocation polyvalente de la salle : lyrique, symphonique et chorégraphique. En revanche, les dégagements et espaces réservés au public sont plus importants qu’il n’est généralement de mise dans l’Hexagone, et c’est un plus. Pour une fois qu’on n’oublie pas le public !

Jacques Doucelin

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Photo : DR
 

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